MATSUMOTO, de L.-F. Bollée et Nicloux, aux éditions Glénat, 25,50 € : Bulle d’Argent

matsumoto-couv…MATSUMOTO, de L.-F. Bollée et Nicloux, aux éditions Glénat, 25,50 € : Bulle d’Argent

Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux nous font revivre les événements qui ont mené aux attentats au gaz sarin à Matsumoto en 1994 puis à Tokyo en 1995. On suit de l’intérieur la préparation de la secte Aum, menée par un leader psychotique répondant au nom de Shoko Asahara, qui souhaite renverser le gouvernement japonais en provoquant l’Armageddon.

Dans les plaines désertiques de l’Australie, à Banjawarn Station, des japonais ont racheté une propriété pour construire un bâtiment dans un but inconnu. C’est une véritable armada d’ouvriers qui s’affère à l’édification de cette structure. Peu de temps après, un élève du conservatoire de musique de Nagoya, se présente dans la secte Aum Shinrikyo, impressionné par la théorie de son leader, Shoko Asahara. Lorsque le jeune étudiant doit transcrire la musique d’inspiration divine du gourou, il ne peut s’empêcher de relever une escroquerie intellectuelle… ce qui lui vaudra une incarceration musclée et un endoctrinement violent.
Dans la petite ville de Matsumoto, un juge tente de dévoiler au grand jour les projets de la secte Aum. De nombreux faits montrent que derrière le PDG d’Aum Inc. se cache un dangereux gourou aux intentions délirantes et terroristes. C’est d’ailleurs près d’une de ses entreprises située en Australie, à Banjawarn Station, que des troupeaux entiers de moutons ont été décimées par un gaz mortel. Se sachant menacé par le juge, le leader d’Aum décide de faire un test de son gaz sarin à Matsumoto, près de la demeure du juge. Cela servira de test avant l’attaque de grande envergure dans le métro de Tokyo.

L’attentat au gaz sarin perpétré en mars 1995 par la secte Aum dans le métro de Tokyo reste encore aujourd’hui l’attentat le plus important qu’a connu le Japon depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec Matsumoto, les auteurs nous retracent les événements qui ont mené à ces événements grâce à de multiples récits parallèles. Car ce n’est pas seulement la folie du gourou et de sa secte qui est exposée mais aussi le destin tragique des victimes directes ou non de cette organisation délirante. A travers le jeune étudiant en musique, on découvre les techniques d’endoctrinement d’Aum, en suivant un jeune DJ on voit les séquelles physiques et psychologiques provoqués par le gaz, aux côtés du juge on voit le manque d’action du gouvernement et face au sort réservé à un père de famille excentrique accusé à tort, on saisit la part de responsabilité de la justice et des médias. Plus dramatique que journalistique, Matsumoto donne une vision générale et humaine des événements.
Cette construction chronologique et éclatée permet de faire monter progressivement la tension, d’autant plus qu’elle est accompagnée d’un funeste compte à rebours. La narration originale et dynamique rend l’album très prenant. Toutefois l’aspect séquencé donne une impression de recul et empêche le lecteur d’être profondément touché, bien que cela évite de tomber dans le larmoyant. D’autre part, on aurait aimé en apprendre un peu plus sur le fonctionnement de la secte et sur la personnalité inquiétante et fascinante du gourou. En préférant s’attacher à la part humaine du récit et en atténuant l’aspect journalistique de leur oeuvre, les auteurs ont évincé de nombreuses informations qui auraient été utiles à la compréhension du lecteur. Cela est particulièrement perceptible à la fin de l’ouvrage qui joue sur une mise en scène choc sans plus d’information…
Le dessin réaliste et très soigné de Philippe Nicloux permet de s’immerger sans peine dans cette intrigue aux multiples facettes. Les cadrages choisis par le dessinateur dramatisent l’action sans tomber dans l’excès. A mi-chemin entre le reportage et le cinéma, la mise en scène est habilement réglée et permet de susciter l’émotion du lecteur qui est placé face à des scènes qui font froid dans le dos. Les planches servent donc parfaitement le récit en installant des ambiances très diverses avec une justesse appréciable.

Matsumoto est un bon roman graphique qui nous donne une vision globale et assez complète des événements qui ont mené à l’attentat de mars 1995 dans le métro de Tokyo. Avec son récit éclaté, cet album s’attache aux faits et à la part humaine qui entourent cette tragédie. On aurait toutefois apprécié avoir plus d’informations sur cette secte et son gourou afin d’être confronté, plus encore, à sa folie démesurée et fascinante. Ni vraiment journalistique, ni totalement dramatique, Matsumoto est un one-shot prenant et efficace qui nous place face à la folie humaine dans ce qu’elle a de plus révoltant.

Guillaume Wychowanok

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