TYLER CROSS, T2 : Angola, de Nury et Brüno aux éditions Dargaud, 16,95 € : Bulle d’Argent

tyler-cross-angola-couv…TYLER CROSS, T2 : Angola, de Nury et Brüno aux éditions Dargaud, 16,95 € : Bulle d’Argent

Après un excellent premier volet, Tyler Cross de Fabien Nury et Brüno revient pour notre plus grand plaisir. Nouveau récit complet pour notre braqueur qui, cette fois-ci n’échappe pas à la case prison. Toujours aussi prenant et maîtrisé, Angola s’éloigne un peu de l’atmosphère du premier tome. 

Ce devait être « un coup sans risque, garanti sur facture », ce fut un ticket d’entrée pour la prison d’Angola. Bien sûr pour les « personnalités » telles que Tyler Cross, on ne choisit pas n’importe quel lieux d’incarcération… Perdu dans les bayous de la Louisiane, Angola est une véritable entreprise qui exploite comme elle le peut la main d’œuvre gratuite qui est à sa disposition.
Humiliations, violence, hygiène douteuse… les conditions de vie de ce bagne sont alarmantes. Comme dans tout pénitencier, des groupes et autres familles sont à l’œuvre. A Angola, c’est la famille Scarfo qui tient les rennes, et ne portant pas l’homme dans son cœur, elle a mis un prix sur la tête de Tyler Cross. Le temps est donc compté pour le braqueur qui doit trouver un plan pour s’échapper au plus vite de la prison. Mais pour cela, il va devoir s’associer aux bonnes personnes.

Avec un premier tome unanimement salué, Tyler Cross avait fait grand bruit dans le monde du 9eme art. Avec son classieux anti-héros à la morale toute personnelle, son récit ciselé, son rythme haletant ce one shot proposait une expérience très cinématographique. D’ailleurs les références étaient nombreuses dans ce polar noir aux accents de western. Pour Angola, les auteurs ont repris ces bases mais ils quittent le Texas pour se plonger dans le milieu carcéral des années 50. On retrouve la violence et la froideur du héros qui cultive ses propres valeurs, mais cette fois-ci, finit les poursuites à bord des trains qui filent et autre échanges de coup de feu. Tyler Cross doit intégrer les codes d’Angola, comprendre son fonctionnement et ses règles et retracer le fil de la hiérarchie pour trouver un plan de sortie.
Le lecteur découvre en même temps que le héros l’enfer que représente ce bagne. Très classique dans son intrigue, l’album joue de l’imagerie habituelle qui entoure le milieu carcéral d’époque : les familles mafieuses italiennes, les gardiens corrompus, les chasses à l’homme… Nury  reprend ces motifs pour offrir un récit très cinématographique L’air du pénitencier et des marécages qui l’environnent semble étouffant. Tout comme son prédécesseur Angola parvient à installer son ambiance hallucinée de manière très habile, en revanche il se montre un peu moins jubilatoire. En effet, le premier tome regorgeait  d’humour un peu cynique, de clins d’oeil et de répliques cinglantes et le deuxième volet paraît en demi-teinte sur ces points. Du coup, si le récit est toujours aussi puissant, il ne se traverse pas sourire aux lèvres de bout en bout comme l’épisode précédent.
A la seule vue de la couverture, on reconnaît instantanément le travail exceptionnel de Brüno. Toujours aussi soigné, son trait graphique et stylisé qui joue des aplats et des encrages forts donne une puissance hallucinée aux planches. Le dessinateur ne garde que le plus important, évince tous les détails inutiles de ces cases et grâce à un découpage et à des cadrages maîtrisés insuffle une véritable dynamique cinématographique à son œuvre. Bref, Brüno fait du Brüno.

Très attendu, ce deuxième tome de Tyler Cross parvient à renouveler l’expérience cinématographique de son prédécesseur. Si le récit est toujours aussi puissant et fantasmé, il est aussi moins frais, moins référencé, moins jubilatoire que dans le premier tome. Mais Angola est tout de même un très bon récit complet magnifiquement mis en image par Brüno qui propose une lecture atmosphérique et prenante.

STERN, T1 : Le Croque-mort, le clochard et l’assassin, de Frédéric et Julien Maffre, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Argent

stern-t1-couv…STERN, T1 : Le Croque-mort, le clochard et l’assassin, de Frédéric et Julien Maffre, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Argent

Thème classique du 9eme art, le western connait depuis quelques temps un renouveau intéressant. Cette fois-ci, ce sont les frères Maffre qui nous livrent leur réinterprétation du far-west avec un croquemort pour héros… Mélange entre polar et western, Stern est une lecture rafraîchissante qui fait parler les cellules grises plutôt que les revolvers.

1882, dans une petite ville du Kansas. Elijah Stern vit la vie ô combien calme de croque-mort. Ce jour-là, il se dirige vers le bordel du coin où un client a trouvé la mort lors d’une « visite ». Le macchabée n’est autre que Charles Bening, alcoolique notoire qui laisse derrière lui une veuve… aigrie.
Madame Bening militant contre l’alcool, demande au croque-mort de récupérer les organes de son défunt mari pour exposer les ravages de la boisson. Convaincu par les 50 dollars proposés par la veuve, Elijah Stern accepte de disséquer le corps de Charles Bening malgré les risques encourus. Rapidement, il s’aperçoit que la mort de cet homme n’est pas aussi accidentelle qu’il n’y paraît.

Une bd western qui met le croque-mort sur le devant de la scène… cela n’est pas sans rappeler un certain Undertaker. Pourtant, les ressemblances s’arrêtent ici et il suffit de jeter un œil pour s’en apercevoir. Là où Jonas Crow avait tout du parfait cowboy avec ses répliques bien senties, son sang-froid et son charisme indéniable, Elijah Stern est plutôt un croque-mort conventionnel. Solitaire et en décalage avec le reste de la population, notre fossoyeur à l’allure atone a une répartie toute personnelle. C’est d’ailleurs ce qui donne son sel à ce premier tome de Stern : les codes habituels du western sont réellement réinterprétés pour construire un univers savoureux. Ne vous attendez donc pas à un pur western : cet album tient plus du polar en plein far-west.
Ce premier tome de Stern fait la part belle aux habituelles figures du grand Ouest en leur ajoutant une profondeur psychologique inhabituelle. Du coup s’il est difficile de s’identifier au héros, on est rapidement charmé par cette palette de personnages plus ou moins atypiques. Côté scénario, on est dans de l’enquête pure et dure. Le croque-mort, plus habile avec sa pelle qu’avec ses poings, use de ses méninges pour élucider des mystères qui font remonter en lui de sombres souvenirs. Construit assez classiquement, le récit est maîtrisé et juste mais les habitués du polar risquent d’anticiper les ficelles de l’intrigue.
Au dessin, Julien Maffre, propose un style semi-réaliste. Grâce à son excellent sens de la mise en scène et son trait dynamique, le dessinateur installe une atmosphère savoureuse et décalée. Peuplée de personnages aux allures bien campées, la petite bourgade respire la vie et sent le Kansas profond à plein nez. Les faciès légèrement caricaturaux des protagonistes pourront déplaire à certains, mais graphiquement l’album bénéficie d’un univers propre qui colle tout à fait au ton du récit.

Ce premier tome de Stern prouve qu’il y a de la place pour plusieurs croque-morts dans le neuvième art. Ce mélange de polar et western aux accents de chronique sociale se révèle très agréable. Avec son ton décalé et son univers graphique singulier Le croque-mort, le clochard et l’assassin est une lecture rafraîchissante. Un bon début pour cette série dont chaque tome pourra se lire indépendamment.

Guillaume Wychowanok

Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

alvin-t1…Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

Après Abélard, Régis Hautière et Renaud Dillies nous offrent un nouveau diptyque empreint de poésie intitulé Alvin. On y retrouve Gaston miné par la mort de son ami et les conditions de vies éreintantes d’un New York gangrené par la misère. Mais l’ours mal léché ne va pas tarder à faire une rencontre inattendue… 

Gaston n’a pas oublié Abélard, l’ami avec qui il avait voyagé pendant si longtemps. L’ours est désormais ouvrier du bâtiment au sein de la Grosse Pomme. Après avoir passé la journée à travailler sur un gratte-ciel disproportionné, il se rend au café du coin, seul. Son collègue Pavlo ne voudrait pas tomber dans le piège habituel du poker. Sur place Gaston va passer un moment dans les bras de Purity, jeune, belle et bienveillante prostituée. Avec elle, il aime à parler, à s’échapper de la triste réalité de son existence pour un moment…
Le lendemain, de retour au café, Gaston apprend que Purity a été passée à tabac par un client. Sentant qu’il ne lui reste que quelques heures à vivre, elle confie ses économies à Gaston pour qu’il cherche une famille à son fils. L’inévitable arrive et l’ours doit annoncer la triste nouvel au désormais orphelin Alvin. Il comprend rapidement que l’enfant est des plus turbulents… mais une promesse est une promesse. Ensemble, ils vont voyager à la recherche d’une nouvelle famille pour ce petit oisillon aux ailes brûlées.

Alvin est en quelques sortes la suite d’Abélard. On y retrouve le même univers tendre, mélancolique et poétique, on suit de nouveau les pas de Gaston, inconsolable depuis la mort de son ami. S’il s’inscrit dans la droite lignée d’Abélard, ce diptyque peut se lire indépendamment sans problème. Sous ses airs naïfs, Alvin est une bd qui traite de sujets profonds et complexes. On y voit deux âmes brisées par la perte d’un être cher, deux amis qui s’ignorent, deux personnages complexes au caractère bien trempé. Si on se laisse charmer par le ton naïf de l’œuvre, on s’attache à ce duo improbable aux côtés desquelles on fait moult rencontres surprenantes, on passe de l’espoir à la déception, du dégout à la tendresse. Au fil des pages, la mélancolie se fond à la joie de vivre, les planches se dévoilent avec fluidité.
Seulement, le ton gentillet et assez enfantin de l’œuvre n’est pas pour plaire à tout le monde et, effectivement, cette bd a divisé les lecteurs de la 9eme bulle. Il faut avouer qu’il s’agit d’une œuvre à laquelle on n’adhère ou pas. Le récit n’hésite pas à jouer de silences lourds de sens et se montre assez contemplatif, mais le manque d’action et de rebondissement rend la lecture assez linéaire et installe une sorte de faux rythme. La débauche de bons sentiments peut aussi  donner l’impression d’un manque de profondeur aux lecteurs les plus avertis.
Le travail de Renaud Dillies revêt une cohérence et une originalité admirable. Simple mais recherché, délicat et évocateur le trait à l’aspect crayonné du dessinateur est réussi. Les personnages sont expressifs à souhait et l’on partage sans peine leurs sentiments. L’aspect assez stylisé et enfantin ne fera pas l’unanimité auprès des plus grands. Le découpage est ingénieux et réserve de jolies surprises aux lecteurs. Bref, derrière ses apparences enfantines, le dessin a de quoi charmer bon nombres de lecteurs.

Que ce soit son univers, son atmosphère, son graphisme, son scénario ou ses dialogues, tout dans ce premier tome d’Alvin rappelle Abélard. Les plus laids sentiments côtoient les plus beaux dans cet album qui privilégie poésie et mélancolie au détriment du rythme et de la profondeur. Samantha et Laurent lui attribueraient une bulle de Bronze à cause de son manque de sel et son ton simplet. Quant à Ingrid et moi, plus charmé par le duo de personnages et l’univers graphique, je lui décernerais une bulle d’Argent… ce sera donc Bulle de Brongent !

Guillaume Wychowanok

CONFIDENCES À ALLAH, de Simon et Avril, d’après le roman de Saphia Azzeddine, aux éditions Futuropolis, 18€ : Bulle d’Argent

confidences-a-allah-couv…CONFIDENCES À ALLAH, de Simon et Avril, d’après le roman de Saphia Azzeddine, aux éditions Futuropolis, 18€ : Bulle d’Argent

Après avoir été adapté en pièce de théâtre, le roman Confidences à Allah de Saphia Azzeddine débarque en bande dessinée. Eddy Simon et Marie Avril reprennent les ingrédients qui ont fait le succès de l’œuvre originale en nous plaçant face au témoignage troublant d’une jeune musulmane d’aujourd’hui. 

Jbara vit à Tafafilt, un petit village marocain isolé et entouré de montagnes qu’elle surnomme « le trou du cul du monde ». Elle vit ici parmi ses parents, ses frères et sœurs et les brebis qui leur permettent de survivre. Elle vit comme une véritable domestique et n’hésite pas à coucher avec les bergers de passage en échange d’un Raïbi Jamila, petit et délicieux yaourt à boire. Une valise tombée d’un bus lui offre une passerelle avec la ville. Une aubaine pour cette jeune qui rêve d’ailleurs.
Cet ailleurs, elle va rapidement le rejoindre: quand on découvre qu’elle est enceinte, Jbara est bannie de son village par ses propres parents. Elle se rend alors en ville pour découvrir une vie faite de misère. Dans sa solitude, elle s’adresse constamment à Dieu, seule oreille attentive à ses questionnements. Traitée comme un objet, elle comprend qu’elle va devoir jouer de ses charmes si elle ne veut pas vivre dans le dénuement…

Choquer les esprits est parfois le moyen le plus direct pour toucher les cœurs. Une phrase qui sied bien au roman de Saphia Azzeddine. L’adaptation d’Eddy Simon et de Marie Avril est de la même trempe. On retrouve Jbara et sa voix off qui ne cesse de s’adresser à Dieu, à le questionner sur ses choix, à en comprendre la volonté. Un confident qui ne lui est pas toujours d’une grande aide, car la jeune femme connait la misère, la domesticité, la prostitution, la trahison… et subit tout cela avec une certaine distance, mais garde toujours la force de se battre.
Tous les événements sont montrés de manière crue, sans détour. On assiste à l’exploitation, la violence, la cruauté et l’injustice dans leur plus simple appareil. On est forcément touché par ce qu’il se passe, on s’indigne, on s’émeut, on rit parfois. N’ayant pas de réelle éducation scolaire, Jbara parle de manière simple, sans poésie et souvent avec une certaine vulgarité. Cela gênera sans doute la lecture des amis de la poésie qui pourront trouver le phrasé trop tapageur. On peut ressentir un malaise face à ce trop plein d’irrévérence associé aux événements sordides. Mais cet album n’est pas seulement propice à l’émotion il suscite aussi le questionnement. On est face à une représentation de la place de la femme dans les sociétés guidées par la religion, ce qui pousse à la réflexion. Le discours est simple d’accès, grâce à un récit très rythmé, et diablement efficace.
Le dessin fin très agréable de Marie Avril donne un cachet à cette adaptation. Son trait semi-réaliste exacerbe les émotions des personnages et ajoute une petite dose d’humour à cet univers bien sombre. D’ailleurs les planches très colorées ont un petit côté jovial qui contraste avec la noirceur du récit. De son côté, le jeu des cadrages met bien en valeur les différentes scènes pour susciter les émotions voulues. Sans être un chef d’œuvre graphique, Confidences à Allah est graphiquement agréable et maîtrisé.

Confidences à Allah est une adaptation réussie et sans concession. Les esprits et les âmes sont habilement touchés par cette histoire à la fois choquante et touchante agréablement mise en images. Cet album est un bel hommage rendu aux femmes qui ont le malheur de naître au mauvais endroit, un questionnement de la place de la religion dans la société, une réflexion sur la foi et l’espoir qu’elle suscite. Seule la vulgarité omniprésente pourrait détourner certains de cette lecture nécessaire.

KAMARADES, T1 : La fin des Romanov, d’Abtey, Dusséaux et Goust, aux éditions Rue de Sèvres, 13,50 € : Bulle d’Argent

kamarades-couv…KAMARADES, T1 : La fin des Romanov, d’Abtey, Dusséaux et Goust, aux éditions Rue de Sèvres, 13,50 € : Bulle d’Argent

Kamarades nous fait vivre une romance impossible en pleine révolution russe de 1917. La série mêle contexte historique réaliste, intrigues politiques et histoire d’amour, pour livrer un récit prenant et puissant. 

Petrograd, hiver 1917. Le Tsar russe Nicolas II est sur la sellette. Dans la rue, le peuple se rassemble et crie son mécontentement et son désir de changer de régime. Volodia, un soldat cosaque, s’est finalement rangé du côté des bolcheviks qui par sa bravoure s’attire le soutien du peuple. C’est dans ce contexte qu’il s’éprend d’Ania, une jeune et belle femme qui milite pour le bolchévisme.
Les deux tourtereaux croisent assez vite la route de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline. Ce dernier comprend assez rapidement qu’Ania cache sa véritable identité à Volodia puisqu’elle n’est autre qu’Anastasia Romanova, la fille du Tsar.
De son côté, le Tsar apprend que sa fille s’est entichée d’un soldat partisan des rouges. Afin de sauver l’honneur de sa famille, il propose à Ania de cesser les violences faites aux civils à condition qu’elle accepte de se séparer de Volodia.

Ce premier tome de Kamarades nous embarque dans un drame romantique sur fond de révolution russe et d’intrigues politiques. On y croise des grands noms de l’Histoire tels que Staline, Lénine ou Nicolas II au sein d’un récit fictif. L’histoire se focalise sur l’histoire d’amour impossible entre Volodia et Anastasia et sur les personnages qui gravitent autour d’eux. Déchéance du tsar Nicolas II, montée du bolchévisme, manigances pour accéder au pouvoir… Kamarades s’appuie sur les faits historiques pour construire un drame romantique puissant et poignant. Au milieu de toutes ces luttes intestines, manipulations et autres complots, l’amour parait sublimé, comme s’il s’agissait de l’ultime refuge face à l’horreur d’une époque.
Ne vous attendez cependant pas à un récit purement historique puisque les différents événements de la révolution russe ne sont que rapidement survolés et ne servent que de contexte à la fiction. En effet, la narration use de quelques ellipses temporelles qui empêchent de saisir pleinement la réalité historique. Du coup, mieux vaut avoir une bonne connaissance à priori de l’Histoire, car la narration est dense et les personnages sont assez nombreux. Malgré cela, la lecture de ce premier tome est réjouissante et propice à l’émotion. Le récit puissant alterne entre moments romantiques et événements épiques dans une ambiance unique. La fin, bien qu’attendue, pousse le suspens à son paroxysme et donne envie de lire la suite avec impatience.
Graphiquement, Kamarades est une véritable pépite et met en évidence le talent de Mayalen Goust. A mi-chemin entre la ligne claire et le crayonné, le trait particulier de la dessinatrice marie l’élégance à la légèreté, bien qu’on puisse avoir une impression d’inachevé. Les planches sont très aérées et dégagent un sentiment de puissance mais aussi une certaine fatalité. Les aplats de couleurs jouent des contrastes entre couleurs chaudes et froides et le résultat est là aussi atypique. Le découpage à la fois original et soigné rend la lecture encore plus agréable.

Derrière ses apparences historiques, Kamarades cache un drame romantique poignant. Au milieu d’un contexte fait de fourberies et de violence, l’amour y parait comme un symbole d’humanité. La révolution russe est cependant trop survolée pour combler les désirs des passionnés d’Histoire. La fin des Romanov se révèle finalement être une fiction romantique prenante admirablement mise en image par Mayalen Goust.

Guillaume Wychowanok

LE PREDICATEUR, De Bocquet et Bischoff, adapté de Camilla Läckberg, aux éditions Casterman, 18 € : Bulle d’Argent

le-predicateur…LE PREDICATEUR, De Bocquet et Bischoff, adapté de Camilla Läckberg, aux éditions Casterman, 18 € : Bulle d’Argent 

Après le très réussi La Princesse des Glaces, Olivier Bocquet et Léonie Bischoff continuent d’adapter les romans de Camilla Läckberg. Dans Le Prédicateur, on retrouve Erica et Patrik qui vont devoir expliquer la disparition de plusieurs jeunes filles depuis 24 ans… 

En cette période estivale, le soleil baigne la petite ville balnéaire de Fjàllbacka. Patrik comptait bien profiter des beaux jours pour prendre quelques jours de repos et aider sa femme Erica, enceinte de leur enfant. Malheureusement pour eux, Patrik est appelé pour une affaire : le cadavre d’une jeune femme a été retrouvé dans une faille. Rapidement, la police découvre les squelettes de jeunes filles, disparues 24 ans plus tôt.
Pas question pour Erica de rester chez elle à ne rien faire. Elle mène sa propre enquête et découvre l’identité des deux jeunes femmes disparues en 1979. L’autopsie a, quant à elle, montré que les trois femmes ont subi les mêmes sévices et que ces trois meurtres sont liés. L’ensemble de ces éléments converge vers la famille Hult. Ephraïm, le père, est un ancien prédicateur qui était accompagné de ses deux fils, Gabriel et Johannes.

 Avec Le Prédicateur, les lecteurs de La princesse des Glaces évoluent en terrain connu. On passe certes du froid hivernal au soleil éclatant de l’été, mais on retrouve le couple de flics formé par Erica et Patrik, une enquête macabre, un village hanté par de lourds secrets… Cette grande ressemblance ne pose pourtant pas de grande gêne : cette histoire peut se lire indépendamment de la précédente et le résultat est toujours aussi réussi. En bon polar suédois, Le Prédicateur joue avec nos nerfs au sein d’un petit village à l’allure paisible qui cache une réalité beaucoup moins sympathique. Tout est histoire de non-dits et de faux semblants, et les couleurs chaudes de l’été masquent la noirceur des sentiments.
Pour installer convenablement cette atmosphère, une attention particulière a été portée aux personnages qui ont tous droit à une petite présentation en introduction de l’œuvre. Cela permet de bien différencier les personnages, d’esquisser leur psychologie et de cerner leurs intérêts. Des personnages humainement plausibles qui participent à installer l’ambiance de l’album. On navigue entre différents états émotionnels pour être rapidement happé dans un climat d’anxiété et d’incertitude. On parcourt alors la bd à un rythme haletant sans pouvoir décrocher jusqu’au dénouement qui lève le voile sur les événements.
Le travail de Léonie Bischoff s’inscrit dans la même lignée et rappelle ce qu’on a pu voir dans La Princesse des Glaces tout en arborant quelques changements. Le contraste entre les apparences et la réalité dissimulée est parfaitement mis en scène par la dessinatrice qui a un don pour donner des frissons. Son trait fin et détaillé risque de ne pas plaire à tout le monde mais colle parfaitement au récit tout comme les couleurs de Sophie Dumas qui donnent vie aux décors et personnages.

Deuxième adaptation d’un roman de Camilla Läckberg réussie de la part d’Olivier Bocquet et Léonie Bischoff. Le Prédicateur est une bd prenante et finement construite qui entretient le suspens jusqu’aux dernières pages. Aidé par un dessin subtil et expressif, l’album installe son atmosphère angoissante par touches pour mieux faire monter la tension. Pouvant se lire en tant que one-shot, l’ouvrage a de quoi plaire à tous les amateurs de polar mais pourra donner une impression de déjà vu à ceux qui ont lu La Princesse des Glaces.

Guillaume Wychowanok

OUTCAST, T1 : Possession, de Kirkman et Azaceta aux éditions Delcourt, 16,95 € : Bulle d’Argent

…OUTCAST, T1 : Possession, de Kirkman et Azaceta aux éditions Delcourt, 16,95 € : Bulle d’Argent outcast-t1-couv

Après le succès planétaire de The Walking Dead, la nouvelle série de Robert Kirkman était attendu avec impatience. Le scénariste met de côté le récit post-apocalyptique et les zombies pour se tourner vers la bd horrifique. Dans Outcast, le mal est dissimulé et ne peut-être délogé qu’à grands coups d’exorcisme.

 Kyles Barnes vit seul dans sa maison, isolé du monde extérieur. L’homme arpente son foyer, forcé de vivre loin de sa femme et de son enfant, hanté par un passé violent et le souvenir d’une mère devenue folle. Dans un état dépressif et plombé par les remords, Kyle est convaincu qu’il est maudit et que les membres de sa famille ont été possédés par des démons.
Seule Megan, sa sœur, accepte encore de lui rendre visite et tente de lui apporter son soutien. Alors que Kyle fait les courses avec sa sœur, le révérend Anderson lui fait la discussion avant de lui demander de l’aide. Le religieux semble penser que Kyle a le pouvoir de combattre les démons et lui demande de l’assister lors d’un exorcisme. Les deux hommes rendent alors visite au fils d’une famille rongé par le mal. Sur place ils découvrent une scène aussi horrifique qu’intrigante.

Kirkman laisse les zombis de The Walking Dead se reposer un temps pour nous plonger dans un récit purement horrifique. Sa nouvelle œuvre parait plus réaliste et ne laisse s’installer le fantastique que progressivement aux détours de scènes du quotidien. La violence est bien présente, mais elle n’est pas exacerbée, elle n’est montrée que par touches pour mieux nous saisir lorsqu’elle survient dans son apparence la plus crue. Bref, avec Outcast, Robert Kirkman prouve une nouvelle fois qu’il sait comment construire un récit.
Le scénariste prend le temps d’installer son intrigue et ses personnages. Si l’atone Kyle Barnes nous parait un peu antipathique au début, des flashbacks viennent peu à peu nous instruire sur son passé douloureux. Passé des débuts un peu lents, on plonge dans cet univers inquiétant. L’horreur s’installe peu à peu et le rythme va alors crescendo pour atteindre des sommets de puissance. Du coup l’intrigue sur fond d’exorcisme qui peut paraitre un peu classique acquiert une véritable force, aidée par une excellente mise en scène.
Si Outcast parvient à installer son atmosphère étouffante si efficacement, c’est aussi grâce au travail de qualité proposé par Paul Azaceta. Avec son trait réaliste et épais, le dessinateur joue des ombres, des contrastes et des cadrages pour installer de l’anxiété dans l’esprit du lecteur. Les scènes sanguinolentes ne sont alors que plus terrifiantes. Pourtant, l’album ne sombre pas dans le gore ou dans la violence gratuite, le mal est diffus, il se fait voir par touches. Les personnages sont très bien croqués et les possédés dégagent quelque chose de malsain qui a de quoi nous faire frissonner. Les couleurs très réussies d’Elizabeth Breitweiser participent également à renforcer l’ambiance de cet album qui en met plein les yeux.

La bd horrifique est un genre particulièrement exigeant qui demande une grande maîtrise pour parvenir à instiller la peur et l’angoisse dans l’esprit du lecteur. Robert Kirkman et Paul Azaceta ont remporté leur pari haut la main. Les qualités d’Outcast font oublier les longueurs du début et le pitch assez classique. L’atmosphère devient rapidement étouffante et on frissonne régulièrement à la vue des possédés aux allures diaboliques. Les amateurs d’horreur ont de quoi être comblés : de nombreux tomes sont prévus ainsi qu’un une série télévisée.

Guillaume Wychowanok

L’ÎLE DES JUSTES, Corse, été 42, de Piatzszek et Espé, aux éditions Glénat, 18,50 € : Bulle d’Argent

ile-des-justes-couv…L’ÎLE DES JUSTES, Corse, été 42, de Piatzszek et Espé, aux éditions Glénat, 18,50 € : Bulle d’Argent

Avec L’Île des justes, Stéphane Piatzszek et Espé rendent hommage au peuple corse qui a redoublé d’effort pour protéger les juifs en exil pendant la Seconde Guerre mondiale. Une fiction ancrée dans un contexte historique bien réel, une histoire touchante qui magnifie la solidarité face à l’adversité.

Marseille. Été 42, alors que la France est occupée. Henri et Suzanne Cohen sont prêts à fuir la ville en compagnie de Sacha, leur jeune fils. Leur but est de rejoindre la Corse pour ensuite se rendre en Palestine. Leur départ est finalement précipité lorsqu’une rafle a lieu dans leur rue. Henri est arrêté et Suzanne et son fils iront seuls sur l’île de beauté.
Dès son arrivée sur l’île, Suzanne est arrêtée alors que Sacha est mis à l’abri par les Corses. Elle parvient finalement à prendre la fuite et à rejoindre le village de Canari où le prêtre local a protégé son fils. Les jours s’éclaircissent alors pour Sacha et sa mère qui se sentent en sécurité dans le vieux moulin prêté par le prêtre. Mais les beaux jours prennent fin lorsqu’ils sont dénoncés au nouveau préfet de l’île par une lettre anonyme… Heureusement, ce dernier ne fait pas une priorité de la traque des juifs.

Alors que les œuvres sur la Seconde Guerre mondiale sont nombreuses, les efforts des Corses pour enrayer la déportation des juifs réfugiés ou résidants sur l’île de beauté sont assez méconnus du grand public. Stéphane Piatzszek et Espé, participent à corriger le tir avec L’Île des Justes. L’histoire romanesque de Suzanne Cohen que les auteurs nous narrent montre par l’exemple la réalité historique de la Corse pendant l’Occupation.
Dès l’arrivée de la mère et du fils sur l’île de beauté, on ressent la tension que cachent les paysages ensoleillés des lieux. Une atmosphère oppressante que vient enrayer la bienveillance émouvante (de la plupart) des habitants de l’île. On est saisi par cette solidarité quasi-inconditionnelle et pourtant, le récit ne sombre pas dans le pathos larmoyant et propose une vision nuancée. Les personnages sont d’ailleurs dépeints dans cet état d’esprit : simpliste aux premiers abords, leur psychologie recèle une part d’ombre et de secret. La tension et la force de l’album ne retombent qu’à la fin de l’album qui semble un peu expédiée…
Graphiquement, Espé propose un travail soigné et très réussi. Son trait semi-réaliste n’est pas sans rappeler Il était une fois en France, avec des personnages tous plus expressifs les uns que les autres. Les décors ont également droit à un traitement de choix et restituent parfaitement l’ambiance inimitable des paysages de la Corse. La colorisation d’Irène Häfliger qui joue des contrastes et fait la part belle aux couleurs chaudes et lumineuses aide d’ailleurs à installer cette atmosphère unique.

Sorti pour le soixante-dixième anniversaire de la Libération, L’Île des Justes nous raconte avec justesse le rôle méconnu des Corses pendant l’Occupation. Un récit romanesque qui nous fait vivre avec émotion des événements de la Seconde Guerre mondiale sans trop en faire. L’intrigue est magnifiée par le dessin d’Espé et ne souffre que d’une fin un peu trop expéditive. Un one shot qui a de quoi attirer à la fois les adeptes de récits historiques et les amateurs d’histoires touchantes et émouvantes.

Guillaume Wychowanok

LES ENFANTS DE LA RESISTANCE, T1 : Premières actions, de Dugomier et Ers, aux éditions Le Lombard, 10,60 € : Bulle d’Argent

enfants-de-la-resistance-couv…LES ENFANTS DE LA RESISTANCE, T1 : Premières actions, de Dugomier et Ers, aux éditions Le Lombard, 10,60 € : Bulle d’Argent

Après avoir œuvré sur Hell School et Les Démons d’Alexia, le duo Ers / Dugomier délaisse le fantastique pour s’attaquer à la fiction historique. Toujours axé jeunesse, leur nouveau titre nous conte l’histoire d’enfants qui font face à l’occupation allemande au sein de leur petit village des Ardennes. Un récit qui mêle fiction et réalité historique avec une fraîcheur enfantine tout en ayant un intérêt didactique. 

En Juin 1940, dan un petit village des Ardennes, François et Eusèbe n’apprécient pas vraiment la présence allemande. Alors qu’ils n’ont qu’une douzaine d’années, ils décident de mettre des bâtons dans les roues de l’occupant. Seulement, ils doivent faire face à la passivité des adultes qui sont encore un peu hébétés par la défaite française et qui fondent de grands espoirs dans le gouvernement de Pétain, véritable héros de la première guerre mondiale.
Les enfants ne comptent pourtant pas rester les bras croisés. Dans leur quête de résistance, ils font la connaissance de Lisa, une jeune fille qui parle allemand mais qui dit ce dit belge. La jeune enfant a été abandonnée à son sort, mais la famille de François va la recueillir. L’aide de la jeune germanophone va permettre à Eusèbe et François de comprendre ce que disent les soldats allemands. Ils se rendent rapidement compte qu’il est urgent d’agir contre l’occupant. Les enfants commencent à mener la résistance à leur échelle et tentent de déjouer la propagande à grand renfort de tracts…

 Il n’est pas aisé d’offrir un récit frais et intéressant autour du sujet de l’occupation pendant la seconde Guerre Mondiale. C’est pourtant ce qu’ont réussi à faire Ers et Dugomier. En prenant le parti d’écrire une fiction historique à destination des jeunes sur ce passage de l’Histoire française, les auteurs livrent une bd bienveillante et rafraichissante. Narrativement, on suit le journal du jeune François qui nous raconte les actes de résistance qu’ont menés ses amis et lui.Le récit a tous les éléments d’une bonne bd d’aventure jeunesse avec son trio d’enfants charismatiques qui vit de trépidantes aventures. Un récit linéaire et simple qui se révèle efficace bien que sans grand génie.
Mais le gros point fort de l’album est ailleurs. Car sous son ton léger et son aspect enfantin, Les Enfants de la Résistance, parvient à traiter l’épisode de l’occupation avec nuance et subtilité. On assiste alors à un véritable portrait de la France sous l’occupation nazie avec un nuancier beaucoup plus étoffé que l’habituel contraste entre collabo et résistant. Et c’est là que se révèle l’intérêt véritable de cet album : l’aspect didactique de l’œuvre. Les adultes pourront tiquer face aux éléments d’apprentissage un peu trop voyants, mais les plus jeunes profiteront d’une aventure prenante ancrée dans un contexte historique juste. Pour pousser plus loin l’apprentissage et la réflexion du lecteur, les auteurs ont d’ailleurs placé en fin d’album un livret pédagogique illustré qui détaille le contexte historique et les différentes références de l’album.
Le dessin stylisé d’Ers fait la part belle aux bouilles et aux mouvements, bd jeunesse oblige. Les planches sont très fraiches et dégagent d’ailleurs une certaine légèreté qui devrait convaincre les plus jeunes mais aussi les adultes. En effet, s’il se révèle accessible, le trait d’Ers regorge de détails et donne vie à ce petit village des Ardennes et ses habitants.

Ce premier tome des Enfants de la Résistance est une très bonne entrée en matière. Avec son intrigue efficace, ses personnages charismatiques, ses planches pleines de fraicheur, son contexte historique bien retranscrit ce premier tome a de très bons atouts en main. Avec le grand plaisir de lecture qu’il offre et sa valeur pédagogique cette nouvelle série donne sa version moderne du « placere et docere ».

Guillaume Wychowanok

LA JEUNESSE DE CATAMOUNT, de Benjamin Blasco-Martinez, adapté d’Albert Bonneau, aux éditions Physalis, 15,90 € : Bulle d’Argent

catamount-couv…LA JEUNESSE DE CATAMOUNT, de Benjamin Blasco-Martinez, adapté d’Albert Bonneau, aux éditions Physalis, 15,90 € : Bulle d’Argent

 Pour sa première bande dessinée éditée, Benjamin Blasco-Martinez a choisi le western en adaptant l’œuvre d’Albert Bonneau. En conservant la tonalité des films des années 50, Catamount se révèle classique dans son scénario et dans son approche et moderne dans sa composition graphique. En résulte un album truffé de références qui séduira sans mal les férus de western.

1870. La famille Osborne a quitté la vie bostonienne à la conquête de l’ouest américain, direction le Wyoming. Actuellement, entre le Nebraska et le Colorado, les Osborne se sont fait distancer par la caravane à cause de plusieurs déconvenues. Tendus par leur isolement et leur vulnérabilité, les parents se disputent jusqu’à ce qu’ils perçoivent une colonne de fumée au loin. Samuel, le père, part donc en éclaireur pour voir ce qu’il en est. Une fois sur place, il constate que la caravane a été massacrée.
Terrifiée par cette découverte, la famille décide de s’éloigner de ce charnier à ciel ouvert et fait halte près d’une rivière. Dans la nuit, le chien de la famille montre les crocs. Effrayé, un catamount (félin sauvage) s’enfuit en laissant sa proie sur place : un bambin, seul survivant de l’attaque de la caravane. Kate, la mère Osborne, décide de l’appeler Catamount.
Environ 15 années plus tard, le bambin est devenu un jeune homme aventurier. Avec l’aide de Pad, un ancien traqueur, il s’initie à la traque et au maniement des armes à feu dans le but d’assouvir sa vengeance. Sa première proie sera Black Possum, le chef indien responsable de l’attaque de la caravane, qui a refait surface dans le Wyoming… 

Benjamin Blasco-Martinez a fait le choix de commencer par les origines du héros fétiche d’Albert Bonneau, de sa découverte miraculeuse à ses premiers faits d’armes. Sur un scénario assez classique, l’auteur nous propose finalement un récit varié et haletant qui renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. Influencé par les films des années 50, Catamount  passe par tout un éventail de tonalités : les scènes contemplatives succèdent aux moments de violence et de tension dans une fluidité appréciable. La lecture très dynamique défile à toute vitesse, et on sent que l’auteur a été limité par le nombre de pages. Cela se ressent notamment dans le final un peu expéditif, qui nous laisse sur notre faim. On aurait aimé profiter un peu plus de la présence de Catamount et en apprendre davantage, tant la lecture est agréable.
Le récit se présente finalement comme une synthèse des vieux westerns : on retrouve l’orphelin qui va devenir un tireur hors-pair, le chef indien à la cruauté exacerbé, les vulnérables colons partis à la conquête de l’ouest, le shérif incompétent et grassouillet… Bref, le casting fait la part belle aux archétypes et l’univers parait un peu manichéen. Mais en parsemant son album de pointes d’humours et de références en touts genres, Benjamin Blasco-Martinez ajoute une dose de second degré jouissive qui fait le sel de l’album et l’empêche de tomber dans l’hommage pompeux.
Si la trame scénaristique s’avère classique, adaptation d’un roman sorti en 1947 oblige, les planches le sont beaucoup moins. Le trait réaliste à l’encrage appuyé de Blasco-Martinez offre de belles cases et nous plonge dans un ouest américain violent et contemplatif. Cependant, les faciès des personnages ne seront pas au goût de tout le monde et on peut tiquer face à certaines postures qui paraissent artificielles. Mais ces détails sont effacés par une colorisation, un découpage et des cadrages qui magnifient les scènes et les ambiances.

Cette première bande dessinée de Benjamin Blasco-Martinez est une réussite. Malgré un scénario très classique hérité de l’œuvre d’Albert Bonneau, le jeune auteur insuffle assez de diversité et de dynamisme au récit pour captiver son lectorat. En multipliant les références et les influences, Catamount a de quoi amadouer les amateurs de westerns à l’ancienne. Ne reste plus qu’à attendre la suite des aventures de Catamount et les prochaines œuvres de ce jeune auteur prometteur.

Guillaume Wychowanok