LES 3 FRUITS, de Zidrou et Oriol aux éditions Dargaud, 16,45€ : Bulle de Bronze

3-fruits-couv…LES 3 FRUITS, de Zidrou et Oriol aux éditions Dargaud, 16,45€ : Bulle de Bronze

Après le très remarqué La Peau de l’ours, Zidrou et Oriol se réunissent pour Les 3 fruits, un conte sombre et cruel. Les auteurs traitent du sujet de la mort dans un récit symbolique illustré par des cases puissantes et oniriques.

Un roi voit sa fin arriver après 40 années de règne. Il est un époux comblé par sa magnifique femme avec qui il a eu quatre enfants, une fille et trois garçons. Une vie bien remplie et beaucoup de choses à perdre… de quoi lui faire redouter la mort plus que toute autre chose. Il va tout faire pour trouver un moyen de repousser l’ultime échéance. Il convoque tous ceux qui pourraient l’aider dans sa quête d’immortalité : son fou et les plus brillants savants du royaume. Tous lui font comprendre que son objectif est impossible à atteindre, tous agacèrent le roi par leur incompétence et tous y perdirent la tête.
Un étrange mage vient alors voir le roi et affirme connaitre le secret de la vie éternel. Mais le prix à payer est des plus élevés : manger la chair du plus brave de ses fils. Le souverain prêt à tout accepte ce pacte, mais encore faut-il savoir lequel de ses fils est le plus brave…

Avec La peau de l’Ours, Oriol et Zidrou offraient une immersion dans le milieu de la mafia sicilienne dans un récit puissant et émouvant. On change d’horizon avec Les 3 fruits et son univers de conte médiéval, mais on garde la puissance du récit. Zidrou reprend ici nombres des éléments classiques du conte : un monde médiéval baigné de magie et de créatures fantastiques, le souverain aimé de son peuple, des princes hardis, des quêtes héroïques et une atmosphère sombre et onirique. Mais il réutilise ces éléments à son compte en y ajoutant des touches de modernité tels que les personnages féminins forts. La narration emprunte aux contes leur rythme répétitif (ici ternaire) qui imprime ses formules dans nos têtes comme une ballade inéluctable. Une lecture rythmée qui réserve de nombreuses surprises mais ne se perd jamais dans les fioritures. Comme dans les vieux contes, on va à l’essentiel, dans un récit puissant et symbolique, où la cruauté et les vices sont montrés sans détours. Les 3 fruits parvient à s’inscrire dans la tradition des contes en y imprimant une signature moderne. Les amateurs du genre seront donc comblés, mais ce one shot ne convaincra pas les adeptes de récits plus terres à terres, moins manichéens et moins monolithiques. Le final sous forme de l’habituel deus ex machina le confirme.
Le dessin d’Oriol, en parfaite adéquation avec le récit et son atmosphère, fait des merveilles. Ses cases sont puissantes, la pénombre y domine et ne laisse que peu de place à quelques lueurs étouffées. Le trait est nerveux et joue de l’impression de flou pour installer une ambiance vaporeuse. Les couleurs sombres bénéficient de nombreux effets de matière, donnant l’impression d’être face à des toiles expressionnistes. Les planches exhalent un parfum de tourment, de puissance et d’étrangeté. Une composition graphique très réussie qui sert parfaitement le récit. Les adeptes de réalisme et de dessins détaillés et très lisibles pourront être décontenancés par cet aspect visuel original et très stylisé.

Avec Les 3 fruits, Zidrou et Oriol livrent un conte aussi beau qu’inquiétant. Récit et dessins se servent mutuellement pour nous plonger dans l’univers singulier du one shot, qui apporte au conte traditionnel une touche de modernité et de féminité. Sa narration très classique ravira les habitués du genre mais ne suffira peut-être pas à séduire ses réfractaires.

Guillaume Wychowanok

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