L’INDIVISION, de Springer et Zidrou, aux éditions Futuropolis, 15 € : Bronze

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Après avoir collaboré sur Le Beau Voyage, Benoît Springer et Zidrou s’attaquent au sujet ô combien tabou de l’inceste Dans L’Indivision, on assiste à l’amour passionné et destructeur d’un frère et d’une sœur qui ne parviennent pas à se passer de leur troublante relation.

Depuis leur adolescence, Martin et Virginie s’aiment éperdument… mais sont frère et sœur. Ils ont pourtant bien tenté de faire taire leurs penchants incestueux. Martin a accepté de vivre à l’étranger en travaillant à Abu Dhabi et Virginie s’est même mariée et a fondé une famille… Mais rien n’y fait.
Le frère et la sœur doivent se retrouver au bord de « la falaise aux baisers volés » habités par de nombreux souvenirs. Mais lorsqu’elle arrive c’est pour annoncer à Martin que leur relation est terminée qu’ils doivent redevenir de simples frère et sœur.
Parrain de Sébastien, le fils de Virginie, Martin participe aux préparatifs de la fête avec le reste de la famille. Une dispute concernant l’héritage laissé par leur père éclate entre le frère et la sœur. Virginie veut vendre la maison tandis que Martin ne veut pas se résoudre à abandonner la maison familiale. C’est qu’il ne voudrait pas perdre une des dernières choses qui le lient encore à sa sœur…

Zidrou montre qu’il n’a pas froid aux yeux en scénarisant un album sur l’inceste. Si le sujet a une certaine histoire littéraire (Ovide en parlait déjà avec Myrrha dans ses Métamorphoses), il n’en reste pas moins un tabou parmi les tabous qu’il est toujours délicat de traiter. On peut toutefois compter sur la sensibilité du scénariste pour nous livrer un résultat loin du sordide et de la provocation. Grâce à la justesse du ton de l’album, la lecture est troublante sans être dérangeante. Du coup les lecteurs les plus empathiques seront touchés sans mal par cette histoire d’amour interdit où l’ardeur des sentiments se frotte au poids de la moral et de la raison.
Avec sa fluidité, sa retenue et sa sobriété L’Indivision montre toute la subtilité de l’écriture de Zidrou. L’auteur ne prend jamais de parti, le récit ne parait jamais donneur de leçon et entretient l’art de la nuance. Mais avec ses silences lourds de sens, l’album semble manquer d’un peu de relief et de vie. Mieux vaut donc être réceptif à cette mise en scène intimiste pour apprécier cet ouvrage qui ne laisse de place à aucune fioriture ou extravagance.
Les dessins « naturels » de Benoît Springer s’accordent parfaitement au ton de l’album. Les personnages ont des traits simples et pas vraiment fidèles aux canons de beauté habituels, ce qui leur confère une certaine authenticité. Le dessinateur reste toujours dans la retenue et évite les habituels clichés grâce à des cadrages judicieux. En résulte des planches tout en finesse et en simplicité, plus justes que grandioses. Les couleurs de Séverine Lambour sont d’ailleurs en parfaite adéquation avec les choix du dessinateur.

Zidrou et Springer parviennent à livrer un album subtil, et tout en retenue sur le thème pourtant difficile de l’inceste. L’aspect très empathique de l’œuvre et son refus de prendre parti en font un album touchant et nuancé.
Attention toutefois : le rythme assez plat de l’œuvre et sa neutralité pourront cependant lasser certains lecteurs qui aiment être bousculés. Pas assez percutant, le récit peut donner l’impression d’assister à une  histoire d’amour quasi-banale, ou du moins beaucoup moins bouleversante que ce que le sujet de l’inceste laisse suggérer.

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