DESSEINS, d’Olivier Pont, aux éditions Dargaud, 17,95 €

desseins-couv…DESSEINS, d’Olivier Pont, aux éditions Dargaud, 17,95 €

Olivier Pont, auteur du très bon diptyque Où le regard ne porte pas, revient avec DesSeins, un recueil de 7 portraits de femmes. Des histoires courtes aux thématiques diverses qui mettent toutes en lumière une femme forte, alors qu’elle vit un moment important de sa vie. Un album féministe, doux et bienveillant qui manque tout de même un peu de puissance.

Chloé est une jeune fille androgyne qui peine à trouver sa place au sein du Lycée où les filles populaires prennent toute la place. Complexée par sa petite poitrine, les séances de sport à la piscine sont un véritable calvaire pour elle.
Mathilde, mère de deux enfants, ne vit pas vraiment un mariage heureux. En ce jour de mai 68 elle décide de se libérer de son carcan familial pour affirmer sa liberté au sein des manifestations.
Alison est une ancienne actrice de films érotiques qui voudrait se reconvertir dans le cinéma classique. Elle veut à tout prix éviter de tourner des scènes de nu mais les réalisateurs espèrent bien exploiter la plastique de la jeune femme.
Sylvia est une femme tout en rondeur qui a vécu de beaux moments avec son mari… qui ne la désire plus comme avant. L’homme a préféré se trouver une maîtresse plus jeune et moins en chair et sa femme compte bien lui faire payer cet affront.
Lorsqu’elle voit qu’une école d’art plastique cherche des modèles pour faire des nus, Fanny se dit qu’elle a l’opportunité de garder une image de son corps pour l’instant épargné par les ravages du temps.
Au cœur d’un petit village africain, Elikya va être mariée de force à un homme qu’elle ne désire aucunement. Elle va fuir pour échapper à ce triste destin et faire ainsi une rencontre salutaire …
Fleur conseille au mieux les clients et clientes qui passent la porte de sa petite boutique de lingerie. Sa capacité à écouter et à répondre au mieux aux demandes de ses clientes en fait à leurs yeux une véritable confidente.

Dans DesSeins, Olivier Pont livre 7 histoires courtes, 7 portraits de femme avec comme fil rouge leur poitrine, source d’émerveillement et de doute. Mais ne vous y trompez pas, si les poitrines sont bien de la partie, l’érotisme est ténu et ce sont les émotions qui sont au centre de l’album. Chaque nouvelle nous présente une femme forte, certaines au destin attendrissant, d’autres au parcours tragique. Jouant sur une ambiance douce et subtile, Olivier Pont joue des silences et des sous-entendus… Une approche subtile qui donne parfois une impression de vide aux histoires.
Difficile pour un recueil de nouvelles d’être constant dans la qualité des récits. C’est bien le cas ici, puisque si certaines histoires se révèlent touchantes, d’autres paraissent plus faciles et usent quelquefois de clichés gênants. On perçoit bien tout l’amour que porte Olivier Pont au beau sexe mais on n’est pas toujours touché par les portraits, malgré l’effort fait pour toujours finir sur une image forte… on reste parfois de marbre. Toutefois, l’auteur parvient à nous plonger dans le quotidien de chacune de ces femmes en quelques cases à peine, ce qui montre une grande maîtrise narrative de sa part.
Au dessin, Olivier Pont propose des planches au style semi-réaliste avec un petit effet crayonné très plaisant. Un rendu moderne qui dégage une réelle personnalité et qui met en lumière les différentes femmes croisées au fil des pages, qu’elles soient des personnages principaux ou non. Des portraits diversifiés qui montrent que l’auteur/dessinateur s’intéresse à toutes les femmes. On peut également saluer les couleurs lumineuses de Laurence Croix qui complètent bien les encrages de l’auteur et offrent un aspect épuré et doux qui colle au ton de l’album.

Sympathique mais inégal, DesSeins est un recueil de nouvelles parfois touchant qui tente de rendre hommage aux femmes en passant parfois un peu à côté de son sujet. On a droit à de beaux portraits qui sont parfois entachés par des clichés ou un ton trop doucereux. Reste une oeuvre sensible et subtile entièrement vouée aux femmes qu’Olivier Pont croque très joliement !

MORT AU TSAR, T2 : Le Terroriste, de Nury et Robin, aux éditions Dargaud, 13,99 €

.mort-au-tsar-t2-couv..MORT AU TSAR, T2 : Le Terroriste, de Nury et Robin, aux éditions Dargaud, 13,99 €

Après un premier tome qui nous plaçait aux côtés du gouverneur qui savait sa fin proche, le deuxième et dernier opus de Mort au Tsar nous emmène dans le sillon du terroriste qui tente de l’assassiner. Le Terroriste reprend le thème de l’absurde et de la fatalité de son prédecesseur en brossant le portrait d’un personnage complexe.

Pour lire notre critique du premier tome de Mort au Tsar, cela se passe ici.

Le 5 décembre 1904, le gouverneur Sergueï Alexandrovitch échappe de peu à un attentat à la bombe. Fiodor, le terroriste parvient à prendre la fuite en abattant les forces de l’ordre qui sont à ses trousses. Finalement acculé dans une cour d’immeuble, Fiodor est abattu en emportant avec lui les secrets de son geste. Une aubaine pour Georgi, l’homme qui a préparé cet attentat dans l’ombre et qui aura donc droit à une seconde chance.
Quelques jours après une rapide enquête sur les circonstances de la mort de Fiodor, Georgi retrouve Andreï, du Parti Socialiste Révolutionnaire, qui finance ses agissements. Ce dernier fait comprendre à Georgi que l’attentat raté a quelque peu échaudé ses contacts, qui voudraient que leur financement amène à des résultats probants.
Pour sa seconde tentative Georgi fait appelle à deux autres recrues : Erna, une chimiste aguerrie qui joue les comédiennes dans un grand théâtre de Moscou et Vania un pieux cocher aux valeurs incorruptibles qui refuse de blesser des innocents au cours de l’attentat… Georgi a plus d’un tour dans son sac et son esprit machiavélique va l’aider à mener à bien sa mission.

A La 9ème Bulle, le premier tome de Mort au Tsar n’était pas passé inaperçu. Avec son récit puissant et fataliste il dressait le portrait d’un gouverneur à la psychologie complexe, loin de l’idée habituelle qu’on s’en fait. Avec Le Terroriste, Fabien Nury et Thierry Robin tentent de renouveler ce tour de force. Cette fois-ci, c’est le terroriste Georgi qui est sous les feux des projecteurs. Toutefois, on ne peut parler de construction en miroir. Loin d’être un fervent défenseur de la cause communiste, Georgi est un être machiavélique, cynique, froid et séducteur qui va vers son destin sans se poser de grandes questions. Du coup, le portrait paraît moins complexe et bien qu’on puisse être fasciné par le personnage, nous ne sommes jamais pris d’empathie pour lui. Une différence de traitement surprenante.
Ainsi, ce tome 2 nous plonge face à un récit stratégique plus qu’un portrait nuancé. On voit bien le talent de Nury qui livre une narration chronologique très maîtrisée, assistée d’une mise en scène très efficace, mais le ton paraît plus manichéen. L’album est parcouru par la voix off du terroriste qui ne lésine pas sur les formules coup de poing mais paraît, encore une fois, trop caricaturale. On se retrouve donc face à un opus beaucoup plus classique, qui ne parvient pas à renouveler l’expérience de l’absurde du premier tome qu’il n’éclaire d’ailleurs pas vraiment. Reste un récit bien construit et ryhtmé où la tension est palpable à chaque instant.
Thierry Robin effectue un travail dans la droite lignée du premier tome. Son trait vif et ciselé donne des planches emplies d’une atmosphère dure et pesante. Ses personnages assez simples parcourent de jolis décors détaillés sans que la lisibilité n’en patisse. Ses cadrages insufflent une grande dramaturgie aux différentes scènes et son découpage très exubérant apporte un effet cinématographique réussi. Ce parti pris graphique « grand spectacle » donne toutefois également l’impression d’un album moins subtil et profond.

Après l’excellent premier tome de Mort au Tsar, nous en attendions beaucoup de la fin du diptyque, peut-être un peu trop. Finalement plus classique que son prédecesseur, Le Terroriste dresse certes le portrait d’un être complexe et habité par l’absurde mais pas aussi subtil que celui du gouverneur. Plus partisan, l’album parait aussi moins savoureux et virtuose. Heureusement, grâce à la maîtrise narrative de Fabien Nury et au coup de crayon puissant de Thierry Robin, Ce tome 2 demeure une lecture prenante et dynamique qui joue avec un contexte historique peu connu dans une atmosphère oppressante.

J’AI TUÉ, T1, T2 et T3, aux éditions Vents d’Ouest : Rien

J’AI TUÉ, T1, T2 et T3, aux éditions Vents d’Ouest

En cette rentrée 2015, Vents d’Ouest lance la nouvelle collection J’ai tué, qui se propose de revenir sur les meurtres qui ont marqués l’Histoire, en prenant toujours le point de vue du meurtrier. Les albums s’intéressent à des époques diverses, ont des structures variées et ont un intérêt historique certain, sauf pour J’ai Tué Abel qui transpose le mythe de Caïn et Abel dans un récit fictif… Difficile de dégager une ligne directrice dans tout cela !

jai-tue-t1-couvJ’AI TUÉ ABEL (T1), de Serge Le Tendre et Guillaume Sorel, 15,50 €
Premier tome de la collection, J’ai Tué Abel n’est pas un album programmatique. Au contraire, il propose un récit fictif qui adapte le mythe d’Abel et de Caïn dans un contexte plus récent. Les auteurs ont ainsi imaginé que ce meurtre originel se serait perpétué de génération en génération jusqu’aux temps babyloniens.
Hamor, le chef d’un clan de bergers nomades, est sommé par un officier de venir au palais royal pour se prosterner devant la statue du roi Nebudnezar. Une fois sur place le berger refuse et s’adresse au roi qui, finalement, l’oblige à rester à ses côtés. Entre le pieu berger et le cruel roi, deux visions s’opposent et annoncent un drame certain.
Une entrée en matière originale qui utilise la fiction pour mieux nous faire réfléchir sur la portée et la signification du meurtre. Les somptueux dessins de Sorel qui magnifient les décors babyloniens et la « confrontation » entre les deux personnages principaux rendent cette lecture rythmée. On s’éloigne du cadre de la collection « J’ai Tué », avec un album qui joue des symboles et de la tension mais à l’intérêt historique limité. On comprend certes la volonté d’avoir un meurtre fondateur et symbolique pour introduire la série mais on se demande tout de même pourquoi avoir choisi un récit si éloigné de la ligne éditoriale annoncée.

jai-tue-t2-couvJ’AI TUÉ FRANÇOIS, ARCHIDUC D’AUTRICHE (T2), de Michaêl Le Galli et Héloret, 14,50 €
Début 1914, les tensions européennes sont telles que la guerre pourrait éclater au moindre événement. C’est dans ce contexte qu’un humble lycéen atteint de tuberculose, Gavrilo Princip, aidé de deux compagnons souhaite faire son possible pour libérer les Serbes de Bosnie du joug de l’Autriche. Le trio prévoit alors d’assassiner l’Archiduc d’Autriche pendant qu’il sera à Sarajevo… Un plan mal ficelé où tout va de travers mais qui finit par atteindre sa cible… et plonge malencontreusement, l’Europe dans la Première Guerre mondiale.
On entre dans le vif du sujet, avec ce tome beaucoup plus historique et documenté, sur un événement fondateur de l’Histoire moderne. Le récit minutieux, nous montre ces jeunes naïfs embarqués dans un acte qui les dépasse. Seulement, très bavard l’album n’explicite pas vraiment le contexte historique. De plus la narration très linéaire n’offre que de petits rebondissements qui ne changent pas vraiment le court de l’histoire. Ainsi, malgré un portrait de ces maladroits assassins réjouissants et édifiants, l’intérêt du lecteur s’estompe peu à peu. Heureusement, les couleurs, le découpage et les dessins réussis d’Héloret collent parfaitement au contexte d’époque et ajoutent un peu d’intérêt et de valeur historique à l’album.

jai-tue-t3-couvJ’AI TUÉ PHILIPPE II DE MACÉDOINE (T3), d’Isabelle Dethan, 14,50 €
En 337 avant J.-C., le roi Philippe II de Macédoine a construit un royaume puissant et respecté, il est à l’apogée de son règne. Il a déjà un héritier désigné en la personne d’Alexandre, qu’il a eu avec sa 4eme épouse Olympias. A 45 ans, alors qu’il planifie la conquête de l’Asie, Philippe II s’apprête à se marier une 7eme fois avec la jeune Cléopâtre. Cependant, en juillet 336, le roi est assassiné par Pausanias d’Orestis qui met ainsi un terme à son règne, laissant le champ libre à Alexandre… Un concours de circonstance étrange qui pose la question des commanditaires de cet assassinat.
Isabelle Dethan est renommée pour ses connaissances de l’Antiquité et sa capacité à la transposer en bd. Dans J’ai tué Philippe II de Macédoine, elle s’intéresse à Alexandre le Grand, peu avant qu’il n’accède au pouvoir. Car l’étrange meurtre du roi par Pausanias d’Orestis profite au jeune Alexandre qui n’aurait sans doute pas pu accéder au trône autrement. Isabelle Dethan a donc construit un récit fait de batailles intestines où plusieurs clans s’affrontent, en choisissant la thèse où Olympias et Alexandre auraient été les commanditaires du meurtre. Un choix judicieux qui lui permet de livrer un récit dynamique où les manœuvres pour accéder aux pouvoirs se dessinent dans l’ombre. Pour insuffler un fond historique, l’auteur met en scène la vie d’alors et les mœurs de l’époque. Porté par les couleurs douces et le joli trait (mais parfois un peu plat) d’Isabelle Dethan ainsi que par une mise en scène quasi irréprochable, cet album se révèle prenant et d’un intérêt historique certain (il aurait sans doute obtenu une Bulle de Bronze pris individuellement).

Avec un concept fort, et des auteurs renommés, la collection J’ai Tué augurait du meilleur. Mais avec des albums aux tons et aux genres si différents, difficile de se faire une idée précise de la direction prise par cette collection. On navigue entre fiction et Histoire, dans des albums plus ou moins qualitatifs aux partis pris divergents… Espérons plus de cohérence et de régularité pour les prochains tomes !

Traquemage, T1 : Le serment des Pécadous, de Lupano et Relom, aux éditions Delcourt, 14,95 € : Rien

traquemages_t1-couv…Traquemage, T1 : Le serment des Pécadous, de Lupano et Relom, aux éditions Delcourt, 14,95 € : Rien

Avec Traquemage, Wilfrid Lupano diversifie encore un peu plus sa bibliographie, en lançant la rural fantasy. Ce premier tome reprend l’univers habituel de l’Heroic Fantasy, mais remise la noblesse et les batailles épiques aux oubliettes pour mettre un berger aigri sur le devant de la scène. Une parodie emplie de bonnes idées qui mise sur la gouaille et l’humour potache.

Quand cinq mages se livrent une guerre sans merci à l’aide d’armées démoniaques qui ravagent les terres, il est difficile de produire un fromage convenable. Pistolin, producteur du fromage de chèvre « le Pécadou », ne cesse d’en faire les frais. Mais fier du petit bout de terroir qu’il produit, l’homme n’a jamais baissé les bras, pas même lorsque son troupeau fut décimé par une bande de trolls affamés.
Si le Pécadou est exceptionnel, c’est grâce au calme des pâturages de haute montagne, une rareté en ces temps de guerre. Le berger emmène donc son troupeau en haut d’une falaise, à l’écart de toute confrontation… Mais ce jour-là, une escouade d’aigles montés qui passait par là décide de faire un festin avec les bêtes de Pistolin. Sous une pluie de tripes et de sang, Pistolin voit que seule Myrtille a survécu à cette hécatombe. Excédé, l’homme fait alors le serment d’éliminer ces mages qui pourrissent son existence… Une bien grande tâche pour un berger comme-lui !

Les chevaliers qui pourfendent les dragons et les mages qui se livrent de gigantesques batailles c’est bien beau mais, derrière ces belles images, ce sont les petites gens qui en payent les frais. Sur ce terreau, Wilfrid Lupano a décidé de repenser l’Heroic Fantasy sur un ton rustique où ripaille et parler argotique font bon ménage. De quoi donner un coup de frais à un univers qui s’enferme parfois dans certains schémas. On suit donc le truculent berger dans sa quête au fil d’étapes alcoolisées dans les auberges et autres rencontres improbables. L’homme a d’ailleurs bien besoin d’aide tant ses connaissances en terme de magie sont limitées. Sur ce pitch réjouissant, l’album joue à fond la carte de l’humour avec un ton tout droit sorti du terroir profond. Bref, Traquemage fleure le Pecadou à plein nez… mais tout le monde n’appréciera pas forcément ce parfum si particulier.
Lupano nous a habitué à livrer des ouvrages de qualités aux répliques savoureuses et à l’atmosphère tendre,drôle et subtile. Dans Traquemage, ton rural oblige, la narrations et les répliques paraissent moins fines et plus frontales. Si cela installe bien l’atmosphère bourrue de la série, on perçoit moins la patte du scénariste. D’autre part, ce premier tome laisse un peu le lecteur sur sa faim et l’intrigue n’évolue finalement que très peu quand on aurait aimé en voir un peu plus. Avec ses nombreux clins d’œil et son ton décalé qui se joue de l’Heroic Fantasy, Traquemage demeure une lecture sympathique et assez drôle pour peu que le ton excessif ne dérange pas …
Graphiquement, l’album est en totale adéquation avec le récit. Avec son trait semi-réaliste et caricatural à souhait, Relom croque des personnages aux trognes inimitables. Plus expressifs que fins ses dessins associés à des couleurs douces installent une ambiance medievalo-rurale loin des fastes de la cours. Ce parti pris humoristique et authentique réussit manque du coup un peu de finesse.

A la 9eme bulle, Traquemage est apparu comme un album en demi-teinte, voire décevant. En grands amateurs des ouvrages de Lupano que nous sommes, nous nous attendions à un album moins brut de décoffrage et plus complice. L’ambiance rustique et le ton un peu bourru masque un peu la légèreté et la fraîcheur habituelles de Lupano. Mais avec ses très bonnes idées de départ, son ton caustique et ses dessins expressifs signés Relom Traquemage est tout de même une lecture sympathique et sans prise de tête. En espérant que le prochain tome exploite mieux les formidables idées de Traquemage et nous fasse changer d’avis !

TIN LIZZIE, T2 : Rodeo Junction, de Monfery et Chaffoin, aux éditions Paquet, 13,50 €

tin-lizzie-t2-couv…TIN LIZZIE, T2 : Rodeo Junction, de Monfery et Chaffoin, aux éditions Paquet, 13,50 €

Seulement 6 mois après la sortie du premier tome, on retrouve Rhod, Louis et Jake dans leur périple à Ponchatowla. Rhod s’est lancé dans un pari avec l’amour de sa vie comme enjeu… Toutefois plusieurs personnes vont lui mettre des bâtons dans les roues. Dans la droite lignée du premier tome, Rodeo Junction clôt le diptyque dans une ambiance toujours aussi bienveillante. 

Attention ! Pour ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome, l’article qui suit contient des spoilers.
Pour lire le résumé du tome 1 de Tin Lizzie ainsi que notre avis, cela se passe ici. 

Lorsqu’il avait vu l’éleveur de chevaux local, Lord Knox, tourner autour de Miss Kay, Rhod n’avait pas hésité à relever un pari audacieux. Lui et Lord Knox doivent s’affronter lors d’une course, Lord Knox aux rennes de son Mustang et Rhod au volant de Tin Lizzie. Le gagnant aura la chance d’épouser Miss Kay.
Seulement, une fois l’adrénaline du pari retombée, Rhod comprend que gagner cette course ne sera pas une mince affaire, car le pur sang de son adversaire est des plus rapides. Encore faut-il qu’il puisse participer à la course : le shérif local assisté de sa bigote de femme tentent de mettre un terme à l’événement en saisissant la Ford T et en accusant Rhod de l’avoir volée. Lui, qui a « emprunté » Tin Lizzie sans en avertir le colonel Lebey a bien du mal à expliquer la situation. Heureusement, le petit-fils du colonel, Jake, lui demande de venir en aide à Rhod…

On retrouve avec le sourire les apprentis aventuriers de Tin Lizzie qui bravent les interdits dans une ambiance bon enfant. Rhod tente le tout pour le tout pour reconquérir son amour de jeunesse, Jake n’hésite pas à donner de sa personne et Louis, en bon bookmaker, se frotte les mains en recueillant les mises des parieurs… On découvre également de surprenants personnages comme le shérif et sa femme très pieuse qui forment un couple improbable. Mais contrairement au premier tome, celui-ci met un peu les personnages de côté pour se concentrer sur l’intrigue plus touffue. L’humour est donc un peu moins présent et des personnages tels que le charismatique Louis passent quasiment à la trappe rendant cet opus moins enchanteur.
Le récit use de divers rebondissement pour nous livrer une histoire digne d’un dessin animé et l’on suit les péripéties des protagonistes sans s’ennuyer. On retrouve la naïveté du premier opus mais ici le ton parait un peu plus doucereux et moins pétillant. La lecture reste pourtant très agréable et se parcourt le sourire aux lèvres mais se révèle toujours aussi rapide.
Au dessin, on retrouve tout le talent de Montféry. Son trait dynamique à l’esthétique cartoon donne un surplus d’âme à ce diptyque qui n’en manque pas. On plonge sans peine dans l’ambiance enfantine de l’album qui fait la part belle au mouvement et recèle de jolies surprises. Les couleurs de Julie Weber participent à cette atmosphère joviale bien que leur aspect assez lisse pourra en rebuter certains. Bref, graphiquement, ce deuxième tome est du même acabit que le premier.

Globalement, ce deuxième tome reprend les qualités du premier et en garde les mêmes défauts. L’humour est moins présent et certains personnages passent à la trappe au profit du dynamisme du récit, du coup la lecture est moins jouissive. Rodeo Junction offre donc une fin en demi-teinte pour une série qui a démarré sur les chapeaux de roues.

Guillaume Wychowanok

ETERNUM, T1 : Le Sarcophage, de Bec et Jaouen, aux éditions Casterman, 13,50 € : Rien

eternum-couv…ETERNUM, T1 : Le Sarcophage, de Bec et Jaouen, aux éditions Casterman, 13,50 € : Rien

Christophe Bec revient avec un triptyque de Science-Fiction, cette fois-ci accompagné de Jaouen au dessin. Eternum  est un album sombre qui s’inspire des films SF des années 80 pour en restituer tout le sel. Le Sarcophage nous embarque  donc dans les méandres de notre galaxie à la découverte d’un mystérieux sarcophage aux pouvoirs inconnus.

An 2297. La Terre a été vidée de l’ensemble de ses ressources naturelles, et l’Homme a dû coloniser les planètes voisines pour espérer en trouver d’autres. Depuis le globe terrestre, des scientifiques observe un immense rayon  cosmique aux origines inconnues qui traverse une galaxie voisine. Au même moment, sur une planète aride située aux confins de la voie lactée, une équipe de mineurs fait la découverte d’un étrange sarcophage. Leurs supérieurs demandent aux ouvriers de taire cette découverte et une expédition de scientifiques et militaires est dépêchée depuis la terre.
41 jours après son départ, l’expédition arrive sur la base minière qui n’a donné aucun signe de vie depuis plusieurs semaines. Sur place, l’équipage découvre des locaux qui semblent abandonnés… Rapidement, ils se rendent compte que la base a été le théâtre d’un véritable massacre. Hommes et femmes se sont entretués et le seul survivant que l’équipe retrouve a perdu la raison. L’expédition va devoir ramener le mystérieux sarcophage sur Terre pour l’analyser sous tous les angles.

Isolement anxiogène, force puissante aux mystérieux pouvoirs, carnage inexpliqué… Christophe Bec ne cache pas s’être inspiré des films de Science-Fiction des années 80. Et il faut bien reconnaître que le scénariste maîtrise son sujet. Ce premier tome évite le faux rythme des habituels tomes introductifs et se révèle intense. On se laisse rapidement happer par l’atmosphère pesante et mystérieuse d’Eternum qui ne traîne pas à installer les principaux éléments de son intrigue. Alors qu’on tente de découvrir la nature du sarcophage, on assiste à la folie grandissante des êtres qui peuplent la base minière. Puis on voit les funestes conséquences de cette hystérie dans une ambiance glauque et oppressante.
Bec montre, une fois de plus, sa maitrise de la mise en scène et ses talents pour construire un univers SF cohérent. La lecture est efficace, agréable et rythmée mais aussi sans surprise… En effet, le scénariste ne semble pas prendre de gros risques avec Eternum. Les habitués de SF évolueront en terrain connu et anticiperont la plupart des événements. De plus, ce premier tome se montre plutôt avare en rebondissements. Des mystères esquissés, seul celui des rayons cosmiques reste entier quand celui du sarcophage ne surprend pas vraiment et donne une impression de déjà-vu.
La partie graphique assurée par Jaouen est la véritable surprise d’Eternum. Avec son trait réaliste, le dessinateur donne vraiment vie à l’univers : les planches fourmillent de détails, les personnages très expressifs paraissent parfois plus vrais que nature et le soin apporté aux décors architecturaux est impressionnant. Les couleurs sombres participent à installer l’ambiance étouffante de l’album, parfois au détriment de la lisibilité. Mieux vaut être dans un espace bien éclairé pour lire et bien comprendre tout ce qui se passe.

Christophe Bec et Jaouen signent une œuvre qui réveillera de vieux et bons souvenirs aux amateurs des films SF de la fin du XXème siècle. Ce premier tome d’Eternum est une lecture agréable et efficace porté par le dessin et les couleurs de Jaouen. On reste toutefois sur notre faim face aux peu de surprises réservées par cet album. Espérons que le prochain tome révélera tout le potentiel de ce triptyque qui a de bonnes cartes en mains.

Guillaume Wychowanok

ROUTE 78, de Cartier et Alwett, aux éditions Delcourt, 19,99 €

route_78_couv…ROUTE 78, de Cartier et Alwett, aux éditions Delcourt, 19,99 €

Éric Cartier nous propose un récit autobiographique dans lequel il raconte sa traversée des États-Unis en compagnie de sa femme. Les jeunes amoureux espéraient alors rallier San Francisco, point de chute des hippies, en quelques jours à peine. Malheureusement pour eux, ils arrivent dix ans trop tard et le flower power n’anime plus vraiment les États-Unis…

1978, New York. Les poches vides, Éric et Patricia viennent d’arriver aux U.S.A. Ils espèrent rejoindre le pays des hippies, San Francisco, en quelques jours. Eux qui espèrent devenir instituteur ne se rendent pas encore vraiment compte de l’ampleur de la tâche… Mais leur première nuit va rapidement leur donner quelques indices. Ils devaient dormir chez la connaissance d’un ami qu’ils dérangent en pleine querelle amoureuse… Ils passeront donc leur première nuit aux USA à la belle étoile, cachés dans les buissons d’un parc.
Heureusement, le couple est complémentaire : si Éric ne pense pas vraiment à l’argent et préfère dépenser ses quelques pièces pour acheter des joints, Pat’ a les pieds sur terre et le sens des priorités. Pour traverser le pays, il leur faudra bien quelques dollars. Pour cela, ils vont vendre quelques dessins d’Éric, histoire d’amasser assez pour leur traversée. Une fois sur la route, ils se rendent rapidement compte que leur voyage ne sera ni court ni aisé.

Aidé par Audrey Alwett, Éric Cartier a accepté de mettre en cases le road trip qu’il a effectué en 1978 avec sa femme. A l’époque, les deux amoureux étaient de jeunes idéalistes qui se lançaient dans une aventure  pas vraiment préparée. Forcément romancé, le récit de Route 78 est juste et sincère. Le voyage nous est montré sous tous ses aspects, des plus positifs aux plus sordides. Traverser les États-Unis en auto-stop n’est pas une chose aisée et la qualité du trajet dépend fortement du chauffeur. Des rencontres, Pat’ et Éric vont en faire des bonnes comme des mauvaises. S’ils ne parviennent pas à toucher du doigt leur quête de flower power, au moins découvrent-ils la réalité de l’Amérique profonde. Les hippies se font rares mais les U.S.A des années 70 ont de nombreux personnages à faire découvrir : les routiers redneck qui ne jurent que par leur calibre, les parents toxicomanes qui élèvent leur fille au milieu des seringues usagées, les vétérans du Vietnam… Décidément les Hippies sont loin, et la profusion de bons sentiments imaginée par le couple de voyageurs n’est finalement pas au rendez-vous. Dans l’Amérique en crise qu’ils traversent, les fleurs ont laissé place à un tableau beaucoup plus noir.
Car Route 78 est un voyage initiatique qui se construit sur une rencontre ratée. Tous les déboires qu’ont vécus Éric et Patricia pendant cette traversée participent à leur passage à l’âge adulte. Sincère et touchant, ce récit parvient à nous plonger dans les ambiances vécues et une sensation grandit page après page : la désillusion. Malheureusement, en mimant ce voyage qui s’éternise pour finalement durer 2 longs mois (au lieu des quelques jours prévus), l’album finit par tirer en longueur alors que l’on comprend où l’auteur veut en venir. Du coup une certaine lassitude et une volonté d’arriver au bout du périple s’installe (un peu comme pour les personnages). Aussi, les lecteurs qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Shakespeare risquent d’être gênés par des dialogues qui regorgent d’argot anglais (les obligeant à faire de nombreux allers-retours entre les planches et le lexique situé en fin d’œuvre).
Graphiquement, Route 78 est un voyage plaisant. Son trait semi-réaliste donne des personnages assez caricaturaux mais plein de vie. De la puissance et de la spontanéité se dégagent des cases qu’on devine savamment construites. Le dessin d’Éric Cartier est très expressif et on a vraiment l’impression d’accompagner les personnages dans les endroits les plus accueillants comme les trous à rats les plus crasseux. On prend plaisir à (re)traverser les paysages des États-Unis notamment grâce à la mise en couleur précise de Pierô Lalune.

Route 78 est un road trip dans les U.S.A de la fin des années 70 qui fleure bon la sincérité et les souvenirs. Forcément, le tout peut se montrer parfois un peu caricatural. La volonté de l’auteur de donner un aperçu « total » de ce voyage est plaisante, mais cela apporte aussi une impression de longueur en fin d’ouvrage. Avec son propos original et désenchanté, ce one shot séduira sans peine les amateurs de voyages décalés.

Guillaume Wychowanok

DEUX FRERES, de Gabriel Bá et Fábio Moon, aux éditions Urban Comics, 22,50 €

deux-freres-couv…DEUX FRERES, de Gabriel Bá et Fábio Moon, aux éditions Urban Comics, 22,50 €

Après les très appréciés Daytripper et l’Aliéniste, les frères brésiliens Gabriel Bá et Fábio Moon remettent le couvert avec Deux Frères. Tiré du roman du même nom écrit par Milton Hatoum, ce one-shot nous conte l’histoire d’une famille libanaise expatriée au Brésil qui se déchire peu à peu, minée par le conflit de deux frères jumeaux. Une œuvre complexe tout en contraste où l’amour se dispute à la haine.

Vivant dans une famille d’origine libanaise installée à Manaus, les jeunes frères jumeaux Omar et Yaqub se disputent l’amour d’une fille alors qu’ils n’ont que 13 ans. De cette confrontation, Yaqub écope d’une cicatrice au visage qu’il gardera pour le restant de ses jours, tout comme sa rancune envers son frère. Halim et Zana, les parents de ces jumeaux que tout oppose, décident de les éloigner l’un de l’autre. Yaqub est alors envoyé au Liban pour vivre dans la famille d’Halim pendant qu’Omar, en tant que petit protégé de Zana, reste dans la demeure familiale avec ses parents et Dominguas, une fille indienne adoptée par la famille.
5 ans plus tard, Yaqub revient à Manaus, mais loin d’avoir calmé le jeu, la séparation des deux frères n’a fait que renforcer leur rivalité. Yaqub, rationnel et travailleur, ne supporte plus de voir son frère cadet chouchouté par la mère, qui vit de farniente et de soirées arrosées. Le conflit est inévitable et toute la famille va en pâtir…

Après L’Aliéniste, les auteurs adaptent de nouveau une œuvre littéraire brésilienne. Avec Deux frères, on assiste à une confrontation tragique entre des frères jumeaux que tout oppose. Construit autour du contraste entre ces deux protagonistes, le récit est tendu des premières aux ultimes pages de l’ouvrage. On découvre peu à peu les divers événements qui constituent ce drame familial où l’amour laisse peu à peu place à l’incompréhension, à la rancœur et à la destruction. Émouvant, touchant, glaçant, dérangeant et parfois drôle, ce récit complet a de quoi éveiller les sentiments du lecteur. À condition toutefois qu’il accepte de fournir quelques efforts…
Avec de nombreuses ellipses temporelles et retours en arrière, le récit se dévoile sous la forme d’un puzzle narratif qui dévoile peu à peu les parts d’ombres de l’histoire sans pour autant tout expliciter. Seulement, ce puzzle demande une bonne dose de concentration et rend la lecture un peu éprouvante, surtout que malgré quelques passages humoristiques, l’ambiance de l’ouvrage est des plus pesantes. Baigné dans un réalisme pessimiste, Deux frères tire un peu en longueur pour se conclure sur un final sinistre et cynique. Mieux vaut donc ne pas broyer des idées noires avant d’entamer la lecture.
On retrouve la patte graphique de Gabriel Bá et Fábio Moon dans ces planches réalisées à quatre mains. Leurs traits stylisés sont puissants, dynamiques et l’aspect épuré des cases cachent un sens aigu du détail. Tout en noir et blanc, l’album joue des contrastes et des jeux de lumières pour construire une mise en scène réussie. Mais si l’on comprend bien que ce choix permet de servir le jeu des oppositions, on ne peut s’empêcher de penser que la couleur aurait permis de profiter des ambiances si dépaysantes de l’Amérique Latine et de distinguer visuellement les deux frères de manière instantanée.

Deux Frères est une tragédie familiale qui touche les cœurs et les esprits. Toutefois il aurait été appréciable de l’amputer de quelques pages et de simplifier un peu la trame narrative qui avec l’atmosphère noire de l’ouvrage rend la lecture un peu éreintante. Aidé par des dessins puissants des auteurs, ce roman graphique prend aux tripes et parvient même à signifier l’ineffable. Une œuvre qui séduira les lecteurs aguerris qui ne craignent pas la noirceur des sentiments.

Guillaume Wychowanok

LES MAITRES SAINTIERS, T1 : Á l’accord parfait, 1788, de Bollée et Fino, aux éditions Glénat, 13,90 €

maitres-saintiers-t1-couv…LES MAITRES SAINTIERS, T1 : Á l’accord parfait, 1788, de Bollée et Fino, aux éditions Glénat, 13,90 €

Laurent-Frédéric Bollée et Serge Fino entament une saga familiale sur les Rochebrune, fondeurs de cloches de père en fils. Lorgnant vers le thriller ésotérique, ce premier tome nous conte les mésaventures d’Étienne et François, deux jumeaux que tout oppose.

Printemps 1788. Les jumeaux Étienne et François Rochebrune, fondeurs de cloche de métier, arpentent la campagne à la recherche d’un nouveau chantier. Par une pluie battante, ils font une halte forcée dans une auberge. Là-bas, ils apprennent que les cloches de l’église de Châtellerault sont tellement abîmées qu’elles cassent les oreilles des habitants. Ils se rendent au plus vite dans ce village pour proposer leurs services.
La rumeur populaire dit que les jumeaux portent malheur, mais avec les prix attractifs proposés par les frères Rochebrune, le maire accepte leur proposition sans tergiverser. Ils constatent rapidement que toutes les cloches sont à refondre… et qu’elles arborent de curieuses inscriptions. Étienne, l’intellectuel de la fratrie, mène l’enquête et comprend que ces gravures remettent en cause la Vierge Marie. Il abandonne quelque peu son travail pour approfondir ses recherches. François, à force de travailler seul et de recueillir les plaintes des habitants, énervés par le retard des artisans, accumule de la rancune envers son frère…  Quelques jours plus tard, le cadavre d’une jeune fille est retrouvé non loin de Châtellerault. Les mutilations du corps sans vie font penser à certains que la bête du Gévaudan est de retour.

Pour scénariser cette saga familiale, Laurent-Frédéric Bollée s’inspire de sa famille : les Bollée sont fondeurs de cloches depuis 1715. Un métier que le scénariste connait donc bien mais qu’il place dans un contexte fictionnel. Après un début un peu plat et poussif, l’auteur introduit les prémices de ce qui sera sans doute un thriller ésotérique haletant. D’autre part, il nous montre la confrontation entre ces jumeaux qui ne se comprennent plus et parsème son récit d’un mystère autour de la bête du Gévaudan.
La multiplication des intrigues donne un surplus d’intérêt et de la densité au récit. Toutefois, si le conflit fraternel sert bien la narration, l’enquête sur la bête du Gévaudan donne une impression de dispersion à l’album qui ne fournit que très peu d’éléments concernant l’intrigue principale. Cela plombe un peu la force du récit. Mais l’intérêt du lecteur est cependant ravivé par une fin surprenante et bien amenée.
Quoique classique, le trait réaliste de Serge Fino installe agréablement l’ambiance du récit aidé par la colorisation de Zuzanna Estera Zielinska. Ses dessins fins et détaillés nous offre de jolis décors et des personnages réussis quoiqu’un brin rigides.

Á l’accord parfait, est un tome introductif qui laisse un peu le lecteur sur sa faim. En multipliant les intrigues et en ne dévoilant que peu d’éléments concernant le mystère principal, l’auteur semble en garder sous la pédale pour les prochains tomes. Toutefois, avec son ambiance bien installée, le contexte original de ces fondeurs de cloches et en mêlant thriller ésotérique et saga familiale, Les Maître Saintiers a de bons atouts en main pour devenir une série à succès.

Guillaume Wychowanok

LE MAGICIEN DE WHITECHAPEL, T1 : Jerrold Piccobello, de Benn aux éditions Dargaud, 15,99 €

magicien-whitechapel-t1-couv…LE MAGICIEN DE WHITECHAPEL, T1 : Jerrold Piccobello, de Benn aux éditions Dargaud, 15,99 €

Avec Le Magicien de Whitechapel, Benn nous entraîne à Londres en pleine époque victorienne. On y suit les traces de Jerrold Piccobello, un prestidigitateur tombé en disgrâce, qui revient sur les lieux de son enfance et se rappelle son parcours tortueux. Une longue introduction qui plante bien le décor pour nous laisser sur un final inattendu.

Londres, Piccadilly Circus, 1887. Jerrold Piccobello, magicien de renommée nationale, passe une audition. Son numéro est réussi, mais il essuie un nouveau refus. Il faut croire que son temps est révolu, d’autant qu’il est réputé pour être un véritable casse-pieds. S’il a l’habitude des rejets, la situation le plonge dans le désespoir. C’est dans cet état d’esprit que le magicien se rend dans un bar, sur les lieux de son enfance. Il retrace alors son parcours : son père ; dit « le cracheur », tricheur professionnel qui a payé de sa vie son astuce des dés truqués, la fuite avec sa sœur pour échapper au meurtrier de son père, le bar de Jenny où ils ont dû vivre, The Eagle, un théâtre où il a découvert le monde du spectacle…
Lorsqu’il décide d’entrer dans le théâtre, devenu une véritable ruine, il se souvient de ses débuts en tant qu’illusionniste et de la rencontre qui a changé sa vie. C’est ici, qu’il a rencontré Virgil Webb, le talentueux magicien qui lui a tout appris. Il va faire, dans ce théâtre, une rencontre qui va, une fois de plus, bouleverser son existence.

Le moins que l’on puisse dire est que Benn sait installer un décor et une ambiance. Ici, il nous immerge dans le Londres en pleine époque victorienne où la misère et la brutalité des uns n’ont d’égal que la bonté et l’innocence des autres. L’auteur nous conte l’histoire de ce magicien tombé au plus bas qui se plonge dans ses souvenirs. On suit alors des épisodes sordides, sa découverte du monde du spectacle et son parcours initiatique en tant que prestidigitateur. Un homme torturé dont le portrait prend une grande place dans cet album, mais qui laisse toutefois de l’espace aux personnages secondaires tels que le formidable Virgil Webb, ce magicien coureur de jupon qui prend les tricheurs professionnels à leur propre jeu.
On a donc droit à de longs flashback, parcourus par la voix de Jerrold Piccobello et sa prose joliment désuète. Ce choix narratif met en évidence le point faible de cet album : le magicien est très prolixe, ce qui créé des longueurs dans le récit. De ce fait, malgré la multiplication d’historiettes pour le moins tourmentées, on a l’impression que le récit n’avance pas… jusqu’aux dernières pages. Car en fin d’ouvrage s’opère un twist final qui remet tout en cause et semble emmener l’histoire, jusqu’ici très rationnelle, dans des méandres inattendus.
Le dessin semi-réaliste et torturé de Benn colle parfaitement à l’ambiance de l’album et à la psychologie du personnage principal. Les protagonistes transpirent la sveltesse et la grâce victorienne tout en dégageant une impression de désenchantement. Les décors, s’ils installent bien l’ambiance du Londres où les coins les plus crasseux côtoyaient les édifices les plus somptueux, mériteraient parfois un peu plus d’attention.

Benn installe avec minutie son personnage principal et son contexte, mais ce premier tome, très introductif, frustre un peu par son intrigue principale qui fait du surplace. Mais grâce à son trait si reconnaissable et au twist final, l’auteur parvient à titiller notre curiosité. Résultat : on attend le prochain tome avec impatience pour voir la tournure que prendront les événements… en espérant que les deux tomes à venir se montreront moins bavards et plus dynamiques.

Guillaume Wychowanok