TU MOURRAS MOINS BETE Tome 3 : Science un jour, science toujours ! de Marion Montaigne aux éditions DELCOURT : Bulle d’Argent

tumourrasmoinsbete_t3_couvTU MOURRAS MOINS BETE Tome 3 : Science un jour, science toujours ! de Marion Montaigne aux éditions DELCOURT : Bulle d’Argent

Après s’être attaquée aux mythes du cinéma et des séries télévisées, après nous avoir initiés aux subtilités de la médecine, le professeur Moustache revient pour s’attaquer au quotidien dans un troisième tome toujours aussi désopilant.

Tu mourras moins bête, c’est un peu le Myth Buster de la bande dessinée. C’est de la vulgarisation scientifique sans prise de tête avec un regard décalé. Le professeur Moustache, femme scientifique défenseure de la vérité s’attaque à toutes les absurdités que nous assènent films, séries tv. Elle démonte scientifiquement les incohérences et ne nous épargne aucun détail. Parce que la science c’est des faits parfois cocasses, parfois sordides, parfois gores. Souvent, le professeur Moustache digresse mais c’est toujours pour nous offrir de nouveaux savoirs… et de nouveaux fous rires.

Comment perdre son gras ? Comment ça marche la gueule de bois ? Pourquoi ça fait mal un coup dans les bijoux de familles ? Autant de question que tout le monde se pose (ou pas) et qui trouvent enfin leur réponse dans ce troisième tome. Si le cinéma et les séries (médicales surtout) en prennent encore pour leur grade, le professeur Moustache a étendu son champs de recherche pour aller toujours plus loin dans le savoir.

Marion Montaigne publiait déjà les « leçons » du professeur Moustache sur son blog et a gardé les meilleures pour ses albums. Alors on pourrait se dire qu’il s’agit d’une bd de blogueuse de plus. Mais il suffit de voir le dessin tout droit sorti d’un journal satirique, le ton potache et l’approche décalée de l’album pour voir qu’il y a quelque chose de différent ici. Certes, il faut avoir le cœur bien accroché, l’humour ne flaire pas le bon trait d’esprit et certains gags ne font pas mouche. Mais ça marche. On se prend à rire et on veut vite entamer une nouvelle leçon. Tu mourras moins bête, ça se lit comme un blog : petit à petit, de temps en temps sauf que lorsqu’on le cherche, c’est souvent un autre qui l’a dans les mains.

Guillaume Wychowanok

JACQUES PREVERT, INVENTEUR Tome 1, de Cailleaux et Bourhis aux éditions Dupuis : Bulle d’Argent

prevert-inventeur-couv…JACQUES PREVERT, INVENTEUR Tome 1, de Cailleaux et Bourhis aux éditions Dupuis : Bulle d’Argent

Cailleaux et Bourhis se penchent sur la jeunesse de Jacques Prévert alors qu’il était encore inconnu du grand public. Si cet album biographique est très documenté, il est loin d’adopter le ton monotone d’un cours magistral.

Prévert fait partie des icones de l’Éducation Nationale et nos têtes blondes apprennent encore à faire le portrait d’un oiseau en suivant ses conseils. Pourtant, lui-même serait étonné de voir son art ainsi institutionnalisé. D’ailleurs, lui ne voulait pas être auteur ou scénariste mais il devait bien gagner quelques sous pour subsister et continuer à boire des canons.

Ce premier tome s’attache à nous montrer la jeunesse du poète, avant qu’il ne soit connu du grand public. On le suit donc depuis son service militaire à Istanbul où il rencontra Marcel Duhamel. Puis on le retrouve à Paris où il fait petit à petit connaissance des créateurs littéraires de l’époque qu’étaient André Breton, Robert Desnos et Louis Aragon. On le voit côtoyer les surréalistes et les impressionner par sa gouaille lui qui ne publiait alors aucun texte. C’est que Prévert créait alors uniquement dans l’instant présent. Cet album nous immerge dans ces moments d’insouciance où il buvait, chantait, jouait des sonorités sans se soucier d’éventuelles publications.

Ce qui frappe l’attention lorsqu’on ouvre cet album c’est la quasi-absence de case. On navigue parmi les illustrations, les phylactères et autres textes de manière fluide et parfois un peu déroutante. Le trait du dessinateur oscille entre détails réalistes et foisonnement d’idées. Un peu à la manière du poète, les auteurs se jouent des limites et cadres habituels pour aller vers une création libre, qui coule de source. La force de cette biographie est de vouloir adopter le ton de l’auteur raconté. Et on le retrouve sous toutes ses facettes : on assiste à ses beuveries, à ses logorrhées sans fin, à son jeu permanent avec les mots, leur sens et leurs sonorités. On voit aussi ses parts moins consensuelles : ses années à vivre au crochet des autres, à passer des nuits sous les ponts parce qu’il est sans le sou et qu’il ne hait rien de plus que le travail et ses passages au poste de police après ses excès de boisson et de paroles … Et on comprend que l’œuvre de jeunesse de Prévert c’était ça, c’était ce qu’il faisait de l’instant présent.

Jacques Prévert, inventeur est une biographie qui se veut agréable à lire sans délaisser les détails qui font le sel d’un bon portrait. Cette bd ne nous raconte pas une histoire, elle nous la joue. Le manque de cadre et la facétie constante de Prévert peuvent toutefois compliquer un peu la lecture mais permettent d’instiller une véritable ambiance d’époque entre vie de bohème et création littéraire.

Guillaume Wychowanok

MON TRUC EN PLUS, de Lang et García aux éditions Steinkis : Bulle d’Argent

trucenplus_couv…MON TRUC EN PLUS, de Lang et García aux éditions Steinkis : Bulle d’Argent

Bulle d’argent

« Mon truc en plus » nous propose de suivre Pablo, jeune enfant atteint de trisomie, dans sa vie de tous les jours. Un album touchant qui préfère la tendresse et l’humour à l’apitoiement.

Les espagnols Noël Lang et Rodrigo García nous donne à voir des tranches du quotidien de Pablo, ou Blo pour les intimes. Cet enfant a un truc en plus par rapport aux autres : le chromosome 21. Si sa mère lui dit qu’il est spécial, il a pourtant les mêmes préoccupations que les autres enfants. Il  a son album préféré, un vieux vinyle de Petula Clark, qu’il trimballe partout avec lui. Il a ses amis : Pierrot, obèse qui ne jure que par la nourriture, Benjamin, atteint de trichotillomanie, qui s’arrache les cheveux « pour se sortir les mauvaises idées de la tête », Ruth, une jeune chipie qui rêve d’être star et surtout Bibi « la fiancée préférée » de Blo.

Ces amis sont pleins de bon sens et porte un regard plein d’interrogations sur l’univers des adultes, ses contradictions et ses absurdités. On les voit chez eux, à l’école, dans un parc menant les mêmes discussions que les autres enfants mais avec de petits trucs en plus.

Ici pas d’histoires larmoyantes mais de courtes scènes souvent drôles et toujours touchantes. Et c’est bien là la force de cet album : on y voit des enfants qui comme tous les autres portent un regard unique sur le monde qui les entoure.

« Mon truc en plus », c’est une belle lecture sans ton grandiloquent. C’est un dessin simple qui ne relève que les détails important dans la tradition espagnol. C’est un album qui ne cherche pas à stimuler les sentiments à tout va, ce qui le rend d’autant plus touchant.

Guillaume Wychowanok

LE TECKEL par Hervé Bourhis aux éditions Casterman / Arte Éditions : Bulle d’Argent

teckelcouv…LE TECKEL par Hervé Bourhis aux éditions Casterman / Arte Éditions : Bulle d’Argent

Hervé Bourhis signe avec « Le Teckel » un thriller sur fond de satire des laboratoires pharmaceutiques et de leurs méthodes. Un album bourré d’humour dans lequel les visiteurs médicaux sont des commerciaux aux méthodes que ne renieraient pas les ripoux…

Guy Farkas, dit « Le Teckel » est la crème des visiteurs médicaux, une légende vivante qui travaille pour les laboratoires Duprat. Leur précédent médicament, le Marshall, est suspecté d’avoir causé des centaines de décès… mauvais pour la réputation ça. Pour la sortie du Marshall 2, les labos veulent blanchir leur réputation et Le Teckel est l’homme de la situation.

Guy Farkas est connu pour ses qualités de « vendeur » mais aussi pour ses frasques. Pour le surveiller, le labo lui colle un coéquipier, Jeremy Labionda. Le jeune naïf va pouvoir constater les travers de son coéquipier et découvrir le génie de l’homme lorsqu’il s’agit de refourguer des médicaments.

Aux premiers abords, le pitch ne parait pas des plus séduisants. Mais Hervé Bourhis arrive à en tirer un album agréable à l’humour décapant. Le Teckel, avec sa CX, son style 70’s kitch au possible, et ses répliques inattendues est truculent au possible. Le ton satirique du thriller fonctionne et le dessin simple et efficace nous plonge dans un bon vieux film de ripoux. Le rythme de l’aventure ne faiblit pas, jusqu’au twist final, réussi bien qu’attendu.

Sans être un chef d’œuvre, Le Teckel est une satire agréable à lire qui dévoile tout le cynisme des laboratoires pharmaceutiques en s’appuyant sur l’humour plutôt que sur de longs discours.

Guillaume Wychowanok

AMERE RUSSIE Tome 1 : Les Amazones de Bassaïev, par Aurélien Ducoudray et Anlor aux éditions Bamboo

amere_russie_couv…AMERE RUSSIE Tome 1 : Les Amazones de Bassaïev, par Aurélien Ducoudray et Anlor aux éditions Bamboo

BULLE D’ARGENT

Avec « Amère Russie », on effectue une plongée dans le conflit entre Tchétchénie et Russie. Mais ne vous attendez pas un récapitulatif des événements historiques. Non, ici, on suit la quête humaine et émouvante d’une mère à la recherche de son fils.

Madame Kitaev, mère de famille russe, élève seule son fils depuis que son mari, militaire de son état, a été envoyé à la frontière de l’Ouzbékistan. Plus tard, son fils Volodia, part effectuer son service militaire et participe au conflit tchétchène. Sans nouvelle de son fils, elle tente désespérément d’avoir des informations le concernant… sans succès…

Au fil de sa quête, elle apprend que son fils a été fait prisonnier. Mais une rumeur dit que le chef tchétchène, Bassaïev,  laisserait partir les soldats dont les mères se présenteraient en personne. Ni une, ni deux, elle part retrouver son fils… sans s’inquiéter du voyage qui se révélera jonché d’embuches et d’imprévus.

Dans « Amère Russie », on découvre un conflit d’un point de vue humain. On voit la haine ethnique engendrée par les décisions venues d’en haut et la détresse des personnes à qui on a imposé cette guerre. Deux peuples qui ne se haïssent que par ce qu’ils ont pu entendre.

Un récit touchant et bien mis en image où le froid russe glace la vue et les sentiments. A lire, en espérant que le deuxième tome saura nous mener au bout de la quête de cette vieille dame avec autant de plaisir.

Guillaume Wychowanok