KERSTEN, T2 : Au nom de l’humanité, de Perna et Bedouel, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Diamant

kersten-t2-couv…KERSTEN, T2 : Au nom de l’humanité, de Perna et Bedouel, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Diamant

Patrice Perna et Fabien Bedouel livrent le dernier tome de leur diptyque qui revient sur l’histoire de Felix Kersten. On retrouve donc le médecin d’Himmler un peu après là où on l’avait laissé à la fin du tome 1. Toujours décidé à profiter de sa position pour faire libérer des prisonniers des camps, l’homme sent que l’étau se resserre autour de lui.

Pour lire notre avis sur le premier tome de Kersten, ça se passe ici.

1948, Stockholm. Nicolaas Posthumus n’a pas perdu espoir et tente de rassembler assez de documents pour que la demande de naturalisation de Felix Kersten soit examinée dans les meilleures conditions. Ayant été le médecin attitré d’Himmler en personne, les apparences ne jouent pas en sa faveur. Pourtant c’est justement cette position qui a permis à Félix Kersten de faire libérer des prisonniers juifs tout en étant en contact avec les services secrets Alliés. En convoquant un ancien de l’OSS, Peter Sichel, Posthumus pense pouvoir recueillir de nouvelles preuves concernant Kersten.
Peter Sichel a participé à l’assassinat de Reinhard Heydrich à Prague, le 4 juin 1942. Ainsi, Félix Kersten était débarrassé d’une grosse épine dans le pied, car le bras droit d’Himmler le surveillait de près. Pourtant, les ennuis ne font que commencer pour le docteur puisque le remplaçant de Heydrich est tout aussi méfiant que son prédécesseur. Pendant que les Alliés lui demandent de faire libérer toujours plus de prisonniers, la surveillance autour de Kersten est de plus en plus resserrée… Sous tension, le médecin va faire tout ce qui est en son pouvoir pour sauver des milliers de vies tout en protégeant sa famille.

Félix Kersten fait partie de ces héros de la Seconde Guerre mondiale que l’Histoire n’a pas vraiment retenus. Certes, l’ostéopathe a bien été le médecin personnel d’Himmler, mais en se rendant indispensable aux yeux de son patient, il a sauvé des milliers de vie. Certes, les auteurs ajoutent des éléments de fiction pour dramatiser le récit de Kersten et lui insuffler une certaine tension, mais pourtant l’histoire de base est véritable. D’ailleurs, Pat Perna s’est bien documenté et il intègre habilement son intrigue dans le contexte d’alors en distillant de nombreuses informations historiques. C’est ainsi qu’on apprend que Kersten aurait été un des personnages qui a rendu possible le contrat au nom de l’humanité, contrat signé par Himmler, qui a épargné la vie de milliers de juifs.
Mais outre sa valeur historique, cet album est aussi une véritable réussite narrative. Tout en tension, ce deuxième tome nous montre le médecin coincé dans une situation inextricable et des confrontations verbales sous pression. Bien que l’ambiguïté du cas de Kersten soit soulignée en début d’album, on se rend rapidement compte que les auteurs voient en lui un héros plus qu’un complice du régime nazi. Mais ce n’est pas pour autant que cet opus perd de son intérêt : on jongle entre action, dialogue et intrigue à un rythme soutenu sans aucune lassitude ou longueur. Le récit ne tombe pourtant jamais dans l’excès, tout reste plausible, jusqu’à la fin qui s’arrête là où elle voulait arriver…
Ce deuxième tome de Kersten brille non seulement par son récit mais aussi par sa composition graphique. On retrouve le trait particulier de Fabien Bedouel qui est toujours aussi efficace et semble gagner en finesse et en dynamisme. Les couleurs ne semblent pas étrangères à ce phénomène, puisqu’elles ont évolué et paraissent moins brutes. Le découpage et les cadrages cinématographiques accentuent l’immersion dans ce récit qui joue avec nos nerfs. Certains pourront trouver le tout un peu froid, mais les planches restituent parfaitement l’atmosphère qui règne dans ce thriller historique avec une régularité exemplaire !

Le deuxième tome de Kersten termine ce diptyque historique teinté de fiction en beauté. Toujours aussi prenant et édifiant, le récit semble même gagner en dynamisme, en tension et en historicité. Les auteurs semblent également avoir retravaillé la partie graphique qui offre des planches sublimes. Ce dernier tome est donc une totale réussite, un récit historique prenant et édifiant qui ne sombre jamais dans l’excès ou le discours universitaire. Un diptyque que nous conseillons à tous, pour peu qu’ils ne soient pas réfractaire à l’Histoire. L’équipe de La 9ème Bulle est unanime… Kersten est le premier représentant de la Bulle de Diamant !