AU REVOIR LA-HAUT, de Lemaitre et De Metter, aux éditions Rue de Sèvres, 22,50 € : Bulle d’Or

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Christian De Metter adapte Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013. On y suit deux poilus que la guerre a dévastés et qui doivent désormais se reconstruire. Pour échapper à leur misère quotidienne, ils vont élaborer une arnaque au monument aux morts. Cette belle adaptation trouve un ton sans lourdeur sur des thématiques pourtant graves.

2 novembre 1918, les soldats des deux camps attendent l’armistice qui devrait être signé quelques jours plus tard. Ils vont enfin pouvoir dire adieu à cette boucherie sans nom. Enfin, c’était sans compter sur le Lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle qui ordonne une dernière offensive, pour venger la mort de deux éclaireurs. Albert Maillard, un comptable, comprend que le Lieutenant leur ment, que c’est lui qui les a lâchement abattus d’une balle dans le dos… mais les ordres sont les ordres. Alors que les soldats courent vers une mort certaine, le Lieutenant pousse Albert dans un trou d’obus : le comptable est enterré vivant. Édouard Péricourt, un bourgeois homosexuel témoin de la scène, parvient à sauver Albert… avant d’être défiguré à vie par un éclat d’obus.
Forcément, des événements comme cela forgent de solides amitiés. En 1919, Albert fait tout pour aider Édouard, l’homme qui lui a sauvé la vie. Malgré les coups fourrés du Lieutenant Pradelle, Albert accepte de faire croire à la mort d’Édouard qui ne désire pas revoir sa famille. Maillard et Péricourt vivent ensemble un après guerre un peu amer, où ils se sentent laissés pour compte. Ils imaginent alors une immense escroquerie au monument aux morts pour se garantir des jours heureux…

Adapter en bd un prix Goncourt qui traite de la Première Guerre mondiale a tout du pari risqué. Il faut être à la hauteur du roman original et ne pas lasser le lecteur avec une thématique déjà maintes fois traitées, à ce détail près qu’Au revoir là-haut s’intéresse principalement à l’après-guerre. Édouard Péricourd et Albert Maillard ont été dévastés par la guerre, le premier étant défiguré à vie. Forcément, au retour de qui a été une boucherie humaine, l’humeur n’est pas au beau fixe et les poilus se sentent mis à l’écart. Une ambiance très singulière s’installe, portée par des héros plus complexes qu’il n’y parait aux premiers abords. Les protagonistes sont forts et plausibles… si ce n’est que le « grand méchant » Lieutenant Pradelle soit si peu nuancé et installe une impression de manichéisme au tout.
Alors qu’on aurait pu s’attendre à un one shot très bavard, De Metter livre un récit à la narration minimaliste qui est enrichie par une mise en scène pleine de sens qui joue allégrement des nons-dits. Alors que certains passages présagent d’un album lourd et oppressant, on se retrouve finalement face à un récit où la violence se dispute à la douceur, la poésie et la facétie. On passe par toutes les émotions dans ce thriller empli de tension qui rend un hommage puissant et touchant à ceux que la guerre a détruit.
Ces multiples atmosphères sont magnifiquement incarnées dans les planches de Christian De Metter. Son trait crayonné, à la fois vif et fragile donne tout son sens aux différentes cases de l’album. Les personnages apparaissent dans toute leur complexité. On voit le talent de metteur en scène du dessinateur qui est secondé par une mise en couleur douce et changeante très réussie. La puissance graphique de l’album a de quoi toucher tous les lecteurs, même ceux qui ne sont pas particulièrement réceptif au travail de De Metter.

Au revoir là-haut est une formidable adaptation d’un roman qui l’est tout autant. Le récit puissant et poétique happe le lecteur dans un récit à la fois dur et sensible. Peu bavard, l’album préfère suggérer graphiquement et jouer de l’incertitude. Les personnages sont touchants au possible, paraissent authentiques (si ce n’est le Lieutenant Pradelle) et révoluent dans des atmosphères habilement installées. Au revoir là-haut est un album rare, une adaptation littéraire touchante et réussie qui marque le coeur et l’esprit.

 

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