Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

alvin-t1…Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

Après Abélard, Régis Hautière et Renaud Dillies nous offrent un nouveau diptyque empreint de poésie intitulé Alvin. On y retrouve Gaston miné par la mort de son ami et les conditions de vies éreintantes d’un New York gangrené par la misère. Mais l’ours mal léché ne va pas tarder à faire une rencontre inattendue… 

Gaston n’a pas oublié Abélard, l’ami avec qui il avait voyagé pendant si longtemps. L’ours est désormais ouvrier du bâtiment au sein de la Grosse Pomme. Après avoir passé la journée à travailler sur un gratte-ciel disproportionné, il se rend au café du coin, seul. Son collègue Pavlo ne voudrait pas tomber dans le piège habituel du poker. Sur place Gaston va passer un moment dans les bras de Purity, jeune, belle et bienveillante prostituée. Avec elle, il aime à parler, à s’échapper de la triste réalité de son existence pour un moment…
Le lendemain, de retour au café, Gaston apprend que Purity a été passée à tabac par un client. Sentant qu’il ne lui reste que quelques heures à vivre, elle confie ses économies à Gaston pour qu’il cherche une famille à son fils. L’inévitable arrive et l’ours doit annoncer la triste nouvel au désormais orphelin Alvin. Il comprend rapidement que l’enfant est des plus turbulents… mais une promesse est une promesse. Ensemble, ils vont voyager à la recherche d’une nouvelle famille pour ce petit oisillon aux ailes brûlées.

Alvin est en quelques sortes la suite d’Abélard. On y retrouve le même univers tendre, mélancolique et poétique, on suit de nouveau les pas de Gaston, inconsolable depuis la mort de son ami. S’il s’inscrit dans la droite lignée d’Abélard, ce diptyque peut se lire indépendamment sans problème. Sous ses airs naïfs, Alvin est une bd qui traite de sujets profonds et complexes. On y voit deux âmes brisées par la perte d’un être cher, deux amis qui s’ignorent, deux personnages complexes au caractère bien trempé. Si on se laisse charmer par le ton naïf de l’œuvre, on s’attache à ce duo improbable aux côtés desquelles on fait moult rencontres surprenantes, on passe de l’espoir à la déception, du dégout à la tendresse. Au fil des pages, la mélancolie se fond à la joie de vivre, les planches se dévoilent avec fluidité.
Seulement, le ton gentillet et assez enfantin de l’œuvre n’est pas pour plaire à tout le monde et, effectivement, cette bd a divisé les lecteurs de la 9eme bulle. Il faut avouer qu’il s’agit d’une œuvre à laquelle on n’adhère ou pas. Le récit n’hésite pas à jouer de silences lourds de sens et se montre assez contemplatif, mais le manque d’action et de rebondissement rend la lecture assez linéaire et installe une sorte de faux rythme. La débauche de bons sentiments peut aussi  donner l’impression d’un manque de profondeur aux lecteurs les plus avertis.
Le travail de Renaud Dillies revêt une cohérence et une originalité admirable. Simple mais recherché, délicat et évocateur le trait à l’aspect crayonné du dessinateur est réussi. Les personnages sont expressifs à souhait et l’on partage sans peine leurs sentiments. L’aspect assez stylisé et enfantin ne fera pas l’unanimité auprès des plus grands. Le découpage est ingénieux et réserve de jolies surprises aux lecteurs. Bref, derrière ses apparences enfantines, le dessin a de quoi charmer bon nombres de lecteurs.

Que ce soit son univers, son atmosphère, son graphisme, son scénario ou ses dialogues, tout dans ce premier tome d’Alvin rappelle Abélard. Les plus laids sentiments côtoient les plus beaux dans cet album qui privilégie poésie et mélancolie au détriment du rythme et de la profondeur. Samantha et Laurent lui attribueraient une bulle de Bronze à cause de son manque de sel et son ton simplet. Quant à Ingrid et moi, plus charmé par le duo de personnages et l’univers graphique, je lui décernerais une bulle d’Argent… ce sera donc Bulle de Brongent !

Guillaume Wychowanok

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