L’APOCALYPSE SELON MAGDA, de Vollmer-Lo et Maurel, aux éditions Delcourt, 22,95 € : Bulle de Bronze

apocalypse_selon_magda_couv…L’APOCALYPSE SELON MAGDA, de Vollmer-Lo et Maurel, aux éditions Delcourt, 22,95 € : Bulle de Bronze

Cela fait un an que la fin du monde a été annoncée, aujourd’hui c’est le jour J. Mais l’apocalypse tant redoutée n’a finalement pas lieu. Une libération  pour toute la population qui exulte…mais une mauvaise nouvelle pour Magda, une jeune fille qui a construit ses derniers jours autour de cette fin attendue.

Alors que tout le monde attend fébrilement la fin du monde annoncée, rien ne se passe. Naturellement, tout le monde sort pour fêter cela… sauf Magda qui voit tous ses plans chamboulés.
Un an plus tôt. La veille de son treizième anniversaire, Magda est rassemblée avec tous les autres élèves de son collège pour apprendre une funeste nouvelle : dans un an, une série de catastrophe entraînera la fin du monde. Une annonce difficile à encaisser pour tous les collégiens qui pensent vivre leur dernière année… Magda discute de tout cela avec ses amis Léon et Julie et tente de trouver des réponses à toutes les questions qui se posent désormais. Le soir, tous les médias se focalisent sur la fin du monde, baignant la population dans une atmosphère anxiogène…
Le lendemain matin, alors que Magda compte bien fêter son anniversaire, elle comprend rapidement que rien ne sera plus pareil. Au petit matin, la jeune fille apprend que son père est parti vivre ses derniers jours d’existence avec une autre femme. En fait tout le monde veut profiter de ces derniers instants, et les élèves comme les professeurs désertent les salles de classe. Pas facile de se construire dans un contexte pareil… Magda se rend compte qu’elle risque de passer à côté de pas mal des choses de la vie… et elle compte bien profiter de cette dernière année pour les découvrir.

Si le thème de l’adolescence est un sujet qui a déjà été maintes fois traité en bande dessinée, le placer dans le contexte d’une apocalypse apparaît déjà beaucoup plus original. Ce choix audacieux mais judicieux insuffle de la puissance aux propos de l’auteur grâce à des symboles forts et des situations extrêmes. L’adolescence peut occasionner pas mal de soucis et dans un monde qui se délite progressivement cela relève peut rapidement devenir un enfer. Car face à une fin certaine, chacun décide de profiter de la vie comme il l’entend sans plus se préoccuper des autres et du lendemain.
Aux côtés de Magda, le lecteur est témoin de ce monde qui sombre peu à peu dans la folie car il se sait condamné. Et le jeune fille ne fait pas exception : elle veut goûter à tout ce que cette vie a à lui offrir. Construit comme un thriller, L’Apocalypse selon Magda fait donc la part belle aux émotions tout en apportant une réflexion sur la société.  Forcément, condenser les tourments de l’adolescence en moins de 200 pages n’est pas aisé, et l’album tombe parfois dans l’excès et use de clichés un peu faciles. Mais, grâce à son récit rythmé et sa narration séquentielle prenante, cet album ne laisse jamais retomber l’intérêt et donne envie au lecteur d’aller au bout de ce récit fort en émotions.
Carole Maurel propose un dessin jeté et expressif qui correspond bien au ton de l’album. Son trait semi-réaliste et dynamique nous montre les différents événements sans détours. La mise en scène très cinématographique couplé à l’aspect graphique assez sobre rend la lecture de l’album très agréable, tandis que les changements de couleurs en fonction de la séquence renforcent l’immersion du lecteur.

Pour sa première bd, Chloé Vollmer-lo livre un récit à la fois intimiste et symbolique sur l’adolescence. Si le récit est fort en émotion, on aurait toutefois aimé que le sujet soit traité avec un peu plus de subtilité pour être plus plausible et plus marquant. Avec son style jeté et dynamique, Carole Maurel fait preuve d’une grande maîtrise pour son deuxième album.

Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

harmony_t1_couv…Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

C’est en auteur complet que Mathieu Reynès signe sa dernière création : Harmony, annoncé comme une saga fantastique. On y fait la connaissance d’une jeune fille amnésique, emprisonnée dans une cave elle ne trouve aucune réponse à ses questions. Progressivement, elle va découvrir ses étranges capacités…

Quand elle se réveille alitée dans une cave, Harmony n’a aucun souvenir. Sa vie passée et ce lieu lui sont totalement inconnus… Mais la jeune fille trop faible perd conscience écourtant ce moment de panique. Lorsqu’elle s’éveille de nouveau, l’adolescente remarque qu’on lui a laissé de quoi se nourrir. Elle fait alors la connaissance de son geôlier, Nita, un homme bien charpenté qui semble la connaître. Au fil de ses passages, il ne donne que très peu de réponses aux questions que se pose Harmony, tout juste lui dit-il qu’il est là pour prendre soin d’elle et qu’elle n’a pas à s’inquiéter.
Les paroles de Nita n’apaisent pas vraiment l’esprit de la jeune Harmony. Enfermée dans cette cave, elle ne cesse de chercher des réponses à ses questions et, parfois, elle entend une voix qui semble communiquer avec-elle comme par télépathie. Cela ne pourrait être que les premiers signes de la folie, mais lorsqu’Harmony découvre qu’elle peut bouger les objets qui l’entourent par ses seules pensées, elle comprend que la vérité est bien plus complexe…

Si Harmony s’annonce comme une saga fantastique, ce premier tome entame l’aventure à la manière d’un thriller. Le lecteur et l’héroïne de l’album sont confrontés à de nombreux mystères qu’ils voudraient percer. Un parti pris qui entretient l’intérêt du lecteur d’autant plus que l’auteur a construit un univers qui mêle subtilement fantastique, fantasy et science-fiction… Un mélange plaisant et déroutant que la narration esquisse habilement  en brouillant les pistes. Les  bases de l’intrigue et de l’univers sont introduites par touche et de manière assez floue pour que le suspens reste intact… jusqu’à la fin du tome.
Une fois Memento terminé, la quasi-totalité des questions restent en suspend. Qui est-elle ? Comment s’est-elle retrouvée dans cette cave ? D’où lui viennent ces pouvoirs ? Qui est ce Nita ? Il faudra lire les prochains opus pour le savoir, ce premier tome ne servant finalement que d’introduction à la série. Le plaisir de lecture est pourtant là et, bien que les débuts soient assez lents, le récit joue avec les ambiances et les tonalités pour un résultat très immersif. Prenant, ce premier tome peut également se révéler frustrant tant il est rapide à lire et avare en révélation… mais avec son univers attrayant et ses éléments intrigant, Harmony a de quoi devenir une très bonne saga fantastique.
Le dessin de Mathieu Reynès colle parfaitement au ton grand public de la série : si le trait est accessible, les planches sont assez travaillées pour séduire les lecteur les plus exigeants. On retrouve la pâte du dessinateur dans les différents personnages expressifs et dynamiques (qui rappellent le travail de Reynès dans Alter Ego) dans des cases aux allures cinématographiques. L’aspect propre et informatique pourra refroidir les puristes mais les planches paraissent vivantes grâce au dynamisme du trait et à la modernité du découpage.

Mathieu Reynès joue la carte du suspens et du mystère à fond… au point qu’il est difficile de se prononcer sur Harmony avec ce seul premier tome. Memento est toutefois un album plaisant qui présente un univers intriguant avec une narration moderne et maîtrisée. Les bases désormais plantées, espérons que  les prochains opus de Harmony sauront exploiter toutes les bonnes idées esquissées jusqu’ici !

YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

yin-et-le-dragon-couv…YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

Alors que le troisième tome du Monde de Milo vient de paraître, Richard Marazano publie le premier tome de sa série tout public à l’univers asiatique : Yin et le Dragon. On y suit la route de Yin, une petite fille chinoise élevée par son grand-père qui va faire une rencontre inattendue… Un conte fantastique dans un contexte historique bien retranscrit, une oeuvre jeunesse mais pas simpliste.

Shanghai, 1937, alors que la côte chinoise est sous le joug de l’armée impériale japonaise. La petite Yin essaye tant bien que mal d’aider son grand-père, la seule famille qui lui reste. Ce pêcheur, qui a vu disparaître ses proches les uns après les autres, ne vit que pour nourrir et élever sa petite-fille qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Malgré les déboires qu’elle connaît avec les bandes de jeunes voleurs du coin la jeune fille va toujours de l’avant avec la même intrépidité.
Un soir, malgré les interdictions de son grand-père, Yin décide de se faufiler sur son bateau de pêcheur. Lorsque le grand-père s’aperçoit que sa petite-fille est sur son embarcation, il n’a pas vraiment le temps de la sermonner : un dragon d’or s’est pris dans son filet. Alors que l’animal légendaire est blessé par un malheureux concours de circonstances, Yin, se sentant coupable, supplie son grand-père de le ramener sur terre et le soigner. Mais cacher et nourrir une pareille créature n’est pas une mince affaire, surtout qu’il faut éviter d’attirer l’attention des soldats japonais…

Marazano n’en est pas à son coup d’essai en termes de série jeunesse aux accents asiatiques et après le très réussi Monde de Milo, c’est avec Yin et le Dragon qu’il récidive. On retrouve l’ambiance chinoise mais dans un contexte historique particulier : le début de la seconde guerre sino japonaise. On parcourt alors les rues pittoresques d’un Shanghai occupé aux côtés de la jeune Yin, une jeune fille qui a l’aventure dans le sang. On part de ce portrait familial empathique pour peu à peu entrer dans le cœur de l’aventure lors de la rencontre avec le dragon d’or.
Le point fort de Yin et le dragon réside bien sûr dans son univers légendaire asiatique accessible. L’oeuvre nous plonge dans un contexte historique pour livrer un récit humain teinté de légendes chinoises, le résultat est dépaysant. Malgré son ton jeunesse et sa structure simple, le récit est toutefois assez rythmé et prenant pour que chacun y prenne du plaisir, bien que les adultes pourront ressentir un certain manque de contenu. Ce premier tome prend son temps pour poser les bases de l’histoire mais propose une révélation finale qui augure d’inquiétants événements à venir et donne envie de connaître la suite.
Le travail réalisé par Xu Yao confère un surplus d’authenticité à Yin et le dragon. Son trait au style asiatique est fin, subtil et accessible tandis que ses couleurs très réussies installent à merveille les différentes ambiances traversées. Le découpage reste sage mais l’aspect onirique des planches devrait ravir les lecteurs de tout âge.

C’est avec plaisir qu’on repart dans les légendes asiatiques aux côtés de Marazano. Aventure, univers enchanteur et fond historique sont au rendez-vous de ce  premier tome qui reste moins élaboré que Le Monde de Milo. Le récit onirique et prenant et les jolies illustrations de Créatures célestes donnent envie de lire la suite de l’aventure (prévue en 3 tomes) qu’on espère plus épique.

LE CAS ALAN TURING, de Delalande et Liberge, aux éditions Les arènes BD, 18 € : Bulle de Bronze

cas-alan-turing-couv…LE CAS ALAN TURING, de Delalande et Liberge, aux éditions Les arènes BD, 18 € : Bulle de Bronze

Arnaud Delalande et Eric Liberge retracent dans les grandes lignes la vie d’Alan Turing, le mathématicien qui a permis de « casser » le code Enigma, pendant la Seconde Guerre mondiale. Véritable génie scientifique, son travail est à l’origine de l’apparition des ordinateurs… Mais ses penchants sexuels lui ont valu les foudres de la justice de son pays…

Bègue, rêveur, prétentieux, hors norme, Alan Turing n’a pas toujours fait la fierté de son entourage. D’ailleurs, quand le MI6 fait appel à ses services pour décrypter les messages allemands, ce n’est pas au goût de tout le monde. Pourtant, Alan Turing est un mathématicien et un logicien à nul autre pareil, un véritable génie qui va permettre à la cryptologie de faire des avancées considérables. A la tête d’une équipe de logiciens et autres cruciverbistes, il va élaborer une bombe cryptologique qui, au fil des améliorations, parvient à casser le fameux code Enigma. Grâce à cela, les Alliés vont déchiffrer les messages des forces de l’Axe et ainsi écourter la guerre.
Malgré cette réussite indubitable, l’homme n’est pourtant jamais parvenu à mener une vie épanouie. La société rigide de l’époque ne lui permettait pas de vivre son homosexualité en toute quiétude… c’est ainsi qu’en 1952, Alan Turing est condamné à la castration chimique pour ses penchants sexuels. Assommé par le sort qui lui est réservé, Alan Turing met un terme à ses jours deux années plus tard…

Ayant participé à des actions classées confidentielles, le dossier d’Alan Turing n’a été accessible qu’à partir des années 2000. Ainsi, on a découvert le rôle héroïque de ce mathématicien, dont les travaux sont à l’origine de l’informatique, mais aussi le destin tragique que lui a réservé son pays. Le cas Alan Turing revient donc sur ce génie incompris aux multiples facettes. L’homme passe en revue les moments fort de sa vie alors qu’il est prêt à se suicider, miné par sa condamnation à la castration chimique. La narration multiplie donc les flashbacks qui montrent les nombreux essais du mathématicien pour mettre à mal le code Enigma. Parfois, les retours en arrières mettent en évidence la souffrance du jeune homme qui a dû refouler son homosexualité et subir les quolibets de ceux qui ne toléraient pas sa différence. Des passages émouvants qui éclairent l’ultime acte d’Alan Turing auxquels s’ajoutent des symboles puissants et évocateurs.
Un travail de vulgarisation a été mené par les auteurs pour faire comprendre aux lecteurs les différentes expériences du mathématicien… mais il faut tout de même s’accrocher pour espérer comprendre ces explications logiques. Pas facile pour le commun des mortels de tout intégrer du premier coup, d’autant que la narration morcelée ne facilite pas la tâche. Mais ces informations digérées, on accède à un récit à la fois instructif, édifiant et émouvant. Le personnage d’Alan Turing est toujours traité avec justesse et l’album montre son travail acharné avec une grande efficacité.
De son côté, le dessin d’Eric Liberge nous plonge avec brio dans une ambiance mathématique. Les personnages sont bien croqués et le dessinateur donne une cohérence à son Alan Turing qui est toujours reconnaissable, quelle que soit la période de sa vie où il est mis en scène. Les planches jouent la carte de l’accumulation en associant de nombreux détails et autres éléments mathématiques exprimant les pensées du personnage. Ce traitement efficace entame toutefois la lisibilité de l’ouvrage qui donne une impression de surcharge graphique. La mise en couleur automnale de l’album colle au ton du récit bien que cela puisse ne pas plaire à tout le monde.

Le Cas Alan Turing est une lecture historique, scientifique mais aussi humaniste qui retrace efficacement la vie d’un des plus grands logiciens du siècle passé. On découvre un génie mathématique que la vie n’a pas épargné, un homme que la chape de plomb de la société a écrasé et qui a pourtant surpassé ses souffrances pour accomplir un travail impressionnant. On est touché par le sort réservé à ce héros de l’ombre et on essaye de comprendre ses travaux au fil de planches très denses et pas toujours accessibles.

 

STEAM NOIR, T1 : Le Coeur de cuivre, de Schreuder et Mertikat, aux éditions EP, 14 € : Bulle de Bronze

steam-noir-t1-couv…STEAM NOIR, T1 : Le Cœur de cuivre, de Schreuder et Mertikat, aux éditions EP, 14 € : Bulle de Bronze

Avec Steam Noir, Les éditions EP nous font découvrir une bd qui a fait forte impression dans son pays d’origine : l’Allemagne. Ses deux jeunes auteurs, Benjamin Schreuder et Felix Mertikat, nous plongent dans un univers steampunk original et enthousiasmant sur fond d’enquête ésotérique.

Landsberg, domaine Reidlich, 5 après les jours aveugles, au matin. Des agents de l’Alliance Leonard enquêtent sur un étrange cambriolage. Les voleurs ont utilisé du gaz anesthésiant pour endormir les occupants de l’habitation et ainsi, ils ont pu opérer en toute tranquillité. Hirschmann, un homme machine, Madame D., profileuse de son état, et le Bizarromant Heinrich sont dépêchés sur les lieux pour résoudre cette affaire.
Grâce au globomètre, une machine capable de mettre en évidence les traces des âmes, Heinrich comprend que ce cambriolage n’a rien de naturel. Rapidement, l’enquêteur et la profileuse découvrent des indices qui indiquent qu’une jeune fille avait été emmurée vivante dans la cheminée de la maison. Seulement, le cadavre a étrangement disparu… Au fil de leurs découvertes, le trio va se lancer sur les traces d’un mystérieux guérisseur aux pratiques douteuses.

Si Steam Noir a connu un certain succès en Allemagne en gagnant le Prix de la meilleure bande dessinée à la foire du livre de Francfort, cette série nous était jusqu’à présent inconnue. Les éditions EP rectifient le tir en publiant le premier tome en France. Sage décision, car cet album a de nombreux arguments à faire valoir, à commencer par son univers steampunk riche et original. Ce premier tome nous plonge sans plus d’explication dans ce monde mystérieux fait d’éther, de continents volants, d’hommes machines au look singulier et d’âmes aux étranges capacités. On suit un peu hébété les prémices de l’enquête et l’on découvre les différents aspects de l’univers avec plaisir.
L’enquête prend rapidement un tournant surprenant et amène le trio d’enquêteurs sur la piste d’hommes à la recherche d’un mystérieux cœur mécanique. Les auteurs n’hésitent donc pas à brouiller les pistes et à jouer avec les attentes du lecteur pour faire monter le suspens. Le récit est assez bien construit mais, malgré ses rebondissements, on peut constater une certaine langueur dans le rythme. Une fois arrivé à la fin, on se dit qu’on aurait aimé avancer un peu plus loin dans l’histoire et en apprendre plus sur cet univers captivant. Du coup, on attend la suite pour se faire une véritable idée de la série même si un dossier en fin d’album vient nous donner des informations sur le monde steampunk de l’oeuvre.
Graphiquement, Steam Noir est tout aussi original, et il suffit de regarder le design des personnages et autres machines pour s’en convaincre. Forcément, ce parti pris ne devrait pas faire l’unanimité mais les adeptes de steampunk devraient être séduits. Le trait de Felix Mertikat est agréable et donne corps à l’univers de l’oeuvre même si les arrière-plans et les couleurs informatiques donnent une impression de flou généralisé aux planches. Heureusement, le découpage très stylisé apporte du dynamisme aux cases parfois un peu figées et confèrent une véritable identité à l’album.

Navigant entre ésotérisme et steampunk, Steam Noir propose un univers riche et très original. Dommage que les informations soient distillées au compte-goutte : on aurait aimé en apprendre un peu plus sur l’intrigue et l’univers. Les planches dégagent un « quelque chose »plaisant, mais l’impression de flou, les couleurs informatiques et les dessins parfois un peu statiques ne plairont pas à tous. Ce premier tome de Steam Noir augure du meilleur pour la série… et on espère que le prochain opus saura répondre à nos attentes et à notre curiosité !

Guillaume Wychowanok

L’INDIVISION, de Springer et Zidrou, aux éditions Futuropolis, 15 € : Bronze

.lindivision-couv..L’INDIVISION, de Springer et Zidrou, aux éditions Futuropolis, 15 € : Bronze

Après avoir collaboré sur Le Beau Voyage, Benoît Springer et Zidrou s’attaquent au sujet ô combien tabou de l’inceste Dans L’Indivision, on assiste à l’amour passionné et destructeur d’un frère et d’une sœur qui ne parviennent pas à se passer de leur troublante relation.

Depuis leur adolescence, Martin et Virginie s’aiment éperdument… mais sont frère et sœur. Ils ont pourtant bien tenté de faire taire leurs penchants incestueux. Martin a accepté de vivre à l’étranger en travaillant à Abu Dhabi et Virginie s’est même mariée et a fondé une famille… Mais rien n’y fait.
Le frère et la sœur doivent se retrouver au bord de « la falaise aux baisers volés » habités par de nombreux souvenirs. Mais lorsqu’elle arrive c’est pour annoncer à Martin que leur relation est terminée qu’ils doivent redevenir de simples frère et sœur.
Parrain de Sébastien, le fils de Virginie, Martin participe aux préparatifs de la fête avec le reste de la famille. Une dispute concernant l’héritage laissé par leur père éclate entre le frère et la sœur. Virginie veut vendre la maison tandis que Martin ne veut pas se résoudre à abandonner la maison familiale. C’est qu’il ne voudrait pas perdre une des dernières choses qui le lient encore à sa sœur…

Zidrou montre qu’il n’a pas froid aux yeux en scénarisant un album sur l’inceste. Si le sujet a une certaine histoire littéraire (Ovide en parlait déjà avec Myrrha dans ses Métamorphoses), il n’en reste pas moins un tabou parmi les tabous qu’il est toujours délicat de traiter. On peut toutefois compter sur la sensibilité du scénariste pour nous livrer un résultat loin du sordide et de la provocation. Grâce à la justesse du ton de l’album, la lecture est troublante sans être dérangeante. Du coup les lecteurs les plus empathiques seront touchés sans mal par cette histoire d’amour interdit où l’ardeur des sentiments se frotte au poids de la moral et de la raison.
Avec sa fluidité, sa retenue et sa sobriété L’Indivision montre toute la subtilité de l’écriture de Zidrou. L’auteur ne prend jamais de parti, le récit ne parait jamais donneur de leçon et entretient l’art de la nuance. Mais avec ses silences lourds de sens, l’album semble manquer d’un peu de relief et de vie. Mieux vaut donc être réceptif à cette mise en scène intimiste pour apprécier cet ouvrage qui ne laisse de place à aucune fioriture ou extravagance.
Les dessins « naturels » de Benoît Springer s’accordent parfaitement au ton de l’album. Les personnages ont des traits simples et pas vraiment fidèles aux canons de beauté habituels, ce qui leur confère une certaine authenticité. Le dessinateur reste toujours dans la retenue et évite les habituels clichés grâce à des cadrages judicieux. En résulte des planches tout en finesse et en simplicité, plus justes que grandioses. Les couleurs de Séverine Lambour sont d’ailleurs en parfaite adéquation avec les choix du dessinateur.

Zidrou et Springer parviennent à livrer un album subtil, et tout en retenue sur le thème pourtant difficile de l’inceste. L’aspect très empathique de l’œuvre et son refus de prendre parti en font un album touchant et nuancé.
Attention toutefois : le rythme assez plat de l’œuvre et sa neutralité pourront cependant lasser certains lecteurs qui aiment être bousculés. Pas assez percutant, le récit peut donner l’impression d’assister à une  histoire d’amour quasi-banale, ou du moins beaucoup moins bouleversante que ce que le sujet de l’inceste laisse suggérer.

AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Aunomdupere-couv…AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Avec au nom du père, les deux italiens Luca Enoch et Andrea Accardi nous ont composé un thriller au rythme plus qu’enlevé. Eva va devoir remplacer son père qui ne peut plus assurer son rôle de tueur à gage. Bien que très entraînée et préparée, la jeune fille va devoir faire face à des dangers inattendus.

Eva s’occupe de son père, un ex tueur à gage qu’un AVC a amoindri, seul parent qui lui reste. Elle doit tout faire pour laisser croire que son père peut encore faire son travail sans quoi la mafia ne tardera pas à prendre les mesures nécessaires. Grâce aux conseils paternels elle est devenue, à son tour, une tueuse à gage hors pair avec un atout de taille : un physique de rêve. Elle se charge donc de tous les contrats qu’il ne peut honorer.
La fille et son père doivent faire vite et récolter assez d’argent pour s’envoler vers la destination de leur rêve : les îles Fidji. Mais avant de couler des jours heureux au soleil, loin des dangers et tracas du milieu, Eva va devoir remplir un contrat juteux : quatre cibles et une grosse somme à la clef. La mission est largement à la portée de la tueuse professionnelle… mais plusieurs obstacles vont se mettre en travers de sa route.

Au nom du père  a tout du thriller classique… A priori cette histoire musclée et tendue sur fond de milieu mafieux, de drogue et de prostitution n’est pas des plus originales. Ainsi, on voit les habituels flics corrompus, les mafieux sans foi ni loi, les luttes intestines… Bref, si ces éléments peuvent relever de la référence, cela donne tout de même une impression de déjà-vu. Pourtant, l’album parvient à se départir de cet apparent classicisme grâce à son récit nerveux et habilement construit. On assiste sans s’ennuyer une seconde aux péripéties de la jeune Eva qui doit, malgré elle, mettre sa vie de côté pour endosser le rôle d’une tueuse à gage et sauver ce qu’il reste de sa famille. On s’attache à cette « héroïne » au destin brisée grâce à des flashbacks qui reviennent sur ses souvenirs d’enfance. Loin d’être linéaire, Au nom du père voit se succéder les rebondissements et ne souffre d’aucun temps mort.
La teneur de l’intrigue ne laisse évidemment pas beaucoup de place à la réflexion. On est en présence d’un thriller au ton « américanisé » qui laisse les considérations psychologiques au second plan. Mais force est de constater qu’on s’immerge sans aucun problème dans l’album grâce à son atmosphère savamment installée. De plus quelques trouvailles scénaristiques entretiennent l’intérêt du lecteur qui trouvera dans ce one shot un divertissement prenant et sans prise de tête.
Au dessin, Accardi livre une copie à la croisée des genres. On peut voir dans son trait des influences venues du manga, du comics mais aussi plus classique. Dans le récit principal, le dessinateur use de contrastes francs, tout en noir et blanc, tandis qu’il joue une carte plus douce et nuancée lors des flashbacks grâce à de jolis lavis. Si l’identité visuelle de l’album est forte, le trait d’Accardi parait pourtant approximatif et donne une impression de rigidité… Un problème de taille pour un récit tourné vers l’action…

Sans réinventer le thriller, Au nom du père se pose comme une lecture prenante et efficace. Derrière son apparent classicisme se cache un album nerveux qui parvient sans cesse à renouveler l’intérêt du lecteur. On aurait toutefois aimé un dessin plus précis et surtout plus dynamique pour servir cet intense récit qui ne manque pas de piment. Cela mis à part, Au nom du père est un divertissement prenant, sexy, violent, et sans prise de tête.

Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

alvin-t1…Alvin, T1 : L’héritage d’Abélard, de Hautière et Dillies, aux éditions Dargaud, 13,99 € : Bulle d’Ar’, de Bron’, de Brongent !

Après Abélard, Régis Hautière et Renaud Dillies nous offrent un nouveau diptyque empreint de poésie intitulé Alvin. On y retrouve Gaston miné par la mort de son ami et les conditions de vies éreintantes d’un New York gangrené par la misère. Mais l’ours mal léché ne va pas tarder à faire une rencontre inattendue… 

Gaston n’a pas oublié Abélard, l’ami avec qui il avait voyagé pendant si longtemps. L’ours est désormais ouvrier du bâtiment au sein de la Grosse Pomme. Après avoir passé la journée à travailler sur un gratte-ciel disproportionné, il se rend au café du coin, seul. Son collègue Pavlo ne voudrait pas tomber dans le piège habituel du poker. Sur place Gaston va passer un moment dans les bras de Purity, jeune, belle et bienveillante prostituée. Avec elle, il aime à parler, à s’échapper de la triste réalité de son existence pour un moment…
Le lendemain, de retour au café, Gaston apprend que Purity a été passée à tabac par un client. Sentant qu’il ne lui reste que quelques heures à vivre, elle confie ses économies à Gaston pour qu’il cherche une famille à son fils. L’inévitable arrive et l’ours doit annoncer la triste nouvel au désormais orphelin Alvin. Il comprend rapidement que l’enfant est des plus turbulents… mais une promesse est une promesse. Ensemble, ils vont voyager à la recherche d’une nouvelle famille pour ce petit oisillon aux ailes brûlées.

Alvin est en quelques sortes la suite d’Abélard. On y retrouve le même univers tendre, mélancolique et poétique, on suit de nouveau les pas de Gaston, inconsolable depuis la mort de son ami. S’il s’inscrit dans la droite lignée d’Abélard, ce diptyque peut se lire indépendamment sans problème. Sous ses airs naïfs, Alvin est une bd qui traite de sujets profonds et complexes. On y voit deux âmes brisées par la perte d’un être cher, deux amis qui s’ignorent, deux personnages complexes au caractère bien trempé. Si on se laisse charmer par le ton naïf de l’œuvre, on s’attache à ce duo improbable aux côtés desquelles on fait moult rencontres surprenantes, on passe de l’espoir à la déception, du dégout à la tendresse. Au fil des pages, la mélancolie se fond à la joie de vivre, les planches se dévoilent avec fluidité.
Seulement, le ton gentillet et assez enfantin de l’œuvre n’est pas pour plaire à tout le monde et, effectivement, cette bd a divisé les lecteurs de la 9eme bulle. Il faut avouer qu’il s’agit d’une œuvre à laquelle on n’adhère ou pas. Le récit n’hésite pas à jouer de silences lourds de sens et se montre assez contemplatif, mais le manque d’action et de rebondissement rend la lecture assez linéaire et installe une sorte de faux rythme. La débauche de bons sentiments peut aussi  donner l’impression d’un manque de profondeur aux lecteurs les plus avertis.
Le travail de Renaud Dillies revêt une cohérence et une originalité admirable. Simple mais recherché, délicat et évocateur le trait à l’aspect crayonné du dessinateur est réussi. Les personnages sont expressifs à souhait et l’on partage sans peine leurs sentiments. L’aspect assez stylisé et enfantin ne fera pas l’unanimité auprès des plus grands. Le découpage est ingénieux et réserve de jolies surprises aux lecteurs. Bref, derrière ses apparences enfantines, le dessin a de quoi charmer bon nombres de lecteurs.

Que ce soit son univers, son atmosphère, son graphisme, son scénario ou ses dialogues, tout dans ce premier tome d’Alvin rappelle Abélard. Les plus laids sentiments côtoient les plus beaux dans cet album qui privilégie poésie et mélancolie au détriment du rythme et de la profondeur. Samantha et Laurent lui attribueraient une bulle de Bronze à cause de son manque de sel et son ton simplet. Quant à Ingrid et moi, plus charmé par le duo de personnages et l’univers graphique, je lui décernerais une bulle d’Argent… ce sera donc Bulle de Brongent !

Guillaume Wychowanok

EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

emprise-couv…EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

Pour son premier album, Aurélien Rosset n’a pas fait les choses à moitié. Avec Emprise, il livre un thriller horrifique aux accents fantastiques et ésotériques. Un one shot servi par une atmosphère oppressante et un parti pris graphique très original. 

1996, Shelter’s Lot dans le Maine. Le Dr Mark Walewond, est sur le point de passer l’arme à gauche, il fait promettre à son fils de garder un sombre secret. Au même moment, une terrible tempête cause de nombreux dégâts dans ce village d’environ 3000 habitants. Les dommages ne sont pas que matériels et, dès le lendemain, un garde forestier découvre de nombreux cadavres d’animaux avant d’être projeté par une ombre mystérieuse.
La police est en pleine effervescence : les inspecteurs Marcus Obson et Monica Ruiz sont mis sur l’affaire du garde forestier. Les deux enquêteurs restent dubitatifs quand, dans son lit d’hôpital, l’homme indique avoir été agressé par une ombre. Seulement la rationalité de Marcus et Monica va rapidement être mise à mal. Shelter’s Lot, petite bourgade jusqu’alors paisible, devient peu à peu le théâtre de disparitions et d’actes de violence inquiétants.

Avec Emprise, les amateurs des œuvres de Lovecraft et de Stephen King seront aux anges. On retrouve la même atmosphère oppressante où la folie humaine semble cacher des forces plus puissantes et mystérieuses. Seul aux manettes, Aurélien Rosset fait preuve d’une maîtrise impressionnante, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit de son premier album. L’intrigue se dévoile par petites touches et esquisse de nombreuses pistes, amenant inévitablement le lecteur à faire des suppositions. Mais la tâche est ardue car l’auteur sait se jouer de nos attentes. Le récit, dense, est entrecoupé d’articles de journaux pour étoffer notre connaissance des événements qui ont troublé les lieux.
L’horreur est de mise et l’album nous plonge progressivement dans la moiteur la plus totale. La part fantastique de l’histoire apparait petit à petit pour nous laisser dans l’inconnu. L’angoisse et la peur se font toujours plus présentes au fil des 170 pages. Certes, les amateurs de thriller horrifiques et ésotériques seront en terrain connu mais force est de constater qu’Aurélien Rosset a un très bon sens du récit. On ne s’ennuie pas une seule seconde dans ce one shot auquel on peut toutefois reprocher une fin décevante, voire agaçante.
Si, scénaristiquement, Emprise ne se montre pas d’une grande originalité, graphiquement, il en va tout autrement. Le format de l’album et le dynamisme de la mise en scène font penser aux comics, mais le trait stylisé et puissant du dessinateur révèle une véritable singularité. L’auteur joue parfaitement des couleurs et des lumières pour susciter l’horreur et son dessin retranscrit parfaitement les émotions des personnages. D’autre part, l’attention portée aux décors nous immerge dans un Shelter’s Lot lugubre et inquiétant. On peut toutefois regretter que certains plans larges manquent de détails et que l’aspect parfois un peu fouillis de certaines cases puisse gêner la compréhension de l’action. Mais ces défauts ne gâchent nullement le travail accompli (seul) par Aurélien Rosset.

Sans révolutionner le genre du thriller horrifique, Emprise est d’une efficacité scénaristique remarquable. L’ambiance glauque et violente de l’album est habilement installée et le récit très prenant ne souffre finalement que d’une fin très frustrante. L’identité visuelle forte de ce one shot finit de démontrer qu’Aurélien Rosset a du talent à revendre.

Guillaume Wychowanok

AMERE RUSSIE, T2 : Les Colombes de Grozny, de Ducoudray et Anlor, aux éditions Bamboo, 13,90 € : Bulle de Bronze

amere-russie-t2-couv…AMERE RUSSIE, T2 : Les Colombes de Grozny, de Ducoudray et Anlor, aux éditions Bamboo, 13,90 € : Bulle de Bronze

Toujours bredouille, Ekaterina continue désespérément de retrouver la trace de son soldat de fils. Bloquée à Grozny, elle va vivre pendant un petit moment le quotidien des civils en pleine guerre, où la légèreté se dispute à la violence. Un tome de fin surprenant pour un diptyque qui l’est tout autant.

Attention ! Pour ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome, l’article qui suit contient des spoilers.
Pour lire le résumé du tome 1 d’Amère Russie ainsi que notre avis, cela se passe ici.

À la fin du premier tome, Ekaterina Kitaev avait bien trouvé un soldat nommé Volodia auprès du chef tchétchène Bassaiev, mais ce n’était pas son fils. Le leader tchétchène l’avait faite prisonnière en espérant pouvoir faire un échange avec l’armée russe. Mais la Russie ne fait plus d’échanges de prisonniers : Ekaterina et le soldat aveugle Volodia ne sont plus que des boulets à ses yeux.
Bassaiev décide donc d’envoyer ce duo improbable au sein de l’immeuble des aveugles à Grozny. À l’intérieur, Ekaterina découvre des civils tous aussi étonnants les uns que les autres. Entre deux bombardements et déferlements de violence, les survivants se ménagent un semblant de vie quotidienne et font ce qu’ils peuvent pour mettre le grappin sur les ravitaillements confisqués par divers trafiquants… Dans ce contexte, Ekaterina ne perd pas espoir de retrouver son fils et une rencontre ne va pas tarder à la diriger dans la bonne direction.

Après avoir bravé les dangers pour retrouver son fils et vu la réalité des batailles, Ekaterina Kitaev découvre le quotidien des civils en temps de guerre. Toujours accompagnée de sa chienne, la mère russe fait de son mieux pour survivre au milieu des ruines et des bombardements. Dans l’immeuble des aveugles, elles croisent nombres de personnages émoussés par la guerre. Pourtant, au milieu de cette violence, une part de légèreté persiste : les habitants se ménagent des moments de loisirs avec les quelques heures d’électricité quotidiennes, les enfants se chamaillent pour jouer aux jeux vidéos… Un contraste qui montre toute l’absurdité de la guerre sans l’expliquer ou prendre parti.
Après le relatif calme de l’immeuble, le récit fait de nombreuses révélations jusqu’à un final inattendu. Toutefois, certaines de ces surprises paraissent un peu artificielles et l’auteur ne lésine pas sur les événements tragiques. En passant de l’humour et la légèreté à l’âpreté des événements, l’auteur estompe un peu le surplus de pathos.
Le dessin d’Anlor n’évolue pas vraiment par rapport au premier tome et on retrouve son trait semi-réaliste si particulier. S’ils ne plairont pas à tout le monde, les dessins ont le mérite de mélanger habilement la cruauté et la légèreté, la fragilité et la force. Dommage que le découpage des planches soit si dense et ne permette pas de profiter pleinement du travail de la dessinatrice.

Ce deuxième tome d’Amère Russie, achève joliment la quête de cette mère partie à la recherche de son fils. Bien que certaines ficelles paraissent artificielles et que le pathos soit de mise, le récit est des plus agréables et bénéficie d’une atmosphère unique. Amère Russie montre la guerre d’un point de vue humain, la bataille de mères pour retrouver leur fils avec ce que cela comporte de courage et de force mais aussi de tendresse et de fragilité.
À noter qu’une intégrale version luxe en noir et blanc augmentée d’un cahier graphique de 8 pages est disponible au prix de 39,90 €.

Guillaume Wychowanok