CHER PAYS DE NOTRE ENFANCE, Enquête sur les années de plomb de la Ve République, de Colombat et Davodeau, aux éditions Futuropolis, 24 € : Bulle d’Or

cher-pays-de-notre-enfance-couv…CHER PAYS DE NOTRE ENFANCE, Enquête sur les années de plomb de la Ve République, de Collombat et Davodeau, aux éditions Futuropolis, 24 € : Bulle d’Or

Avec Cher Pays de notre enfance, Benoît Collombat et Etienne Davodeau s’intéressent aux affaires troubles qui ont rythmé les présidences de Pompidou et Giscard d’Estaing. Avec pour fil rouge l’implication du Service d’Action Civique, cet album journalistique, très dense, nous montre l’envers du décors, que les archives du SAC désormais ouvertes permettent de mieux cerner.

Les années 1970 représentent les années de plomb de la Ve République. Elles ont vu des braqueurs financer les campagnes électorales du parti gaulliste, l’assassinat du juge Renaud, des milices patronales créées pour briser les grèves, l’étrange mort du ministre du travail Robert Boulin… Et dans toutes ces affaires, le nom du SAC revenait régulièrement. Pourtant, la justice n’a jamais vraiment inquiété les membres du Service d’Action Civique, préférant se tenir à des versions officielles peu convaincantes.
En enquêtant dans un premier temps sur le braquage de l’hôtel des Postes de Strasbourg, Collombat et Davodeau vont recueillir un témoignage qui indique que cela aurait permis de financer un parti politique. Au fil de l’enquête et des témoignages, les auteurs vont mettre en évidence la nature trouble du SAC, mêlé à de nombreuses affaires. Aidés par l’ouverture (d’une partie) des archives du SAC, ils vont accumuler des indices sur de nombreux dossiers qui montrent que la justice n’a pas été des plus efficaces. Ils passent alors en revue les événements troubles de la Ve République jusqu’à arriver à la mort du ministre Boulin, affaire que la justice a rapidement expédiée…

Avec cette ce reportage édifiant , Davodeau et Collombat livrent une enquête détaillé et fournie qui a de quoi remettre en question notre foi en nos institutions. Grâce à leurs investigations, ils mettent en évidence de nombreux éléments qui indiquent que la justice n’a pas correctement fait son travail, qu’elle était court-circuitée par des jeux d’influence. Certes, certaines de ces injustices ont déjà été mises en évidence, comme la mascarade d’enquête qui a été menée sur l’assassinat du juge Renaud (déjà croisé dans Le Juge d’Olivier Berlion), mais les auteurs livrent ici reportage détaillé et minutieux qui révèle une certaine cohérence entre toutes ces affaires. En effet, le SAC n’en est jamais éloigné… et la classe politique non plus. On découvre avec stupéfaction comment ses membres ont bénéficié d’un traitement de faveur et comment leurs exactions ont pu être dissimulées.
Le travail journalistique est dense, complet et minutieux et demande donc une grande concentration au lecteur. Les auteurs ont préféré s’attacher au temps présent, en mettant en scène l’enquête et les témoignages plutôt que de reconstituer les événements passés. Toutefois, on tombe rapidement dans la routine des entretiens et le rythme en pâtit quelque peu. On peut également avoir l’impression d’une enquête un peu partisane qui évacue certains détails, comme le montre un article du Canard enchaîné  à propos de la théorie de l’assassinat du Ministre Boulin. Reste que cet album met en évidence de nombreux points étranges dans l’enquête menée à l’époque… ce qui a permis d’ouvrir une information judiciaire sur la mort du ministre…
Forcément, avec un album de plus de 200 pages, difficile pour Davodeau de livrer des planches très détaillées. Heureusement, le dessinateur sait restituer l’essentiel en quelques traits et croque les différentes personnes croisées avec talent. Malgré les planches surchargées de texte, il arrive à fournir des cases très claires et lisibles. Le découpage et les cadrages classiques manquent certes de dynamisme mais collent parfaitement au sérieux de l’enquête menée.

Cher pays de notre enfance est donc un reportage édifiant, sérieux et minutieux sur les exactions impunies qui ont été perpétrées dans les années 70. Si dans la forme, l’album demeure très classique, le fond est d’une cohérence impressionnante bien que parfois un peu partisan. Nécessairement dense, ce one shot n’est pas une lecture simple et se réserve avant tout aux amateurs de reportages en bande-dessinée… qui profiteront d’une formidable investigation aux inquiétantes révélations.

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