STERN, T1 : Le Croque-mort, le clochard et l’assassin, de Frédéric et Julien Maffre, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Argent

stern-t1-couv…STERN, T1 : Le Croque-mort, le clochard et l’assassin, de Frédéric et Julien Maffre, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Argent

Thème classique du 9eme art, le western connait depuis quelques temps un renouveau intéressant. Cette fois-ci, ce sont les frères Maffre qui nous livrent leur réinterprétation du far-west avec un croquemort pour héros… Mélange entre polar et western, Stern est une lecture rafraîchissante qui fait parler les cellules grises plutôt que les revolvers.

1882, dans une petite ville du Kansas. Elijah Stern vit la vie ô combien calme de croque-mort. Ce jour-là, il se dirige vers le bordel du coin où un client a trouvé la mort lors d’une « visite ». Le macchabée n’est autre que Charles Bening, alcoolique notoire qui laisse derrière lui une veuve… aigrie.
Madame Bening militant contre l’alcool, demande au croque-mort de récupérer les organes de son défunt mari pour exposer les ravages de la boisson. Convaincu par les 50 dollars proposés par la veuve, Elijah Stern accepte de disséquer le corps de Charles Bening malgré les risques encourus. Rapidement, il s’aperçoit que la mort de cet homme n’est pas aussi accidentelle qu’il n’y paraît.

Une bd western qui met le croque-mort sur le devant de la scène… cela n’est pas sans rappeler un certain Undertaker. Pourtant, les ressemblances s’arrêtent ici et il suffit de jeter un œil pour s’en apercevoir. Là où Jonas Crow avait tout du parfait cowboy avec ses répliques bien senties, son sang-froid et son charisme indéniable, Elijah Stern est plutôt un croque-mort conventionnel. Solitaire et en décalage avec le reste de la population, notre fossoyeur à l’allure atone a une répartie toute personnelle. C’est d’ailleurs ce qui donne son sel à ce premier tome de Stern : les codes habituels du western sont réellement réinterprétés pour construire un univers savoureux. Ne vous attendez donc pas à un pur western : cet album tient plus du polar en plein far-west.
Ce premier tome de Stern fait la part belle aux habituelles figures du grand Ouest en leur ajoutant une profondeur psychologique inhabituelle. Du coup s’il est difficile de s’identifier au héros, on est rapidement charmé par cette palette de personnages plus ou moins atypiques. Côté scénario, on est dans de l’enquête pure et dure. Le croque-mort, plus habile avec sa pelle qu’avec ses poings, use de ses méninges pour élucider des mystères qui font remonter en lui de sombres souvenirs. Construit assez classiquement, le récit est maîtrisé et juste mais les habitués du polar risquent d’anticiper les ficelles de l’intrigue.
Au dessin, Julien Maffre, propose un style semi-réaliste. Grâce à son excellent sens de la mise en scène et son trait dynamique, le dessinateur installe une atmosphère savoureuse et décalée. Peuplée de personnages aux allures bien campées, la petite bourgade respire la vie et sent le Kansas profond à plein nez. Les faciès légèrement caricaturaux des protagonistes pourront déplaire à certains, mais graphiquement l’album bénéficie d’un univers propre qui colle tout à fait au ton du récit.

Ce premier tome de Stern prouve qu’il y a de la place pour plusieurs croque-morts dans le neuvième art. Ce mélange de polar et western aux accents de chronique sociale se révèle très agréable. Avec son ton décalé et son univers graphique singulier Le croque-mort, le clochard et l’assassin est une lecture rafraîchissante. Un bon début pour cette série dont chaque tome pourra se lire indépendamment.

Guillaume Wychowanok

AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Aunomdupere-couv…AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Avec au nom du père, les deux italiens Luca Enoch et Andrea Accardi nous ont composé un thriller au rythme plus qu’enlevé. Eva va devoir remplacer son père qui ne peut plus assurer son rôle de tueur à gage. Bien que très entraînée et préparée, la jeune fille va devoir faire face à des dangers inattendus.

Eva s’occupe de son père, un ex tueur à gage qu’un AVC a amoindri, seul parent qui lui reste. Elle doit tout faire pour laisser croire que son père peut encore faire son travail sans quoi la mafia ne tardera pas à prendre les mesures nécessaires. Grâce aux conseils paternels elle est devenue, à son tour, une tueuse à gage hors pair avec un atout de taille : un physique de rêve. Elle se charge donc de tous les contrats qu’il ne peut honorer.
La fille et son père doivent faire vite et récolter assez d’argent pour s’envoler vers la destination de leur rêve : les îles Fidji. Mais avant de couler des jours heureux au soleil, loin des dangers et tracas du milieu, Eva va devoir remplir un contrat juteux : quatre cibles et une grosse somme à la clef. La mission est largement à la portée de la tueuse professionnelle… mais plusieurs obstacles vont se mettre en travers de sa route.

Au nom du père  a tout du thriller classique… A priori cette histoire musclée et tendue sur fond de milieu mafieux, de drogue et de prostitution n’est pas des plus originales. Ainsi, on voit les habituels flics corrompus, les mafieux sans foi ni loi, les luttes intestines… Bref, si ces éléments peuvent relever de la référence, cela donne tout de même une impression de déjà-vu. Pourtant, l’album parvient à se départir de cet apparent classicisme grâce à son récit nerveux et habilement construit. On assiste sans s’ennuyer une seconde aux péripéties de la jeune Eva qui doit, malgré elle, mettre sa vie de côté pour endosser le rôle d’une tueuse à gage et sauver ce qu’il reste de sa famille. On s’attache à cette « héroïne » au destin brisée grâce à des flashbacks qui reviennent sur ses souvenirs d’enfance. Loin d’être linéaire, Au nom du père voit se succéder les rebondissements et ne souffre d’aucun temps mort.
La teneur de l’intrigue ne laisse évidemment pas beaucoup de place à la réflexion. On est en présence d’un thriller au ton « américanisé » qui laisse les considérations psychologiques au second plan. Mais force est de constater qu’on s’immerge sans aucun problème dans l’album grâce à son atmosphère savamment installée. De plus quelques trouvailles scénaristiques entretiennent l’intérêt du lecteur qui trouvera dans ce one shot un divertissement prenant et sans prise de tête.
Au dessin, Accardi livre une copie à la croisée des genres. On peut voir dans son trait des influences venues du manga, du comics mais aussi plus classique. Dans le récit principal, le dessinateur use de contrastes francs, tout en noir et blanc, tandis qu’il joue une carte plus douce et nuancée lors des flashbacks grâce à de jolis lavis. Si l’identité visuelle de l’album est forte, le trait d’Accardi parait pourtant approximatif et donne une impression de rigidité… Un problème de taille pour un récit tourné vers l’action…

Sans réinventer le thriller, Au nom du père se pose comme une lecture prenante et efficace. Derrière son apparent classicisme se cache un album nerveux qui parvient sans cesse à renouveler l’intérêt du lecteur. On aurait toutefois aimé un dessin plus précis et surtout plus dynamique pour servir cet intense récit qui ne manque pas de piment. Cela mis à part, Au nom du père est un divertissement prenant, sexy, violent, et sans prise de tête.

TIN LIZZIE, T2 : Rodeo Junction, de Monfery et Chaffoin, aux éditions Paquet, 13,50 €

tin-lizzie-t2-couv…TIN LIZZIE, T2 : Rodeo Junction, de Monfery et Chaffoin, aux éditions Paquet, 13,50 €

Seulement 6 mois après la sortie du premier tome, on retrouve Rhod, Louis et Jake dans leur périple à Ponchatowla. Rhod s’est lancé dans un pari avec l’amour de sa vie comme enjeu… Toutefois plusieurs personnes vont lui mettre des bâtons dans les roues. Dans la droite lignée du premier tome, Rodeo Junction clôt le diptyque dans une ambiance toujours aussi bienveillante. 

Attention ! Pour ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome, l’article qui suit contient des spoilers.
Pour lire le résumé du tome 1 de Tin Lizzie ainsi que notre avis, cela se passe ici. 

Lorsqu’il avait vu l’éleveur de chevaux local, Lord Knox, tourner autour de Miss Kay, Rhod n’avait pas hésité à relever un pari audacieux. Lui et Lord Knox doivent s’affronter lors d’une course, Lord Knox aux rennes de son Mustang et Rhod au volant de Tin Lizzie. Le gagnant aura la chance d’épouser Miss Kay.
Seulement, une fois l’adrénaline du pari retombée, Rhod comprend que gagner cette course ne sera pas une mince affaire, car le pur sang de son adversaire est des plus rapides. Encore faut-il qu’il puisse participer à la course : le shérif local assisté de sa bigote de femme tentent de mettre un terme à l’événement en saisissant la Ford T et en accusant Rhod de l’avoir volée. Lui, qui a « emprunté » Tin Lizzie sans en avertir le colonel Lebey a bien du mal à expliquer la situation. Heureusement, le petit-fils du colonel, Jake, lui demande de venir en aide à Rhod…

On retrouve avec le sourire les apprentis aventuriers de Tin Lizzie qui bravent les interdits dans une ambiance bon enfant. Rhod tente le tout pour le tout pour reconquérir son amour de jeunesse, Jake n’hésite pas à donner de sa personne et Louis, en bon bookmaker, se frotte les mains en recueillant les mises des parieurs… On découvre également de surprenants personnages comme le shérif et sa femme très pieuse qui forment un couple improbable. Mais contrairement au premier tome, celui-ci met un peu les personnages de côté pour se concentrer sur l’intrigue plus touffue. L’humour est donc un peu moins présent et des personnages tels que le charismatique Louis passent quasiment à la trappe rendant cet opus moins enchanteur.
Le récit use de divers rebondissement pour nous livrer une histoire digne d’un dessin animé et l’on suit les péripéties des protagonistes sans s’ennuyer. On retrouve la naïveté du premier opus mais ici le ton parait un peu plus doucereux et moins pétillant. La lecture reste pourtant très agréable et se parcourt le sourire aux lèvres mais se révèle toujours aussi rapide.
Au dessin, on retrouve tout le talent de Montféry. Son trait dynamique à l’esthétique cartoon donne un surplus d’âme à ce diptyque qui n’en manque pas. On plonge sans peine dans l’ambiance enfantine de l’album qui fait la part belle au mouvement et recèle de jolies surprises. Les couleurs de Julie Weber participent à cette atmosphère joviale bien que leur aspect assez lisse pourra en rebuter certains. Bref, graphiquement, ce deuxième tome est du même acabit que le premier.

Globalement, ce deuxième tome reprend les qualités du premier et en garde les mêmes défauts. L’humour est moins présent et certains personnages passent à la trappe au profit du dynamisme du récit, du coup la lecture est moins jouissive. Rodeo Junction offre donc une fin en demi-teinte pour une série qui a démarré sur les chapeaux de roues.

Guillaume Wychowanok