Sans Pardon, de Yves H. et Hermann aux éditions Le Lombard : Booofff

sans_pardon_couv…Sans Pardon, de Yves H. et Hermann aux éditions Le Lombard : Booofff

 C’est avec son fils, Yves H ; au scénario qu’Hermann revient au western. Plus de 30 ans après avoir œuvré sur Comanche,  le dessinateur nous montre qu’il n’a pas son pareil pour croquer le Wyoming parcouru par des truands et autres shérifs. De son côté Yves H. signe un scénario aussi noir que faiblard.

 1876, dans le Wyoming, le shérif Masterson aidé de ses hommes, traque Buck Carter, un tueur sans pitié. Pour le retrouver, le shérif use de tous les moyens. En ce moment, il joue du couteau sur un homme attaché entre deux arbres pour qu’il donne la planque du fugitif. Lorsqu’on lui tranche l’oreille, l’homme lâche les informations : Buck Carter est allé retrouver sa femme et son fils au ranch Dagget.
Elizabeth espérait pouvoir élever son fils Jeb en toute quiétude, loin de son mari. Un hors-la-loi alcoolique et sanguin n’est pas le compagnon rêvé pour mener une vie de famille. Et voilà qu’il frappe à la porte et impose sa présence à sa femme et son fils. Peu de temps après, le shérif et ses hommes arrivent et déclenchent une fusillade avant de mettre le feu au ranch. Buck Carter parvient à prendre la tangente dans les bois, mais Elizabeth et Jeb sont aux mains du shérif. Masterson menace de tuer Elizabeth si le hors-la-loi ne se rend pas. L’ultimatum arrivé à son terme, Jeb voit sa mère exécutée par le shérif, dans la plus grande indifférence. Et ce n’est que le début des ennuis pour Jeb qui va vivre une captivité atroce avec la vengeance comme seul espoir.

Lorsqu’on ouvre Sans Pardon, on ne peut qu’être subjugué par le talent d’Hermann. Le dessin réaliste est détaillé et les panoramas sont de toute beauté. On (re)découvre les paysages à la fois réalistes et fantasmés du Wyoming dans des cases à la composition puissante. Les visages expressifs des personnages renforcent le réalisme : on partage la souffrance des victimes, on est saisi par la folie froide des bourreaux. Et que dire de cette magnifique mise en couleur directe qui donne un surplus d’âme aux planches ? Et bien tout simplement que cela ne suffit pas à rattraper un récit bien trop plat.
Le récit imaginé par Yves H. est loin d’être à la hauteur des fabuleux dessins de son père. Le récit commence sur les chapeaux de roue avec une scène de torture qui prend aux tripes, mais c’est un des rares moments où le récit s’avère prenant ou poignant. Les personnages sont traités superficiellement, ils paraissent n’avoir aucun passé et on en apprend finalement que très peu sur les motivations de chacun. Le sujet est la traque de Buck Carter et du coup tout le reste est passé sous silence. Ce qui aurait pu renforcer la tension de l’album ou lui donner un aspect symbolique, mais rien n’en est. L’absence de background participe à l’impression d’être face à un pastiche de western : les fusillades s’enchainent dans un déroulement implacable sans qu’on saisisse les enjeux de ces affrontements.
Les personnages sont caricaturaux à souhait avec ce shérif sans foi ni loi prêt à commettre les pires exactions, le mauvais père hors-la-loi sans cœur et sans valeur et le jeune meurtri rongé par son désir de vengeance. Ces trois là se traquent les uns les autres sans douter. On assiste alors à de nombreuses scènes qui mettent en avant la violence gratuite… comme s’il s’agissait de combler les manques d’un récit finalement bien creux. Si on ne passait pas autant de temps à admirer le travail d’Hermann, il faudrait au maximum 20 minutes pour lire cette maigre histoire.

Sans Pardon donne l’impression d’être bien vide pour un one shot. Après ces affrontements inexpliqué, ces fusillades sanglantes mais sans enjeux et ces personnages sans histoire, on referme l’album en pensant qu’on a assisté à un grand mais magnifique rien. Dommage, car le dessin d’Hermann nous plonge immédiatement dans ce Wyoming de western à la fois beau, sauvage et puissant.

Guillaume Wychowanok

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