LES TOURBIERES NOIRES, de Christophe Bec, aux éditions Glénat, 14,95 € : Boooffff

tourbieres-noires-couv…LES TOURBIERES NOIRES, de Christophe Bec, aux éditions Glénat, 14,95 € : Boooffff

Pour son retour en tant qu’auteur complet, Christophe Bec propose une libre interprétation d’un conte de Maupassant. Les Tourbières noires se pose comme un album horrifique où la frontière entre fantastique et folie est ténue. Une ambiance forte qui ne parvient pas à dissimuler les facilités scénaristiques de ce one-shot.

Antoine, un jeune photographe, est venu dans la région des monts d’Aubrac afin de prendre des clichés des tourbières de la région. Plongé dans sa contemplation du paysage, il n’a pas vu la nuit et le brouillard s’installer. Perdu dans cette purée de pois, il aperçoit un petit gîte qui pourrait lui servir de refuge. L’accueil du propriétaire des lieux, qui ouvre sa porte le fusil à l’épaule, n’est pas pour vraiment pour rassurer Antoine …
Dans une ambiance de plomb, le photographe fait rapidement  connaissance avec Baptiste et Mélodie, sa jeune et jolie fille, qui lui offrent le gîte pour la nuitée. Le père parait très agité et semble guetter les abords de sa propriété avec anxiété. Persuadé que l’homme est fou, Antoine part se coucher en espérant trouver le sommeil au plus vite. Cependant, quelques temps plus tard, Mélodie surgit dans la chambre du photographe en tenue légère. Antoine est sur le point de passer une longue nuit…

De l’oeuvre originelle de Maupassant, Bec ne garde que le thème principal, l’ambiance et la structure générale, tout en réinterprétant le contexte du récit. Un choix audacieux qui prend forme dans les premières planches réussies de l’album. Après un rapide préquel, on suit le jeune Antoine avec en fond, une voix off qui emprunte les mots de Guy de Maupassant. Si la prose peut paraître un peu anachronique, on se laisse happer par l’ambiance froide et les paysages de l’Aubrac. La tension monte jusqu’à arriver à un inquiétant huis clos. C’est à partir de ce moment que le récit se gâte…
Une fois les bases du huis clos installées, difficile d’être surpris par Les Tourbières Noires. Le scénario repose sur des ficelles qui paraissent bien faciles et on a parfois l’impression que l’auteur fait des appels du pied un peu trop appuyé. Tout cela ajouté aux répliques parfois bancales, aux événements inutiles et à l’érotisme facile fait oublier l’ambiance pourtant habilement installée dans la première partie du one-shot. Alors que le jeu entre folie et fantastique paraît intéressant, le manque de suspens dû aux  procédés scénaristiques évidents met à mal le plaisir de lecture.
Au dessin, Bec montre toutefois qu’il n’a rien perdu de son talent. Son trait réaliste et ses couleurs sombres magnifient les paysages de l’Aubrac . Les cadrages dynamiques, les couleurs sombres et les jeux de lumière installent parfaitement l’atmosphère angoissante de l’album. Graphiquement, le résultat est très réussi mais ne parvient pas à masquer les maladresses de l’intrigue.

Pour son retour en tant qu’auteur complet Bec assure une partition graphique réjouissante mais pêche un peu côté scénario. Cette adaptation très libre du conte de Maupassant parait trop conventionnelle pour surprendre le lecteur qui voit la promesse d’un récit horrifique s’éloigner peu à peu. La lecture des Tourbières Noires est d’autant plus frustrante qu’une ambiance angoissante et de très belles planches sont au rendez-vous.

LES CINQ DE CAMBRIDGE, T1 : Trinity, de Lemaire et Neuray, aux éditions Casterman, 13,50 € : Booofffff

cinq-cambridge-t1-couv…LES CINQ DE CAMBRIDGE, T1 : Trinity, de Lemaire et Neuray, aux éditions Casterman, 13,50 € : Booofffff

Après le diptyque Les cosaques d’Hitler, Valérie Lemaire et Olivier Neuray s’intéressent à nouveau à un fait historique méconnu. Les cinq de Cambridge, nous conte l’histoire vraie de 5 anglais ayant étudié à Cambridge qui, pendant des années, vont espionner le gouvernement britannique pour le compte de l’URSS.

1979, Royaume-Uni. Un scandale fait la une des journaux : 5 personnalités anglaises haut placées ont espionné, depuis les années 30, le gouvernement britannique au profit de l’URSS. Interrogé par les neveux d’Edouard, ancien cosaque d’Hitler, Anthony Blunt accepte de revenir sur l’histoire des 5 de Cambridge dont il a fait partie.
Au début des années 30, l’Europe était en proie aux conséquences de la crise de 1929. Alors que le parti National d’Adolf Hitler devenait toujours plus populaire en Allemagne, des européens se tournaient vers les idées socialistes et communistes. Ce fut le cas de Harold Philby, un étudiant de Cambridge qui a parcouru l’Angleterre à moto et a pu découvrir les inégalités stupéfiantes de son pays. Il a vu les conditions de vie et de travail effroyables des ouvriers anglais qui n’ont pourtant pas hésité à le soigner lorsqu’il est tombé de sa moto.
Quand il rencontre Guy Burgess, un étudiant homosexuel qui aime à jouer les provocateurs, Harold décide d’agir. Avec 3 autres étudiants proches des sphères marxistes, ils vont se créer des personnages « respectables » pour occuper des postes à haute responsabilité…

Si les neveux d’Edouard forment un trait d’union entre Les cosaques d’Hitler et Les cinq de Cambridge, ce dernier diptyque peut se lire indépendamment. Valérie Lemaire revient donc une nouvelle fois sur des événements historiques édifiants et méconnus du grand public. On y voit comment ces 5 étudiants de Cambridge aux idéaux marxistes vont se créer des personnalités plus traditionnalistes pour occuper des postes importants. De là, ils espionneront les anglais en toute quiétude pour le compte du KGB.
Ce premier tome se focalise sur leurs débuts et leurs tentatives d’infiltrer les hautes sphères. Très introductif, l’album manque clairement de rythme et de sel. L’œuvre se veut proche des faits historiques et on assiste à leur « complot » sans en ressentir le danger ou les enjeux, dans une lecture qui manque de romanesque et de mise en scène. D’ailleurs la narration dense et complexe, semble parfois confuse et parasite quelque peu la lecture. Du coup, il est difficile d’être happé par le récit qui devrait toutefois plaire aux passionnés d’Histoire.
Le dessin réaliste très appliqué d’Olivier Neuray a un petit côté ligne claire qui rend les cases très lisibles. Son style assez académique ne lésine pas sur les détails et, associé à des aplats de couleurs, colle assez bien à l’ambiance britannique d’alors. Seulement, le tout manque un peu de personnalité et renforce la « froideur » de ce récit historique.

La principale qualité de ce premier tome des Cinq de Cambridge est l’histoire vraie édifiante qui nous est dépeinte. Outre sa valeur historique, l’album souffre d’un récit dense et trop plat qui peut plonger le lecteur dans la confusion. De son côté, le dessin assez joli de Neuray manque de personnalité pour nous permettre de nous immerger dans l’histoire. Bref Les cinq de Cambridge est à réserver aux passionnés d’Histoire plus concernés par le fond que par la forme.

Guillaume Wychowanok

Oui ! 101 questions à se poser avant de se marier, de Margaux Motin et Pacco aux éditions Delcourt, 24,95 € : Booofffff

oui-couv…Oui ! 101 questions à se poser avant de se marier, de Margaux Motin et Pacco aux éditions Delcourt, 24,95 € : Booofffff

Margaux Motin et Pacco, voilà deux noms qui montent dans le monde de la bd. En couple dans la vie, ces deux auteurs s’associent pour un ouvrage à quatre mains autour du mariage. Ils se proposent de nous souffler les questions importantes à se poser avant de s’unir.

Pacco et Margaux Motin, un des couples les plus glamours du monde de la bd, posent les questions importantes aux futurs mariés, histoire qu’ils prennent leur décision finale avec les bonnes cartes en main. Des plus importantes aux plus anecdotiques, en passant par les plus saugrenues, toutes les questions sont accompagnées d’un texte et d’une illustration pour nous les faire voir sous un angle décalé.

Avec Oui ! 101 questions à se poser avant de se marier, Margaux Motin et Pacco ont voulu réaliser un album à lire en couple. « Est-il déjà marié ?», « Correspond-elle à la femme de vos rêves ?», « Avec combien de ses ex est-il en contact sur Facebook ? », « Êtes-vous capable de l’aider à se dépasser ? » autant de questions qui invitent les amoureux à s’interroger sur un ton qui se veut décalé et bon enfant.
Lorsqu’on ouvre l’album Oui !, on découvre un bel objet à la couverture molletonnée, aux jolies illustrations et à la mise en page aérée. Les premières pages Oui ! se révèlent assez drôle, on remarque rapidement que l’ouvrage est très inégal. Si quelques questions et illustrations font mouche une bonne partie d’entre-elles manquent de saveur et de sel. Certes, il est difficile dans ce type d’ouvrage de garder le même niveau à chaque entrée, mais on aurait aimé retrouver l’humour corsé des auteurs dans les dessins comme dans les textes. Ils prennent peu de risques et nous offrent une lecture sans surprise et trop ciblée. Trop consensuel et trop gentillet, Oui ! déçoit et ne parvient pas à installer de la complicité au fil de ses 216 pages.

Oui ! 101 questions à se poser avant de se marier est un album humoristique qui aurait gagné à être plus mordant et plus régulier, surtout quand on connait les talents de ses auteurs. Malgré la qualité de l’objet, le contenu proposé ne justifie pas l’achat de cet album proposé à près de 25 euros. Un ouvrage à réserver aux fans des auteurs.

Guillaume Wychowanok

Les Booofffffs du moment : Le Croque-Mort, Pandora Beach et RN 83

Les Booofffffs du moment : Le Croque-Mort, Pandora Beach et RN 83

Dans la pléthore de bd sorties ces dernières semaines certaines d’entre-elles ont su tirer leur épingle du jeu… mais une bonne partie se révèle décevante voire sans grand intérêt. La 9eme Bulle vous aide à y voir plus clair et fait un petit tour d’horizon des albums à éviter.

croque-mort-couvLe croque-mort, de Zafiriadis, Palavos et Petrou, aux éditions Steinkis : Dans une Grèce en pleine crise, Leftéris est un homme de 60 ans qui travaille dans les pompes funèbres. Une mission vient troubler son quotidien ordinaire : il doit amener la dépouille d’un homme mort depuis un mois sur le lieu de son enterrement. Il va devoir attendre que la fille du défunt arrive sur place pour enfin pouvoir se débarrasser du corps et de son odeur.
Se présentant comme une chronique sociale au ton un peu cynique, Le Croque-mort se montre réaliste et réflexif. Mais le problème est qu’il manque cruellement de contenu et que s’il invite à la réflexion et à l’interprétation, il ne donne pas vraiment de matière première. Dommage, car les dessins réalistes de Petou sont plus qu’agréables. Un album à réserver aux férus de chroniques sociales languissantes qui aiment se triturer les méninges pour saisir le sens d’une œuvre.

RN-83-couv

RN 83, T1 : L’hôtel, de Linck et Volpini aux éditions du Long Bec : 27 septembre 1989, sur la RN83, Sandra Doell roule à toute vitesse à bord d’une voiture volée pour échapper à deux flics corrompus. Ils percutent finalement la fuyarde et l’envoient dans le décor. Sandra se réveille plus tard dans une chambre d’hôtel sans blessure. Claire, la gérante de l’hôtel l’accable alors de questions… malheureusement pour Claire, les deux ripoux n’en ont pas fini avec elle, et l’hôtel n’est pas un lieu comme les autres.
Un début sur les chapeaux de roue, un dessin ligne-clair qui rappelle parfois le trait de Bastien Vivès, une ambiance roman noir teintée de fantastique… Avec ces bons éléments, ses premières planches prenantes et malgré la confusion qui s’en dégage, RN 83 semble bien parti pour être une bonne lecture. Seulement, au fil des pages le soufflet retombe peu à peu, jusqu’à l’arrivée d’un twist fantastique un peu facile qui déçoit nos attentes… Le mystère et la confusion font alors place à un final surprenant et peu crédible qui donne l’impression d’avoir été trompé.

pandora-beach-couvPandora Beach, de Borg et Talamba, aux éditions Bigfoot : Deux couples de français décident de passer des vacances à moindre frais et se rendent à Zarkos, un village qui borde la méditerranée (qui pourrait se situer dans la Grèce d’aujourd’hui). Là-bas, ils découvrent un village abandonné mais acceptent tout de même de séjourner chez une femme âgée à l’allure et au comportement inquiétants. Peu à peu, les vacances tournent au cauchemar.
Pandora Beach a vu le jour grâce à un financement participatif sur Sandawe. L’album oscille entre série B, récit horrifique et critique sociale des riches qui viennent profiter de la misère des autres. Ces éléments couplés à des planches assez fraiches et lumineuses donnent l’impression d’être face à une œuvre au ton singulier qui va nous emmener sur des chemins inconnus… Malheureusement, il semble que les auteurs n’aient pas réussi à aller jusqu’au bout de leur choix. L’horreur n’est distillé qu’à travers quelques cases qui ne font pas vraiment frissonner, le ton série B s’estompe rapidement et la critique sociale n’est qu’à peine esquissée. Du coup, après des débuts qui titillent notre curiosité, l’album laisse finalement un goût de manque et d’inachevé, sans doute dû au budget limité.

Guillaume Wychowanok

BUMF, T1, de Joe Sacco, aux éditions Futuropolis, 19 € : Booofffff

bumf-t1-couv…BUMF, T1, de Joe Sacco, aux éditions Futuropolis, 19 € : Booofffff

Avant de devenir un artiste reconnu grâce à ses bd de reportage et de réflexion telles que Gaza 1956, Joe Sacco travaillait en tant que dessinateur satirique. Avec Bumf, il revient à ses premiers amours en livrant un pamphlet à l’humour noir où la politique américaine des 50 dernières années en prend pour son grade. Trash, délirant et profondément décalé, cet ouvrage a de quoi déconcerter les habitués de l’auteur.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la Terre. Or, la Terre était informe, et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme. Et l’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. Et Dieu dit alors : « Que la lumière soit. » Des millénaires plus tard, force est de constater que cela a sacrément dérapé : pollution, violence, pauvreté, corruption. ». C’est avec cette citation commentée de la Genèse que s’ouvre Bumf.
On entre ensuite dans le vif du sujet : le capitaine d’aviation Joe Sacco doit bombarder Téhéran. Cependant, lorsqu’on découvre qu’il est auteur de roman graphique, il est rétrogradé au rang de soldat. Il sera désormais l’assistant d’un colonel qui a décidé de « baiser le kaiser » et tous ses hommes, une manière comme une autre de s’assurer la victoire. Pour toujours être prêt à accomplir son dessein, le colonel vit nu, prêt à assaillir ses ennemis.

Joe Sacco prévient d’avance ses habitués : «Les gens attendent bien mieux de moi. Après cela, il est peu probable que l’on me retrouve sur un timbre !». D’ailleurs, en anglais, Bumf signifie « papier sans importance, papier toilette ». Nous voilà prévenu. Avec cet ouvrage, Joe Sacco veut exposer sa vision désespérée et désenchantée de la politique américaine et plus généralement de la politique mondiale et il le fait de manière métaphorique, cynique et satirique. L’auteur fait se mélanger les différentes époques pour mettre en exergue les dérives passées et imaginer celles qui pourraient apparaître dans un futur proche. L’auteur ne nous épargne rien : scènes de sodomie, de torture, d’humiliations, de cannibalisme… On baigne dans le trash, avec l’aspect métaphorique pour seul garde-fou. Hormis quelques personnages tels que Nixon, chantre de l’absurdité de l’immoralité américaine, les Hommes sont montrés nus, un sac sur la tête, allégorie de la condition du peuple qu’on exhibe pour mieux l’aveugler. Bref, vous l’aurez compris, pour asseoir sa critique désespérée et mieux dépeindre les dysfonctionnements de notre société, l’auteur n’hésite pas à se montrer outrancier.
Narrativement, le lecteur est placé face à une succession de scènes et propos destinés à soutenir l’argumentaire de l’auteur… et l’aspect général décousu donne une impression de lourdeur. Presque jamais dans la subtilité, Sacco lorgne vers l’absurde pour le dénoncer et finit par laisser un goût d’incohérence. Les clés de compréhension de l’œuvre sont nombreuses, l’album pousse à la réflexion, mais bien qu’on comprenne ce qu’il dénonce, on ne perçoit pas où il veut en venir. Finalement, les rires et sourires des premières pages laissent peu à peu place à l’indifférence.
Le trait reconnaissable de l’auteur est du même acabit. Tout en noir et blanc, le dessin est caricatural à souhait. Toutefois, certaines planches fourmillent tant de détails que le lecteur est dérouté au point qu’il ne sait plus vraiment où donner de la tête.

 Critique virulente, pamphlet au vitriol mettant forcément le bon goût et la bienséance au placard, Bumf plaira sans doute aux amoureux d’œuvres satiriques. En dénonçant l’enfer de la politique et de la manipulation des sentiments, Joe Sacco livre finalement une œuvre qui ravit nos bas instincts mais ne parvient pas vraiment à nourrir les esprits, malgré ses nombreuses références et son propos sincère et réfléchi. Bumf est un album rare, à placer dans les seules mains d’un public (très) averti mais qui manque de fluidité, de cohérence, de subtilité et de pertinence pour séduire les habitués de ses œuvres.

Guillaume Wychowanok

TRISH TRASH, Roller Girl sur Mars T1, de Jessica Abel aux éditions Dargaud, 12,99 € : Booofffff

trich-trash-couv…TRISH TRASH, Roller Girl sur Mars T1, de Jessica Abel aux éditions Dargaud, 12,99 € : Booofffff

 Trish Trash nous envoie sur Mars pour découvrir le quotidien de Trish Trash, jeune fille qui rêve de percer dans le monde du hoverderby, sport descendant du roller derby. Une série de science-fiction sportive qui se place dans un univers cohérent et travaillé mais qui manque clairement d’originalité et de finition graphique.

Trish Trash est une lycéenne moyenne qui aide ses parents d’adoption à la ferme, sur Mars. La planète est encore en terra-formation et les habitants sont sous le joug d’une grande entreprise qui n’hésite pas à les exploiter. Du haut de ses 15 ans (7 ans et ½ en âge martien), elle rêve de se faire une place dans le monde du hoverderby. Cela lui permettrait de dire adieux à son quotidien ennuyeux au possible. Le hoverderby, c’est le sport planétaire, et ses joueuses sont de véritables stars.
Lorsqu’elle apprend que des sélections pour intégrer une équipe vont se dérouler, elle n’hésite pas une seule seconde pour sécher les cours et s’y rendre. Mais il y a un problème de taille : il faut avoir 18 ans pour participer aux sélections. Elle parvient toutefois à magouiller pour s’y présenter. Son talent est tel qu’elle tape dans l’œil du sélectionneur de l’équipe phare du coin… mais elle n’a que 15 ans. Heureusement, Trish a d’autres talents, c’est une mécano hors pair et l’équipe aurait bien besoin d’elle pour l’entretient du matériel. A défaut de pouvoir jouer, elle va suivre son équipe préférée en tant que mécano.

Cette série de science-fiction se focalise sur le hoverderby, descendant du roller derby actuel. Le roller derby est un sport de patin à roulette, assez underground, qui développe une esthétique assez punk sur fond de féminisme. Ce sport a d’ailleurs été mis en scène dans le film Bliss (ou Whip It en version  originale), de Drew Barrymore. Jessica Abel prend le parti de placer ce sport dans un futur hypothétique alors qu’il est devenu le sport préféré des colons martiens mais aussi des terriens. Le point fort de l’album est sans doute son univers bien construit et cohérent qui n’est pas un modèle d’originalité mais qui développe une terminologie et un background touffus. Jessica Abel a d’ailleurs placé un faux wiki en fin d’ouvrage pour nous expliquer cet univers mais aussi les évolutions qu’a connu le roller derby pour devenir le hoverderby. Par contre, concernant les règles de ce sport, il faudra aller sur le blog de l’auteur ou ailleurs car ni ce wiki, ni le récit ne nous aide à en comprendre les règles et les nuances.
L’intrigue n’est pas des plus originales… Cette fille qui veut quitter son milieu familial modeste pour devenir une célébrité sportive rappelle bien d’autres récits. Heureusement, la vie sur Mars nous permet de découvrir un monde fait d’exploitation par une entreprise sans foi ni loi. Il y a aussi la question des autochtones, des véritables martiens qui sont considérés comme des menaces. Mais dans ce premier tome, ces éléments ne sont finalement que très peu exploités, ils ouvrent un semblant de piste pour laisser toute place au monde du hoverderby. Espérons donc que les prochains tomes exploitent mieux l’univers riche de Trish Trash.
Mais le véritable problème de cet album est sa conception graphique qui n’aide nullement à s’immerger dans ce récit linéaire. Dans un format comics, l’album en reprend un peu l’esthétique. Mais le trait assez épais de l’auteur ne parait pas des plus maitrisés et donne parfois l’impression d’être grossier. Les décors sont assez réussis, malgré le manque de détails, mais lorsqu’on regarde les personnages, une impression d’étrangeté se fait sentir. Les proportions ne sont pas toujours respectées, certaines postures paraissent improbables et manquent de dynamisme. La mise en scène est du même acabit, avec des cadrages classiques mais qui n’aident pas vraiment à comprendre ce qui se passe, surtout pendant les parties de hoverderby. Et ce ne sont pas les couleurs chaudes qui parviennent à donner de la profondeur à ces planches qui paraissent bien plates. Bref, l’esthétique de l’album  manque de maîtrise et gêne quelque peu l’immersion dans cette histoire.

Ce premier tome de Trish Trash déçoit surtout par son esthétique et son récit linéaire au goût de déjà lu. Pourtant, l’album a des arguments à faire entendre avec son univers élaboré et le thème du roller derby, un sport jeune, dynamique à l’esthétique forte qui gagnerait à être plus connu. Espérons que les deux tomes à venir exploitent mieux cet univers en développant les pistes esquissées et en gagnant en qualité graphique.

Guillaume Wychowanok

Sans Pardon, de Yves H. et Hermann aux éditions Le Lombard : Booofff

sans_pardon_couv…Sans Pardon, de Yves H. et Hermann aux éditions Le Lombard : Booofff

 C’est avec son fils, Yves H ; au scénario qu’Hermann revient au western. Plus de 30 ans après avoir œuvré sur Comanche,  le dessinateur nous montre qu’il n’a pas son pareil pour croquer le Wyoming parcouru par des truands et autres shérifs. De son côté Yves H. signe un scénario aussi noir que faiblard.

 1876, dans le Wyoming, le shérif Masterson aidé de ses hommes, traque Buck Carter, un tueur sans pitié. Pour le retrouver, le shérif use de tous les moyens. En ce moment, il joue du couteau sur un homme attaché entre deux arbres pour qu’il donne la planque du fugitif. Lorsqu’on lui tranche l’oreille, l’homme lâche les informations : Buck Carter est allé retrouver sa femme et son fils au ranch Dagget.
Elizabeth espérait pouvoir élever son fils Jeb en toute quiétude, loin de son mari. Un hors-la-loi alcoolique et sanguin n’est pas le compagnon rêvé pour mener une vie de famille. Et voilà qu’il frappe à la porte et impose sa présence à sa femme et son fils. Peu de temps après, le shérif et ses hommes arrivent et déclenchent une fusillade avant de mettre le feu au ranch. Buck Carter parvient à prendre la tangente dans les bois, mais Elizabeth et Jeb sont aux mains du shérif. Masterson menace de tuer Elizabeth si le hors-la-loi ne se rend pas. L’ultimatum arrivé à son terme, Jeb voit sa mère exécutée par le shérif, dans la plus grande indifférence. Et ce n’est que le début des ennuis pour Jeb qui va vivre une captivité atroce avec la vengeance comme seul espoir.

Lorsqu’on ouvre Sans Pardon, on ne peut qu’être subjugué par le talent d’Hermann. Le dessin réaliste est détaillé et les panoramas sont de toute beauté. On (re)découvre les paysages à la fois réalistes et fantasmés du Wyoming dans des cases à la composition puissante. Les visages expressifs des personnages renforcent le réalisme : on partage la souffrance des victimes, on est saisi par la folie froide des bourreaux. Et que dire de cette magnifique mise en couleur directe qui donne un surplus d’âme aux planches ? Et bien tout simplement que cela ne suffit pas à rattraper un récit bien trop plat.
Le récit imaginé par Yves H. est loin d’être à la hauteur des fabuleux dessins de son père. Le récit commence sur les chapeaux de roue avec une scène de torture qui prend aux tripes, mais c’est un des rares moments où le récit s’avère prenant ou poignant. Les personnages sont traités superficiellement, ils paraissent n’avoir aucun passé et on en apprend finalement que très peu sur les motivations de chacun. Le sujet est la traque de Buck Carter et du coup tout le reste est passé sous silence. Ce qui aurait pu renforcer la tension de l’album ou lui donner un aspect symbolique, mais rien n’en est. L’absence de background participe à l’impression d’être face à un pastiche de western : les fusillades s’enchainent dans un déroulement implacable sans qu’on saisisse les enjeux de ces affrontements.
Les personnages sont caricaturaux à souhait avec ce shérif sans foi ni loi prêt à commettre les pires exactions, le mauvais père hors-la-loi sans cœur et sans valeur et le jeune meurtri rongé par son désir de vengeance. Ces trois là se traquent les uns les autres sans douter. On assiste alors à de nombreuses scènes qui mettent en avant la violence gratuite… comme s’il s’agissait de combler les manques d’un récit finalement bien creux. Si on ne passait pas autant de temps à admirer le travail d’Hermann, il faudrait au maximum 20 minutes pour lire cette maigre histoire.

Sans Pardon donne l’impression d’être bien vide pour un one shot. Après ces affrontements inexpliqué, ces fusillades sanglantes mais sans enjeux et ces personnages sans histoire, on referme l’album en pensant qu’on a assisté à un grand mais magnifique rien. Dommage, car le dessin d’Hermann nous plonge immédiatement dans ce Wyoming de western à la fois beau, sauvage et puissant.

Guillaume Wychowanok

MERCI, De Zidrou et Monin aux éditions Bamboo : Boooffff

merci_couv…MERCI, De Zidrou et Monin aux éditions Bamboo : Boooffff

Zidrou et Arno Monin s’associent pour un album qui revient sur l’adolescence, son esprit de rébellion mais aussi sa clairvoyance. Si Zidrou traite d’habitude des émotions avec justesse, Merci est un one-shot qui parait peu crédible.

Merci Zylberajch est une jeune adolescente au style gothique en pleine rébellion. Dernièrement, elle a taggué la maison de monsieur Parmentier, un professeur que personne n’apprécie dans le petit village de Bredenne. Ce dernier forfait n’est pas passé inaperçu et les forces de l’ordre n’ont pas mis bien longtemps pour arrêter la jeune Merci. Le juge pour enfant la condamne à 50 heures de travaux d’intérêt général. Elle devra participer au conseil municipal de sa ville pour monter un projet à destination de la jeunesse. Si les débuts sont difficiles, elle va finir par élaborer un projet autour de la figure célèbre de ce village : le poète Maurice Cheneval.

Zidrou n’a pas son pareil pour dépeindre le genre humain et ses travers dans tout ce qu’il a de plus attachant. Mais cette fois-ci, le résultat manque cruellement de nuance et de crédibilité. L’histoire commence pourtant plutôt bien, d’abord avec Bredenne, ville fictive à laquelle Zidrou insuffle un fond culturel. Puis avec Merci, cette jeune ado rebelle qui tient tête au personnel de la mairie. Cette fille pleine de travers, de qualités, de nuance gagne rapidement notre sympathie, mais son discours et sa répartie paraissent un peu trop mature pour être authentique… Surtout lorsqu’on compare Merci aux membres du conseil municipal qui sont bien moins engagés et nuancés. Des personnages caricaturaux qui manquent d’authenticité. Idem pour les combats politiques qui font sourire mais manquent cruellement de profondeur et de vraisemblance.
Au début la confrontation des générations est agréable, humaine et humoristique, aidée par une mise en scène efficace et dynamique. Mais une fois que Merci se lance dans son projet, on perd toute dimension humaine. On ne voit pas le projet se construire, on voit le « produit fini » sans plus de détail, puis on fait un bon en avant de 5 années (!) pour voir sa réussite. Et la fin rose bonbon où tout le monde est heureux parait tout aussi artificielle. Bref, une deuxième moitié de récit trop superficielle pour être savoureuse.
Côté dessin, Arno Monin offre des planches propres, claires, très nettes mais qui manquent un peu de profondeur et de détails. L’esthétique enfantine et stylisée reste agréable sans jamais surprendre ou impressionner vraiment.

Avec Merci, Zidrou déçoit. Si la première partie de sa bd charme malgré son manque de crédibilité et sa vision politique (très) enfantine, la deuxième partie est beaucoup trop sommaire. Un album remplit de bonnes idées et d’humanisme mais qui manque clairement de liant et de finition.

Guillaume Wychowanok

VA’A, Une saison au Tuamotu, de Troub’s et Benjamin Flao aux éditions Futuropolis : Boooffff

vaa_couv…VA’A, Une saison au Tuamotu, de Troub’s et Benjamin Flao aux éditions Futuropolis : Boooffff

Après un magnifique voyage en Antarctique aux côté des frères Lepage dans La Lune est blanche ; les éditions Futuropolis nous emmènent sur l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française. Ce carnet de voyage à quatre mains de Benjamin Flao et Troub’s est loin d’être aussi abouti que ce que l’on espérait…

Les deux amis Troub’s et Benjamin Flao sont partis au large de Tahiti sur l’archipel des Tuamotu. Ils devaient participer à une mission scientifique pour fabriquer des Va’a Motu, pirogues à voile traditionnelles de l’archipel. Seulement, par manque de financement, la mission a été mise en suspend. Les deux amis n’en démordent pourtant pas et font avec les moyens du bord pour se lancer dans la conception et la construction d’un Va’a Motu, en « indépendant ». Ils en profitent pour naviguer d’ile en ile et aller de rencontre en rencontre. Ils croisent la route de nombreux autochtones et partagent un bout de chemin avec certains d’entre eux.

On part donc en compagnie de Troub’s et Benjamin Flao en pleine Polynésie française pour redonner vie aux anciennes embarcations des autochtones. On s’attend au meilleur car les deux auteurs sont connus pour leurs récits de voyage, Flao a d’ailleurs fait forte impression avec le dessin si dépaysant de Kiliana Song. On ouvre l’album et on commence avec un prologue explicatif assez touffu. Puis on entre dans le récit de voyage, on voit les deux amis élaborer leur pirogue et l’améliorer au fil des jours. Cette embarcation est le sésame pour aller à la rencontre des Polynésiens, et faire connaissance avec eux. L’occasion d’en apprendre plus sur l’archipel des Tuamotu, ses traditions agricoles perdues, le passage du nucléaire, l’invasion récente du tourisme… Malheureusement, le tout est traité sur le ton de la discussion donc sommairement et non sans quelques clichés. On est loin de la mission scientifique et on voit les deux auteurs paresser pendant nombres de pages. Ce faux rythme et le récit un peu décousu n’aident pas à s’immerger dans l’œuvre. Et ce ne sont pas les passages humoristiques et surréalistes dans lesquels nature et animaux parlent qui suffisent à insuffler de la poésie à ce voyage qui finalement semble bien plat.
On s’attendait à des dessins contemplatifs et on a droit à des planches qui manquent vraiment de finesse, avec certaines cases qui semblent peu travaillées. Alors forcément, quand on voit la peinture magnifique au milieu de l’album qui nous montre leur embarcation voguant au large d’une île sur une double page, on se prend à rêver. Les couleurs sont justes, le dessin est réussi, le dépaysement total et on se dit que l’album aurait dû ressembler à cette somptueuse double-page. Mais non, dans l’album récit et dessins ont un gout d’inachevé et le récit de voyage se transforme en album de vacances des deux copains…

Va’a, une saison au Tuamotu, est donc une véritable déception. On en attendait beaucoup plus de cet ouvrage qui n’est pas ce qu’il aurait dû être, surtout lorsqu’on connait les qualités de ses auteurs. Certes les imprévus rencontrés par les deux amis n’y sont pas pour rien, mais en l’état on se dit que Va’a est une œuvre gâchée.

Guillaume Wychowanok

MAXENCE T1, La sédition Nika, de Sardou et Duarte aux éditions Le Lombard : Booofffff

maxence_T1-couvMAXENCE T1, LA sédition Nika, de Sardou et Duarte aux éditions Le Lombard : Boooffffff

Pour sa première incursion dans la bande dessinée, l’auteur de thrillers historiques Romain Sardou nous emmène dans l’empire romain byzantin, sous le règne de Justinien Ier. Un premier album aux allures de peplum qui s’avère finalement assez lisse.

En l’an 532 à Constantinople, la société est divisée en deux factions : les bleus, soutenus par l’empereur, et les verts. D’habitude, leur rivalité s’exprimait surtout à l’hippodrome mais lors de la dernière course de char, deux chars verts subissent un accident douteux laissant la victoire aux bleus. Les esprits s’échauffent, les émeutes débutent et Justinien en appelle à la répression pour calmer les esprits. Malheureusement, dans les affrontements, un des dirigeants des bleus a été assassiné. Les rumeurs indiquent que des soldats sont à l’origine de la mort de l’homme politique : il n’en faut pas plus aux bleus pour ne plus soutenir l’empereur. Si les deux factions s’unissent contre l’empereur s’en sera fini de lui. L’impératrice Théodora fait alors appel à un proche : Maxence, dresseur de fauve de son état. Ce dernier n’a que quelques heures pour enquêter sur la mort du leader bleu et mettre un terme à ce qu’on appellera la sédition Nika.

Romain Sardou est connu pour ses thrillers historiques, pas étonnant donc que Maxence s’inscrive dans la même lignée. Il choisit une période peu traitée : l’Empire Romain d’Orient au VIeme siècle. Le début de l’album esquisse les mystérieuses origines de Maxence puis on fait connaissance avec la famille impériale et on voit la sédition Nika prendre forme au cours de ce premier tome d’introduction…
Mais au fil des pages on se rend bien vite compte que l’album ne réserve pas de grande surprise. Certes, difficile dans un premier tome de mettre du rythme et de lancer l’action, mais les présentations des personnages semblent un peu s’éterniser tout comme certains dialogues trop « présentatifs ». Les différents personnages paraissent ne figurer là que par prescription historique. Le dessin de Duarte renforce cette impression tant les personnages semblent figés. Leur manque de personnalité est tel qu’on a parfois un peu de mal à les reconnaître selon les pages… La mise en scène est des plus classiques et le dessin réaliste parait bien lisse, sans saveur particulière et certainement pas aussi appliqué que ce que laisse entrevoir la couverture. Seules les scènes d’émeutes parviennent à insuffler une fibre épique à cet ouvrage. Dommage donc que Maxence ne soit pas plus peaufiné car les mystérieuses origines du héros éveillent la curiosité du lecteur. Avec un supplément d’âme, cette bd historique bien documentée aurait pu devenir une série historique prenante et trépidante.

Maxence est donc un début de série assez moyen. On a l’impression d’être face à une bd historique façon « vieille école » qui a un manque flagrant de personnalité et de dynamisme. Cette impression est renforcée par un dessin lisse et imprécis de Duarte qui ne signe pas, avec Maxence, sa meilleure copie. Espérons que le deuxième tome se révèle plus prenant et peaufiné…

Guillaume Wychowanok