SYKES, de Dubois et Armand, aux éditions Le Lombard, 16,45 € : Bulle d’Or

sykes-couv…SYKES, de Dubois et Armand, aux éditions Le Lombard, 16,45 € : Bulle d’Or

Pierre Dubois et Dimitri Armand se sont associés pour Sykes, un western pur jus qui a tout ce qu’il faut pour devenir un classique. Le célèbre Marshal Sykes poursuit la bande des Clayton qui ne tarde pas à faire parler d’elle… S’ensuit une plongée progressive dans la violence où les revolvers se font juges.

Alors qu’il joue avec un revolver en bois, le jeune Jim voit une silhouette s’approcher, un événement rare dans cette petite ferme perdue en plein Wyoming. L’homme dit se nommer Sykes et est à la recherche d’eau pour se désaltérer. Alors que Jim est fasciné par Sykes, sa mère, plus prudente n’hésite pas à prendre son fusil pour le tenir en joue. Mais, en bon Marshal, Sykes sait faire retomber la tension et intime à la veuve et son enfant d’être prudents : une bande de malfrats sanguinaires rôde dans les parages.
Le Marshal se rend alors dans la ville la plus proche où est censé l’attendre O’Malley le lendemain matin, son partenaire. Après un échange courtois avec le Shérif, Sykes passe prendre un verre au saloon où, une fois encore, son sang-froid lui permet d’éviter toute joute armée. Après une nuit à l’hôtel, les ennuis rattrapent Sykes qui se retrouve une nouvelle fois face à un homme prêt à en découdre… c’est à ce moment qu’O’Malley fait son apparition en descendant l’effronté d’un coup de fusil. Ce n’est pourtant pas le moment pour les deux partenaires de baisser leur garde. Jim, exténué, fait irruption en ville : pendant la nuit, 5 hommes ont tué et violé sa mère sous ses yeux. Sykes et son partenaire partent immédiatement sur les traces de ces brigands qu’ils pensent être la bande des Claytons. Mais Jim, obsédé par la vengeance, ne compte pas rester en retrait.

Après avoir connu une période creuse, les albums westerns se multiplient de nouveau. Le nouveau venu, Sykes, s’inscrit plutôt dans le western crépusculaire et reprend les fondamentaux du genre avec une certaine modernité. Car Sykes est hanté par de vieux démons et il n’est pas du genre à jouer de la gâchette pour un oui ou pour un non. C’est donc un Marshal charismatique et cortiqué que nous suivons, bien qu’arme à la main il ne soit pas non plus en reste. Ce one shot reprend, forcément, l’imagerie commune du western avec sa bande de malfrats acharnés, son Marshal au sang-froid impressionnant, l’indien expert en pistage… Mais Sykes ne se limite certainement pas à un récit référencé.
Le récit de Sykes s’articule autour de la relation entre le jeune Jim et le Marshal. Ce jeune enfant, écorché, désormais hanté par le désir de vengeance, désire plus que tout suivre les pas du Marshall. Mais assister un tueur, tout Marshal soit-il, ne peut laisser indemne. On s’enfonce donc peu à peu dans un récit sombre et violent, rythmé par les scènes d’action, qu’on dévore de bout en bout. Le scénario de Pierre Dubois est magistralement construit et seule la fin, un peu bateau, est en retrait. Pour le reste, on plonge sans peine dans ce western crépusculaire aux multiples références et qui se sert de l’imagerie western pour apporter un propos moderne.
Et pour donner vie à ce récit très réussi, Dimitri Armand n’y est pas allé par 4 chemins et propose des planches de toute beauté. Son trait réaliste aux encrages marqués croque des personnages vivants qui parcourent de somptueux paysages. Sa science du cadrage est également de haute volée et offre de magnifiques panoramas entre deux scènes d’actions aux plans plus resserrés. L’ombre s’installe progressivement dans le récit via les couleurs de Sébastien Gérard qui collent à l’esprit du récit. Bref, graphiquement, Sykes est une réussite magistrale.

Avec son récit mature et prenant, Sykes montre qu’il y a encore de la place dans le 9eme art pour de nombreux westerns. Ce one shot reprend les ingrédients du western pour les arranger à sa manière. Le résultat est un récit prenant qui se dévore avec plaisir sans jamais relâcher la pression. Seule la fin un peu « tarte à la crème » est en retrait… mais cela ne saurait gâcher cet album qui est aussi une véritable merveille graphique ! Voilà, sans aucun doute possible, un des meilleurs western de ces dernières années.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *