LACRIMA CHRISTI, T1 : L’Alchimiste, de Convard et Falque, aux éditions Glénat, 14,50 € : Bulle d’Or

lacrima-christi-couv…LACRIMA CHRISTI, T1 : L’Alchimiste, de Convard et Falque, aux éditions Glénat, 14,50 € : Bulle d’Or

Avec ce cinquième récit appartenant à l’univers du Triangle secret, Didier Convard continue de nous abreuver d’ouvrages d’aventure ésotérique. Lacrima Christi nous envoie sur les traces des « larmes du Christ », une inquiétante arme biologique. Avec des ingrédients très classiques, les auteurs parviennent à un résultat prenant et efficace.

XIIe siècle, alors que la troisième croisade fait rage, l’incapacité des chrétiens à prendre Saint Jean d’Âcre les oblige à prendre de dures décisions. Le Pape fait appel au célèbre alchimiste Biancofuori pour mettre au point une terrible arme de destruction massive : les larmes du Christ. Seulement, alors qu’il se rend en Terre Sainte avec sa funeste invention, son embarcation sombre suite à une tempête. Pendant, des siècles, les larmes du Christ vont rester intact, au fond des eaux…
De nos jours, Jean Nomane, dit le Rectificateur, tente de mettre la main sur une arme biologique redoutable détenue par le tyran Cho Ihn Kyang. Onze mois plus tôt, une expédition des Gardiens du Sang a permis de récupérer les « larmes du Christ » qui renferment la plus dévastatrice des pestes. Malheureusement pour eux, monsieur Bencivenni les a trahis préférant vendre ce « trésor » au plus offrant. Le pape et son entourage ne sachant comment récupérer le terrible artefact fait appel au Rectificateur afin d’éviter le pire.

Didier Convard se lance dans la cinquième saison du Triangle Secret avec Lacrima Christi. On retrouve l’art du récit ésotérique de l’auteur qui aime à nous plonger dans les secrets (imaginaires) du Vatican. On retrouve donc le Rectificateur, Jean Nomane, assisté de deux compagnons : Karen, une analyste en comportement et Mattéi, un homme à la mémoire absolue et au comportement autistique. Si l’intrigue à base d’espionnage est des plus classiques, Convard tisse un réseau d’intrigues qui convergent vers les larmes du Christ en donnant du rythme à l’ouvrage. On passe ainsi de séquences d’espionnage à des scènes d’action, en passant par des flashbacks plus posés, dans une fluidité appréciable.
Un scénario classique mais efficace, une narration prenante et rythmée… difficile de ne pas se laisser happer par le récit de Lacrima Christi. Certes, ce dernier opus du Triangle Secret parait plus tourné vers l’action et la violence que ses prédécesseurs, mais il explore également de nouvelles pistes. La réflexion sur la religion laisse un peu de place à une réflexion sur l’éthique de la science sur un ton qui n’est pas sans rappeler James Bond. En bon divertissement, Lacrima Christi ne lasse son lecteur à aucun moment, jusqu’au final « coup de poing » qui donne grandement envie de lire la suite !
Après avoir collaboré sur les précédents cycles, Denis Falque est désormais seul au dessin. Les habitués de la série ne seront pas dépaysés et on retrouve le trait réaliste du Triangle Secret. Le découpage est dynamique et la mise en scène rigoureuse. Dommage que le tout semble finalement assez plat et pas toujours agréable à regarder dans le détail (certains personnages notamment). En revanche, les planches consacrées aux flashback sont de véritables réussites.

Lacrima Christi continue la saga du Triangle Secret avec un récit classique mais très bien exécuté qui renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. L’intrigue sur fond d’espionnage tient du déjà-vu mais est contrebalancée par une narration finement ciselée. Sans être magistraux, les dessins réalistes servent bien le récit et sont dans la droite lignée des opus précédents. Que vous soyez amateur du Triangle secret ou, plus simplement, d’aventure, d’Histoire, d’espionnage ou d’ésotérisme, Lacrima Christi se révèle un breuvage de choix !

NESTOR BURMA, T9 : Micmac moche au Boul’Mich, de Nicolas Barral d’après l’oeuvre de Léo Malet, éditions Casterman, 16 € : Bulle d’Or

nestor-burma-t9-couv…NESTOR BURMA, T9 : Micmac moche au Boul’Mich, de Nicolas Barral d’après l’oeuvre de Léo Malet, éditions Casterman, 16 € : Bulle d’Or

Micman moche au Boul’Mich est la deuxième contribution de Barral à la série des Nestor Burma en bande dessinée. On y retrouve le détective parisien qui enquête sur la sordide affaire du suicide d’un étudiant… Si la thèse officielle ne semble pas faire de doute, les raisons de cet acte restent pourtant mystérieuses.

Paris, Quai Saint-Bernard, une sombre nuit de novembre, Paul, un jeune étudiant se tire une balle en pleine tête à bord de sa 2cv. Un mois plus tard, Jacqueline Carrier, ex-compagne du jeune homme ne parvient pas à accepter la thèse du suicide. Elle décide alors de faire appel à Nestor Burma. Bien que le détective pense que la version officielle est sans doute la meilleure, il accepte de répondre à la demande de Jacqueline c’est que les affaires ne sont pas florissantes en ce moment.
Après un passage au 36 quai des orfèvres qui ne fait que confirmer ce que le détective savait déjà, ce dernier décide tout de même de pousser plus loin ses investigations… Il découvre alors que sa cliente a un numéro d’effeuilleuse dans un cabaret et qu’elle s’est entouré de fréquentations peu recommandables… sans compter que le père de Paul semble dissimuler bien des secrets…

Après sa prépublication épisodique en noir et blanc sous la forme d’un journal, le 9e tome de Nestor Burma reprend des couleurs. L’occasion pour le lecteur de (re)découvrir une nouvelle enquête dans un Paris des années 50 toujours aussi savoureux. Dans une ambiance de pur polar, on suit les différentes pistes du détective pour tenter de démêler les fils de cette affaire. La tension monte progressivement au cours de cet enquête complexe qui met en scène de nombreux protagonistes. Malgré un rythme assez enlevé et quelques rebondissements, le récit ne perd jamais en lisibilité . Bref, Baral réalise un beau travail d’adaptation dans un récit intense et prenant à l’atmosphère très bien installée.
Nestor Burma est indissociable du Paris des années 50 et de son argot si pittoresque. Sur ce point, Barral fait honneur à la série et semble renouer avec la fibre de Tardi. On parcourt les places du Veme arrondissement, dans un froid hivernal qui blanchi chaque édifice. On découvre une galerie de personnages, tous plus louches les uns que les autres, au sein de dialogues puissants et fleuris. Barral parvient donc à nous faire revivre les sensations d’antan dans une intrigue qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs.
Graphiquement, Nicolas Barral reprend l’univers que Tardi avait imaginé et, dans les grandes lignes, en retrouve l’esprit. Les planches sont un hommage un peu sage au trait si singulier du dessinateur, bien qu’elles dégagent une identité propre. On peut également saluer le travail accompli par Philippe De la Fuente sur les couleurs qui reprennent l’univers original en y apportant une pointe de modernité. Les lecteurs apprécieront donc ou non cet exercice de style techniquement très réussi.

Nicolas Barral montre qu’il a le talent pour répondre aux exigences des lecteurs de Nestor Burma. Micmac moche au Boul’Mich propose une enquête dense et surprenante dans un Paris pittoresque qu’on prend plaisir à redécouvrir. Barral a également fait un travail graphique intéressant qui reprend les bases installées par Tardi pour un résultat différent et intéressant. Le dernier tome de Nestor Burma est donc un très bon millésime que les amateurs de polar peuvent déguster sans modération.

La Bulle de Diamant fait son entrée !

Afin de compléter la classification de nos lectures, nous avons décidé de créer une nouvelle catégorie de Bulle, la plus haute distinction que La 9eme Bulle puisse octroyer à un album : la Bulle de Diamant.

Ce choix nous est apparu face à certains problèmes rencontrés par l’équipe lors de l’octroie d’une Bulle. Parfois, certains membres de l’équipe auraient donné une Bulle d’Or à un album mais face à la retenue d’autres, il écopait d’une Bulle d’Argent. Ainsi, cela ne représentait pas forcément la qualité de l’ouvrage qui était dans la même Bulle que des albums qui nous semblaient moins qualitatifs.
Ce problème était assez fréquent, puisque nous voulions que l’équipe soit unanime pour donner une Bulle d’Or à une bande dessinée. Résultat : très peu d’albums parvenaient à décrocher une Bulle d’Or.

C’est pourquoi, nous changeons quelque peu notre système de bulle avec l’arrivée de la Bulle de Diamant. Cette dernière reprend l’ancien système de la Bulle d’Or et les Bulles d’Or seront décernées de manière plus souple et seront donc plus fréquentes.

Voici donc les changements opérés dans l’octroi des bulles (sachant que rien ne bouge pour les Booofffffs, les Riens, les Bulles de bronze ) :

  • Bulle de Diamant : Décernée aux meilleurs albums, ceux qui font l’unanimité au sein de l’équipe de La 9eme Bulle, tant par leurs qualités graphiques que narratives. Les Bulles de Diamant sont les bijoux qui ornent les bibliothèques de votre librairie et dont les menus défauts sont gommés par les exceptionnelles qualités du titre. Ce sont donc les œuvres incontournables, qui plairont au plus grand nombre
  • Bulle d’Or : Décernée aux très bons albums, la Bulle d’Or distingue les très bons ouvrages qui ont fait grande impression sur au moins un des membres de l’équipe de La 9eme Bulle. Bien sûr, cet avis est discuté, et si des défauts évidents et gênants sont pointés du doigts par les autres membres, la Bulle d’Or n’est pas octroyée. Les Bulles d’Or sont donc les très bonnes œuvres qui ne feront pas forcément la même impression sur tous les lecteurs mais qui ont des qualités indéniables.

Voici également quelques liens pour (re)lire les explications des autres Bulles et voir les albums qui s’y rapportent :

 

LE MONDE DU DESSOUS, de Sibran et Tronchet, aux éditions Casterman, 17 € : Bulle d’Argent

monde-du-dessous-couv…LE MONDE DU DESSOUS, de Sibran et Tronchet, aux éditions Casterman, 17 € : Bulle d’Argent

Après trois ans passés en famille en Équateur, Didier Tronchet avait publié ses chroniques du quotidien là-bas, dans Vertiges de Quito. Avec Le Monde du dessous, il continue sur sa lancée sud-américaine. Adaptation d’un roman écrit par sa compagne, Anne Sibran, cet album mêle chronique sociale et surnaturel pour montrer l’enfer vécu par les mineurs du Potosi. 

Après des années d’exil, Agustin revient dans son village natal. L’endroit est désormais totalement dépeuplé et seules les ruines et autres sépultures persistent. Rapidement, ses souvenirs de jeunesses refont surface. Élevé par Sara, sa mère, Agustin a eu trois pères : Eusebio, celui qu’il préférait mais que les mines de Potosi ont fini par engloutir, Melchior, son géniteur, qui a profité de l’absence d’Eusebio pour violer Sara et Padre Pio, un prêtre guidé par ses idéaux.
La vie du village était rythmée par les disparitions de mineurs. Eux qui partaient en quête de richesse trouvaient inéluctablement la mort. Leur corps restait au fond de la montagne, non loin du lieu où était enfermé le diable. Persuadé, qu’il a le don de faire tomber la pluie, Agustin rêvait de vivre de cultures pour enrayer la voracité de la mine de Potosi qui engloutissait toujours plus d’âme. Mais sa mère en a décidé autrement : il a dû suivre un chaman dénommé Pako, afin d’être initié aux rites ancestraux…

Adaptation du roman d’Anne Sibran Dans la montagne d’Argent, Le monde du dessous est une chronique sociale déguisée en conte cruel. Le sujet est fort puisque, depuis que les conquistadors espagnols ont décidé d’exploiter la mine d’argent de Potosi, ce sont 8 millions de mineurs qui y ont perdu la vie. Si ce noir constat aurait pu donner lieu à un album très sombre, Sibran parvient à y ajouter une touche de poésie. On voit les effets néfastes de l’exploitation de la mine sur les populations environnantes à travers la voix et le regard (faussement) naïfs du jeune Augustin qui ne parvient pas à comprendre cette absurdité. De plus, le récit est parcouru des légendes et croyances amérindiennes qui donne à la triste réalité, un parfum de fantastique. Les dialogues sont souvent écrits en espagnol, ce qui leur confère de l’authenticité mais pourra aussi gêner la lecture de certains.
Parallèlement à la souffrance subie par le peuple équatorien, c’est la société occidentale qui est en cause. Car derrière l’image de Potosi qui englouti les âmes, c’est l’esprit européen et sa soif inextinguible de richesse qui apparait. On constate alors toute l’horreur de l’exploitation de l’homme par l’homme à travers des images symboliques et saisissantes qui poussent à réfléchir. On dévore cet album qui mêle fantastique et réalité sans pouvoir s’arrêter… jusqu’à arriver à une fin qui déçoit nos attentes…
Visuellement, le trait appuyé de Tronchet est immédiatement reconnaissable. Le dessin caricatural nous rend les protagonistes très attachants et combine habilement fantastique et réalité. Un véritable travail a été accompli sur la mise en couleurs qui offre une atmosphère de conte cruel. Visuellement ce one shot est puissant mais, Didier Tronchet oblige, ne vous attendez pas à un dessin réaliste fin et fourmillant de détails.

Avec Le Monde du dessous, Anne Sibran et Didier Tronchet nous questionne sur l’exploitation inique des hommes, dans un album édifiant et simple d’accès. Pas de grands discours, mais un récit emprunt de poésie et jonché de symboles percutants qui ne souffre que d’une fin en demi-teinte. Une chronique sociale forte et tragique qui évite la noirceur totale grâce à son ton décalé et son aspect fantastique.

Guillaume Wychowanok

La princesse des glaces de Olivier Bocquet, Léonie Bischoff, Camilla Läckberg


… La princesse des glaces de Olivier Bocquet, Léonie Bischoff, Camilla Läckberg aux éditions CASTERMAN

La première adaptation en bande dessinée de la célèbre série de polars de Camilla Läckberg.

Erica Falck, trentenaire installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise où elle écrit des biographies, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête, Erica est vite convaincue qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. Stimulée par cette flamme naissante, Erica se lance à la conquête de la vérité et met au jour, dans la petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître, des secrets détestables. Bientôt, on retrouve le corps d’un peintre clochard – encore une mise en scène de suicide…transposition inspirée.

A partir des nombreux personnages qui évoluent aux marges de l’enquête, on converge peu à peu vers la vérité, enfouie sous des tonnes de silences, de non-dits. Les liens entre les uns et les autres n’apparaîtront qu’au compte-gouttes. L’ambiance est oppressante, et on verra rarement le soleil dans ce petit coin de Suède.

Polar très réussi tant dans la narration que dans le dessin et la couleur (on passe des teintes bleues assez froides pour la narration du présent aux teintes jaunes-orangées chaudes pour le récit du passé.

LES FOLIES-BERGERE de Porcel et Zidrou aux éditions DARGAUD

… LES FOLIES-BERGERE de Porcel et Zidrou aux éditions DARGAUD

La guerre 14-18. Dans une tranchée, des hommes confrontés à l’horreur de cette guerre se raccrochent à l’espoir de survivre et se promettent d’aller voir un spectacle aux Folies-Bergère à la fin de la guerre.

C’est la guerre, le ton est grave, le dessin est sombre mais on y parle aussi d’amitiés, d’amour, de famille et ce sont les homme qui sont au centre du récit. On découvre leur vie, loin des champs de bataille :  une épouse qui attend son mari, un  garçon fiers des croquis envoyés par son frère, Monet  qui, loin de tout ça est en train de peindre les Nymphéas.

Un très bel album, très touchant.   A lire absolument.