YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

yin-et-le-dragon-couv…YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

Alors que le troisième tome du Monde de Milo vient de paraître, Richard Marazano publie le premier tome de sa série tout public à l’univers asiatique : Yin et le Dragon. On y suit la route de Yin, une petite fille chinoise élevée par son grand-père qui va faire une rencontre inattendue… Un conte fantastique dans un contexte historique bien retranscrit, une oeuvre jeunesse mais pas simpliste.

Shanghai, 1937, alors que la côte chinoise est sous le joug de l’armée impériale japonaise. La petite Yin essaye tant bien que mal d’aider son grand-père, la seule famille qui lui reste. Ce pêcheur, qui a vu disparaître ses proches les uns après les autres, ne vit que pour nourrir et élever sa petite-fille qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Malgré les déboires qu’elle connaît avec les bandes de jeunes voleurs du coin la jeune fille va toujours de l’avant avec la même intrépidité.
Un soir, malgré les interdictions de son grand-père, Yin décide de se faufiler sur son bateau de pêcheur. Lorsque le grand-père s’aperçoit que sa petite-fille est sur son embarcation, il n’a pas vraiment le temps de la sermonner : un dragon d’or s’est pris dans son filet. Alors que l’animal légendaire est blessé par un malheureux concours de circonstances, Yin, se sentant coupable, supplie son grand-père de le ramener sur terre et le soigner. Mais cacher et nourrir une pareille créature n’est pas une mince affaire, surtout qu’il faut éviter d’attirer l’attention des soldats japonais…

Marazano n’en est pas à son coup d’essai en termes de série jeunesse aux accents asiatiques et après le très réussi Monde de Milo, c’est avec Yin et le Dragon qu’il récidive. On retrouve l’ambiance chinoise mais dans un contexte historique particulier : le début de la seconde guerre sino japonaise. On parcourt alors les rues pittoresques d’un Shanghai occupé aux côtés de la jeune Yin, une jeune fille qui a l’aventure dans le sang. On part de ce portrait familial empathique pour peu à peu entrer dans le cœur de l’aventure lors de la rencontre avec le dragon d’or.
Le point fort de Yin et le dragon réside bien sûr dans son univers légendaire asiatique accessible. L’oeuvre nous plonge dans un contexte historique pour livrer un récit humain teinté de légendes chinoises, le résultat est dépaysant. Malgré son ton jeunesse et sa structure simple, le récit est toutefois assez rythmé et prenant pour que chacun y prenne du plaisir, bien que les adultes pourront ressentir un certain manque de contenu. Ce premier tome prend son temps pour poser les bases de l’histoire mais propose une révélation finale qui augure d’inquiétants événements à venir et donne envie de connaître la suite.
Le travail réalisé par Xu Yao confère un surplus d’authenticité à Yin et le dragon. Son trait au style asiatique est fin, subtil et accessible tandis que ses couleurs très réussies installent à merveille les différentes ambiances traversées. Le découpage reste sage mais l’aspect onirique des planches devrait ravir les lecteurs de tout âge.

C’est avec plaisir qu’on repart dans les légendes asiatiques aux côtés de Marazano. Aventure, univers enchanteur et fond historique sont au rendez-vous de ce  premier tome qui reste moins élaboré que Le Monde de Milo. Le récit onirique et prenant et les jolies illustrations de Créatures célestes donnent envie de lire la suite de l’aventure (prévue en 3 tomes) qu’on espère plus épique.

AZIMUT, T3 : Les anthropotames du Nihil, de Lupano et Andreæ, aux éditions Vents d’Ouest, 13,90 € : Bulle d’Or

azimut-t3-couv…AZIMUT, T3 : Les anthropotames du Nihil, de Lupano et Andreæ, aux éditions Vents d’Ouest, 13,90 € : Bulle d’Or

Cela faisait près de deux années que nous l’attendions, et voilà que le troisième tome d’Azimut débarque en ce début d’année 2016. La série de Lupano et Andreæ continue sur sa lancée loufoque avec un album toujours aussi beau et rythmé !

Les deux premiers tomes d’Azimut ont su nous transporter au sein d’un univers foisonnant où l’espace et le temps sont malléables. Dans ce monde qui a perdu son nord magnétique, on a pu assister au vol de crônes orchestré par la belle et plantureuse Manie Ganza en quête de jeunesse éternelle. Mais pour réaliser son rêve, Manie a dû faire un ignoble pacte avec la banque du temps… le monde d’Azimut est au bord de la guerre et les Primordiaux ne semblent pas particulièrement préoccupés par le sorta qui attend les humains.
On retrouve donc dans ce troisième tome la belle et ses compagnons de fortune perdus dans le désert. Alors que la bande croise un groupe de moines qui servent le Livre des Réponses, ils sont attaqués par l’armée de la mère de Manie Ganza, Reine de son état. Excédée par la beauté de son enfant qui ne subit pas les affres du temps, la reine compte bien supprimer sa fille de la surface du globe. Mais ce désert cache une âme secourable insoupçonnée !
De son côté, le professeur Aristide Breloquinte et son équipage touchent bientôt au but de leur expédition. Ils sont sur le point de découvrir les secrets du temps…

Avec son monde fantastique foisonnant et singulier Azimut a su s’attirer la sympathie des lecteurs. Juste retour des choses, tant cette série bénéficie de qualités indéniables : rythme effréné, aventures loufoques, bestiaire étonnant, univers inventif, personnages originaux et attachants… sans oublier les magnifiques planches en couleurs directes de Jean­-Baptiste Andréae. Lupano montre tout son talent avec un récit éclaté où une palette de personnages très variée nous fait vivre une aventure riche en surprises et en rebondissements.
Seulement à force d’ouvrir des pistes narratives le deuxième tome pouvait donner au lecteur une impression de confusion . Avec ce troisième tome, le scénariste calme nos inquiétudes et prouve qu’il sait parfaitement où il va. L’intrigue est toujours aussi riche, l’aventure toujours aussi rythmée et farfelue et les révélations se multiplient tout en entretenant une part de mystère. La curiosité du lecteur est stimulée durant tout l’album qui, une fois terminé, donne une furieuse envie de connaître la suite.
C’est avec un grand plaisir qu’on retrouve le travail d’Andreæ qui, avec ses magnifiques couleurs directes, participe grandement au cachet d’Azimut. Son style unique donne vie à un monde baroque au possible parcouru par des personnages burlesques et fourmillant de trouvailles graphiques. A l’aise dans tous les compartiments, le dessinateur a créé un univers à l’esthétique farfelue mais cohérente avec un certain génie. On remarque toutefois que le soin apporté aux détails, notamment en arrière-plan, semble un peu en retrait… mais certainement pas de quoi ternir cette magnifique composition graphique !

Andréae et Lupano sont aux commandes d’une des séries les plus réjouissantes de ces dernières années. Ce troisième tome entame les révélations tout en conservant une large part de mystère au fil d’un récit savoureux et rythmé. Certes, Azimut va dans tous les sens et peu paraître farfelu, mais c’est ce qui fait toute la saveur de cette aventure ubuesque qui touche à des sujets existentiels.

BOB MORANE, Renaissance, T1 : Les Terres rares, de Brunschwig, Ducoudray et Armand, aux éditions Le Lombard, 13,99 € : Bulle d’Argent

bob-morane-renaissance-couv…BOB MORANE, Renaissance, T1 : Les Terres rares, de Brunschwig, Ducoudray et Armand, aux éditions Le Lombard, 13,99 € : Bulle d’Argent

Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand dépoussièrent Bob Morane avec un reboot surprenant. On retrouve les personnages emblématiques de la série au sein d’une intrigue moderne faite de politique, de terrorisme et de haute technologie. Loin de l’image habituelle qu’on a de Bob Morane, c’est un aventurier en construction que nous propose ce tome d’introduction.

Palais de Justice de Paris. Le Lieutenant Robert Morane comparait devant le Tribunal de Grande Instance pour des faits survenus le 9 mai 2012 au Nigéria. Il était alors en mission avec 5 autres soldats à Ibadan afin d’éviter les affrontements entre les Haoussas de confession musulmane et les Yoroubas d’obédience chrétienne. Il répondait aux questions de la journaliste Sophia Zuko lorsqu’un enfant est venu demander de l’aide. Sa famille est menacée par des Haoussas armés de machettes. Alors que les supérieurs de Robert Morane lui ordonnent de ne pas intervenir, le lieutenant, accompagné du sergent William Balantine, sauve la famille du petit garçon in extremis…
Le sort du lieutenant ne fait pas de doute lorsque, en pleine séance, un messager délivre une missive au juge. Un des hommes sauvés par Robert Morane, Kanem Oussman, demande en tant que nouveau président du Nigéria que le Lieutenant soit acquitté. Évincé de l’armée mais libre, Bob Morane part alors en Écosse, rendre visite à Bill Ballantine qui n’a pas eu droit au même traitement de faveur. Pas rancunier, le sergent accepte son emprisonnement. Peu de temps après, Bob Morane est approché par un collaborateur de Kanem Oussman qui lui propose de devenir le conseiller du nouveau président.

Des romans originels d’Henri Vernes, aux différentes adaptations BD, en passant par les dessins animés et autres films, Bob Morane a connu bien des aventures. Après 60 années de bons et loyaux services, le héros a droit à une seconde jeunesse avec Bob Morane, Renaissance. Ce reboot se propose de reprendre les ingrédients fondamentaux de la série pour les placer dans un contexte contemporain (voire légèrement futuriste). On retrouve donc Bob Morane, bien sûr, mais aussi Bill Ballantine, Miss Ylang-Ylang, Sophia Zukor ou l’Ombre Jaune (et certainement d’autres dans les prochains épisodes) ainsi que les liens qui les unissent. En revanche, finies  les adaptations des romans et place à des aventures inédites et neuves. Ce premier tome se présente ainsi comme un préquel, avec un Bob Morane tourmenté, un aventurier en devenir qui n’est pas encore l’homme sûr de lui que l’on connaît. Un parti pris « psychologique » qui pourra déplaire aux fans de longue date mais qui insuffle de la fraîcheur à une série qui tombait peu à peu dans l’oubli.
Bob Morane entre donc de plain-pied dans le XXIe siècle avec une intrigue qui fait la part-belle à la géopolitique, ainsi qu’à des technologies d’anticipation aussi intéressantes qu’inquiétantes. Ce tome d’introduction fait se succéder les scènes d’actions et les séquences plus introspectives ou descriptives dans un rythme appréciable. On peut certes relever une fin un peu poussive, un récit un peu trop policé ou une situation géopolitique peu plausible mais, dans l’ensemble, la lecture est prenante et agréable.
On retrouve avec plaisir le trait réaliste très maîtrisé de Dimitri Armand qu’on a récemment vu dans le très bon Sykes. On le sent à l’aise dans les scènes d’actions comme lors des séquences de dialogues qui bénéficient toutes d’un sens de la mise en scène très cinématographique. Le dessinateur prend également des libertés par rapport à ses prédécesseurs avec des personnages remis au goût du jour et un peu différents de ce qu’on a eu l’habitude de voir. Là aussi, la réinterprétation de l’œuvre originelle a du bon et offre des planches belles et modernes.

Reboot réussi pour Bob Morane qui propose une aventure fraîche et réactualise librement les codes de la série et les dépoussière… n’en déplaise à Henri Vernes ! Avec sa narration millimétrée, son récit prenant, ses très jolies planches et sa réinterprétation rafraîchissante de l’univers originel de la série, Bob Morane, Renaissance a ce qu’il faut pour séduire un nouveau public tout en contentant les fans des premières aventures de l’aventurier (mis à part les plus pointilleux et conservateurs d’entre-eux).

LACRIMA CHRISTI, T1 : L’Alchimiste, de Convard et Falque, aux éditions Glénat, 14,50 € : Bulle d’Or

lacrima-christi-couv…LACRIMA CHRISTI, T1 : L’Alchimiste, de Convard et Falque, aux éditions Glénat, 14,50 € : Bulle d’Or

Avec ce cinquième récit appartenant à l’univers du Triangle secret, Didier Convard continue de nous abreuver d’ouvrages d’aventure ésotérique. Lacrima Christi nous envoie sur les traces des « larmes du Christ », une inquiétante arme biologique. Avec des ingrédients très classiques, les auteurs parviennent à un résultat prenant et efficace.

XIIe siècle, alors que la troisième croisade fait rage, l’incapacité des chrétiens à prendre Saint Jean d’Âcre les oblige à prendre de dures décisions. Le Pape fait appel au célèbre alchimiste Biancofuori pour mettre au point une terrible arme de destruction massive : les larmes du Christ. Seulement, alors qu’il se rend en Terre Sainte avec sa funeste invention, son embarcation sombre suite à une tempête. Pendant, des siècles, les larmes du Christ vont rester intact, au fond des eaux…
De nos jours, Jean Nomane, dit le Rectificateur, tente de mettre la main sur une arme biologique redoutable détenue par le tyran Cho Ihn Kyang. Onze mois plus tôt, une expédition des Gardiens du Sang a permis de récupérer les « larmes du Christ » qui renferment la plus dévastatrice des pestes. Malheureusement pour eux, monsieur Bencivenni les a trahis préférant vendre ce « trésor » au plus offrant. Le pape et son entourage ne sachant comment récupérer le terrible artefact fait appel au Rectificateur afin d’éviter le pire.

Didier Convard se lance dans la cinquième saison du Triangle Secret avec Lacrima Christi. On retrouve l’art du récit ésotérique de l’auteur qui aime à nous plonger dans les secrets (imaginaires) du Vatican. On retrouve donc le Rectificateur, Jean Nomane, assisté de deux compagnons : Karen, une analyste en comportement et Mattéi, un homme à la mémoire absolue et au comportement autistique. Si l’intrigue à base d’espionnage est des plus classiques, Convard tisse un réseau d’intrigues qui convergent vers les larmes du Christ en donnant du rythme à l’ouvrage. On passe ainsi de séquences d’espionnage à des scènes d’action, en passant par des flashbacks plus posés, dans une fluidité appréciable.
Un scénario classique mais efficace, une narration prenante et rythmée… difficile de ne pas se laisser happer par le récit de Lacrima Christi. Certes, ce dernier opus du Triangle Secret parait plus tourné vers l’action et la violence que ses prédécesseurs, mais il explore également de nouvelles pistes. La réflexion sur la religion laisse un peu de place à une réflexion sur l’éthique de la science sur un ton qui n’est pas sans rappeler James Bond. En bon divertissement, Lacrima Christi ne lasse son lecteur à aucun moment, jusqu’au final « coup de poing » qui donne grandement envie de lire la suite !
Après avoir collaboré sur les précédents cycles, Denis Falque est désormais seul au dessin. Les habitués de la série ne seront pas dépaysés et on retrouve le trait réaliste du Triangle Secret. Le découpage est dynamique et la mise en scène rigoureuse. Dommage que le tout semble finalement assez plat et pas toujours agréable à regarder dans le détail (certains personnages notamment). En revanche, les planches consacrées aux flashback sont de véritables réussites.

Lacrima Christi continue la saga du Triangle Secret avec un récit classique mais très bien exécuté qui renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. L’intrigue sur fond d’espionnage tient du déjà-vu mais est contrebalancée par une narration finement ciselée. Sans être magistraux, les dessins réalistes servent bien le récit et sont dans la droite lignée des opus précédents. Que vous soyez amateur du Triangle secret ou, plus simplement, d’aventure, d’Histoire, d’espionnage ou d’ésotérisme, Lacrima Christi se révèle un breuvage de choix !

ARS MAGNA, T1, T2 et T3, d’Alcante et Jovanovic, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle

ars-magna-t3-couv…ARS MAGNA, T1, T2 et T3, d’Alcante et Jovanovic, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle d’Or

Avec Ars Magna, Alcante et Milan Jovanovic ont livré un triptyque d’aventure sur fond de mystère ésotérique et scientifique. Avec sa narration maîtrisé, la série n’a fait que monter en puissance jusqu’au troisième et dernier tome qui vient nous livrer les clefs de l’histoire. Une bien belle oeuvre qui s’inscrit dans la lignée de Da Vinci Code et aurait mérité d’être aussi connue !

1944, Bruxelles. Un résistant force Phillipe Cattoir, un jeune professeur d’Histoire, à le suivre dans sa mission. Grâce au savoir du professeur, les deux hommes parviennent à rejoindre la Grand Place en empruntant un réseau de souterrains en toute discrétion. Une fois sur la place, ils aperçoivent le Führer en personne qui est venu superviser l’avancée des recherches. Ses services sont désormais en possession d’un message qui devrait leur permettre de percer le secret d’Ars Magna, jalousement gardé depuis 1695. Repéré, le duo est pris d’assaut et seul Philippe parvient à s’enfuir par les souterrains.
Difficile pour le professeur d’Histoire de faire quelque chose des informations qu’il a récoltées lors de cette mission, d’autant qu’il est d’un naturel plutôt passif. Recontacté par des résistants et poussé à bout, Philippe décide finalement de mettre son savoir au service de la resistance. Aidé par la jeune Marie il va déchiffrer le message qu’il a intercepté pour mettre la main sur le secret d’Ars Magna avant les nazis. Mais la première énigme en amène à une autre et c’est un véritable jeu de piste qui s’engage. Heureusement, les connaissances en l’Histoire belge de Philippe Cattoir lui donne une certaine longueur d’avance…

Ars Magna emprunte les meilleurs aspects d’oeuvres telles qu’Indiana Jones et Da Vinci code pour un résultat classique mais efficace. C’est dans un Bruxelles très bien reconstitué que le professeur Cattoire tente de résoudre les énigmes qui se présentent à lui. Basées sur des éléments historiques en rapport avec la Belgique ces devinettes permettent de titiller l’esprit de déduction du lecteur avec moult anecdotes et détails. Forcément un peu « tiré par les cheveux » le jeu de piste est tout de même savoureux et ludique d’autant qu’il est intégré à une aventure dynamique et prenante. Entre deux phases de réflexion, Philippe Cattoire et Marie font leur possible pour échapper aux nazis qui sont à leurs trousses. Un mélange réussi qui amène un peu d’esprit dans un récit qui ne manque pas de rythme et d’action.
Forcément avec ce type d’oeuvres, les lecteurs pointilleux pourront tiquer face à certaines ficelles un peu alambiquées ou certains faits historiques un peu malmenés. Comme les oeuvres qui l’ont influencé, Ars Magna est un divertissement grand public qui joue avec les attentes du lecteur. On se prend rapidement au jeu d’autant qu’Alcante aime à nous esquisser quelques fausses pistes avant de nous donner la clé du mystère. Habilement, l’auteur nous dévoile le secret d’Ars Magna au début du tome 3 pour se recentrer sur les enjeux des personnages et faire monter la tension. Un dernier tome qui amène une conclusion surprenante et bien trouvée. La seule ombre au tableau réside dans les dernières planches sous forme d’épilogue qui accumulent les clichés et n’apportent pas grand chose à l’oeuvre.
Milan Jovanovic met superbement en image cette histoire avec un trait ligne claire réaliste et un sens aiguisé du détail. Chaque élément est à sa place, Bruxelles paraît plus vraie que nature et les personnages sont toujours très bien croqués. On prend donc un grand plaisir à parcourir les pages du triptyque d’autant plus que les couleurs de Scarlett Mukowski installent sans peine des ambiances très marquées. Techniquement impressionnant, Ars Magna a de quoi séduire de très nombreux lecteurs.

Certes, Ars Magna est très influencé par ses (illustres) modèles … mais il concocte sa propre recette qui est très efficace. Avec son intrigue prenante, son récit mené tambour battant et ses planches impeccables, ce triptyque propose une aventure réjouissante teintée de mystère. Le mélange entre science, ésotérisme, faits historiques et détails architecturaux fonctionne toujours aussi bien et nos questions trouvent toutes une réponse… très surprenante ! Pour peu qu’on ne recherche pas l’exactitude historique, Ars Magna est un divertissement tout public intéressant et prenant.

 

LE BARON FOU, T1, de Rodolphe et Faure, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Bronze

baron-fou-couv…LE BARON FOU, T1, de Rodolphe et Faure, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Bronze

Rodolphe s’associe à Faure pour nous narrer l’histoire (romancée) de Roman Von Ungern-Sternberg qui tenta de rétablir l’empire Mongol pour devenir le nouveau Gengis Khan. Réputé pour être cruel et sans pitié, il a été surnommé le baron fou. Un personnage atypique qu’on apprend à connaître au fil des pages et des batailles. 

1954, Hembley, dans le Kent. Lorsqu’une cartomancienne montre à Elisabeth Von Ruppert un as de pique, cette dernière replonge dans ses souvenirs. Elle décide alors de raconter à sa fille comment elle a rencontré, plus de 30 ans plus tôt, le baron Roman Von Ungern-Sternberg, dit le baron fou.
En 1920, Elisabeth partait à la recherche de son mari allemand capturé par les Russes. Elle prit un train protégé par l’armée blanche pour retrouver son époux forcé de devenir chirurgien dans les rangs de l’armée du général Khorvat. Seulement, le train fut rapidement attaqué par des cavaliers mongols sous les ordres du baron Von Ungern-Sternberg. L’homme s’empara du train et força Elisabeth à le suivre. Elle apprit peu à peu à connaître cet homme hors normes qui rêvait de rétablir le grand empire Mongol.

Rodolphe et Michel Faure dressent le portrait d’un personnage historique singulier que les lecteurs d’Hugo Pratt ont déjà croisé dans Corto Maltese en Sibérie. On découvre ici cet homme aux folles ambitions à travers les yeux d’une anglaise (fictive) qui aurait suivi, bien malgré elle, les pas du baron fou. On voit alors tout le talent de ce chef de guerre au fil de batailles aux accents épiques, on assiste à sa cruauté et sa folie mais on perçoit également en lui une part d’humanité. Loin de l’image d’un commandant dénié de tout sentiment qu’a retenue l’histoire, Le Baron fou nous montre un personnage complexe, certes féroce, mais aussi charismatique et superstitieux.
Le contexte historique est plutôt complexe (les tsaristes affrontaient alors les bolchéviks), l’album se révèle être une lecture dense mais agréable et simple d’accès. On parcourt les contrées de l’Oural au rythme de différents événements. Les moments épiques succèdent à des épisodes plus portés sur les émotions et la tension. Le tout se déroule dans une certaine fluidité mais le traitement assez superficiel de certains événements peut leur donner un aspect anecdotique. De plus, la narration se révèle finalement des plus classiques et donne l’impression d’être face à une bd « à l’ancienne ».
Graphiquement, le constat est assez similaire. Les dessins de Michel Faure ont un aspect très classique mais on voit rapidement qu’ils ont également une forte personnalité. Son trait à la fois élégant et instinctif donne vie à des personnages très expressifs. La mise en scène bénéficie d’un jeu de cadrages très maîtrisé et les paysages sont magnifiés par des couleurs directes à l’intensité remarquable. Toutefois, ce parti pris graphique est très particulier et risque de ne pas plaire à tout le monde.

Le Baron Fou se révèle être un agréable mélange entre aventure et récit historique. On (re)découvre un personnage unique sous un angle qui nous le rend plus humain grâce à des planches à l’aspect très pictural. L’album risque toutefois de rebuter les réfractaires à la bande dessinée « vieille école », tant par sa narration que par son aspect graphique.

Guillaume Wychowanok

L’ÎLE DES JUSTES, Corse, été 42, de Piatzszek et Espé, aux éditions Glénat, 18,50 € : Bulle d’Argent

ile-des-justes-couv…L’ÎLE DES JUSTES, Corse, été 42, de Piatzszek et Espé, aux éditions Glénat, 18,50 € : Bulle d’Argent

Avec L’Île des justes, Stéphane Piatzszek et Espé rendent hommage au peuple corse qui a redoublé d’effort pour protéger les juifs en exil pendant la Seconde Guerre mondiale. Une fiction ancrée dans un contexte historique bien réel, une histoire touchante qui magnifie la solidarité face à l’adversité.

Marseille. Été 42, alors que la France est occupée. Henri et Suzanne Cohen sont prêts à fuir la ville en compagnie de Sacha, leur jeune fils. Leur but est de rejoindre la Corse pour ensuite se rendre en Palestine. Leur départ est finalement précipité lorsqu’une rafle a lieu dans leur rue. Henri est arrêté et Suzanne et son fils iront seuls sur l’île de beauté.
Dès son arrivée sur l’île, Suzanne est arrêtée alors que Sacha est mis à l’abri par les Corses. Elle parvient finalement à prendre la fuite et à rejoindre le village de Canari où le prêtre local a protégé son fils. Les jours s’éclaircissent alors pour Sacha et sa mère qui se sentent en sécurité dans le vieux moulin prêté par le prêtre. Mais les beaux jours prennent fin lorsqu’ils sont dénoncés au nouveau préfet de l’île par une lettre anonyme… Heureusement, ce dernier ne fait pas une priorité de la traque des juifs.

Alors que les œuvres sur la Seconde Guerre mondiale sont nombreuses, les efforts des Corses pour enrayer la déportation des juifs réfugiés ou résidants sur l’île de beauté sont assez méconnus du grand public. Stéphane Piatzszek et Espé, participent à corriger le tir avec L’Île des Justes. L’histoire romanesque de Suzanne Cohen que les auteurs nous narrent montre par l’exemple la réalité historique de la Corse pendant l’Occupation.
Dès l’arrivée de la mère et du fils sur l’île de beauté, on ressent la tension que cachent les paysages ensoleillés des lieux. Une atmosphère oppressante que vient enrayer la bienveillance émouvante (de la plupart) des habitants de l’île. On est saisi par cette solidarité quasi-inconditionnelle et pourtant, le récit ne sombre pas dans le pathos larmoyant et propose une vision nuancée. Les personnages sont d’ailleurs dépeints dans cet état d’esprit : simpliste aux premiers abords, leur psychologie recèle une part d’ombre et de secret. La tension et la force de l’album ne retombent qu’à la fin de l’album qui semble un peu expédiée…
Graphiquement, Espé propose un travail soigné et très réussi. Son trait semi-réaliste n’est pas sans rappeler Il était une fois en France, avec des personnages tous plus expressifs les uns que les autres. Les décors ont également droit à un traitement de choix et restituent parfaitement l’ambiance inimitable des paysages de la Corse. La colorisation d’Irène Häfliger qui joue des contrastes et fait la part belle aux couleurs chaudes et lumineuses aide d’ailleurs à installer cette atmosphère unique.

Sorti pour le soixante-dixième anniversaire de la Libération, L’Île des Justes nous raconte avec justesse le rôle méconnu des Corses pendant l’Occupation. Un récit romanesque qui nous fait vivre avec émotion des événements de la Seconde Guerre mondiale sans trop en faire. L’intrigue est magnifiée par le dessin d’Espé et ne souffre que d’une fin un peu trop expéditive. Un one shot qui a de quoi attirer à la fois les adeptes de récits historiques et les amateurs d’histoires touchantes et émouvantes.

Guillaume Wychowanok

LA PEUR GEANTE, T2 : L’Ennemi des profondeurs, de Lapière et Reynès, adapté de Stephan Wul, aux éditions Ankama, 13,90 € : Bulle de Bronze

peur-geante-t2-couv…LA PEUR GEANTE, T2 : L’Ennemi des profondeurs, de Lapière et Reynès, adapté de Stephan Wul, aux éditions Ankama, 13,90 € : Bulle de Bronze

Ankama adapte un à un les récits de science fiction de l’auteur Stefan Wul. Élaboré par Denis Lapière et Mathieu Reynès, auteurs d’Alter Ego, La Peur Géante tient le rôle du récit d’anticipation catastrophique. Après un premier tome grand spectacle et très dynamique, ce deuxième opus ralentit le rythme de croisière pour nous en apprendre plus sur la menace Torpède. 

Résumé du tome 1 : An 2157. Bruno Daix, un nageur dans l’armée, compte bien profiter pleinement de ses congés. Seulement, juste après qu’il a fait quelques brasses, Driss, son supérieur, lui  demande de se rendre dans le Pacifique nord pour une mission de la plus haute importance. Il est chargé d’enquêter sur un phénomène inquiétant : les propriétés de l’eau ont été modifiées et celle-ci ne peut plus geler ou s’évaporer. Les glaciers fondent à vitesse grand V et d’énormes tsunamis risquent de frapper les côtes.
Bruno, attend alors son vol à l’aéroport d’Oran où il aborde, un peu maladroitement, une spécialiste des langages anciens, Kou-Sien Tchei. Mais ils n’auront pas le temps de faire plus ample connaissance : Bruno reçoit un appel urgent de Driss. La fonte des glaciers devait se faire en quelques mois et il n’aura fallu en réalité que quelques heures pour que la glace planétaire fonde. Bruno emmène Kou-Sien dans le premier taxi qu’il voit pour échapper à l’immense vague qui frappe l’aéroport quelques secondes plus tard.

La Peur Géante se présente comme un récit d’anticipation catastrophe à grand spectacle qui ne laisse pas le temps de reprendre son souffle. On est rapidement placé face à la submersion des côtes et on récolte peu à peu des indices sur ce qui a bien pu se passer. Le scénario de Stefan Wul qui était visionnaire avec cette histoire de fonte des glace, est plus que jamais d’actualité,  mais, en l’adaptant, Denis Lapière a eu la bonne idée d’actualiser cet univers pour le rendre un peu plus plausible. Il garde toutefois les ingrédients principaux tels que les changements des propriétés physiques de l’eau et l’existence d’une étrange espèce marine, pour garder l’essence et le sel du récit original. Dynamique, truffé de rebondissements et de mystères, le premier tome se révèle spectaculaire, même si l’angoisse qui aurait pu se dégager d’une telle catastrophe n’est pas vraiment palpable. Bref, ce tome se dévore comme un blockbuster hollywoodien mâtiné de série B.
Les planches de Mathieu Reynès confirment d’ailleurs ce constat. Les cases du dessinateur en mettent plein la vue avec des plans chocs de zones urbaines submergées, une mise en scène quasi hollywoodienne et un trait très propre. Les coloristes ont également travaillé dans ce sens avec d’impressionnants effets de lumière et de transparence. Cependant, comme dans les blockbusters, le spectaculaire prend le pas sur la tension, et on assiste à des scènes de chaos avec un regard d’enfant émerveillé.
En prenant le parti de se concentrer sur l’action, les auteurs de la Peur Géante nous proposaient une lecture sans baisse de rythme, qui nous faisait découvrir une catastrophe aux causes mystérieuses et originales. Une adaptation libre et efficace du roman de Stefan Wul, qui se montrait sans prise de tête…

Attention ! Pour ceux qui n’ont pas encore lu le premier tome, le paragraphe qui suit contient des spoilers.

Trois mois après la vague de tsunamis, l’humanité s’organise comme elle peut. L’armée fait son possible pour analyser les Torpèdes, ces créatures qui semblent avoir planifié l’extinction de l’Homme. Heureusement, plusieurs pistes ont été trouvées : Kou-Sien commence à percer le mystère de leurs communications et l’armée a mis au point des machines de guerre capables de contrecarrer leurs attaques électriques. Ils n’ont cependant pas beaucoup de temps devant eux, car dehors les gens meurent peu à peu de faim et de soif.

Dans les grandes lignes, ce deuxième tome s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Seulement, le rythme est bien moins soutenu, et là où le premier tome nous baladait de surprise en surprise, ce deuxième tome est assez avare en révélation. Cela s’explique principalement par le changement de format de la série : il ne s’agit plus d’un diptyque mais d’une trilogie. Du coup, l’auteur, ayant plus de pages pour s’exprimer, en profite pour s’attarder sur les conséquences de la catastrophe, sur les coulisses de la contre-attaque… un ton qui tranche vraiment avec celui du premier tome. L’impression de patiner se fait sentir. De son côté le dessin de Reynès est toujours aussi soigné et spectaculaire avec notamment de hauts lieux parisiens submergés.

Le passage du diptyque à la trilogie ne se fait pas sans heurt pour La Peur Géante. L’aspect plus posé et explicatif de ce deuxième tome ne nous épargne pas quelques longueurs bien que cela permette sans doute d’éviter une trop grande rapidité du récit. On attend donc avec impatience le troisième tome qui devrait nous immerger de nouveau dans une ambiance de guerre spectaculaire.

Guillaume Wychowanok

UN HOMME DE JOIE, T1 : La ville monstre, de Hautière et François aux éditions Casterman, 13,95 € : Bulle d’Or

homme-de-joie-couv…UN HOMME DE JOIE, T1 : La ville monstre, de Hautière et François aux éditions Casterman, 13,95 € : Bulle d’Or

Après avoir œuvré sur De briques et de sang, Régis Hautière et David François reviennent avec le premier tome d’Un Homme de Joie, prévu pour être un diptyque. Ils nous emmènent, cette fois-ci, dans le New York des années 30 où Sacha tente de survivre comme il le peut. Seulement, suite au krach de 1929, la situation économique n’est pas vraiment favorable à la réussite sociale… 

En quête d’un avenir plus favorable et tout simplement pour survivre, Sacha a quitté son Ukraine natale pour rejoindre les États-Unis. Après avoir passé avec succès l’inévitable étape Ellis Island et son avalanche de questions, il foule enfin le sol new-yorkais, 50 dollars en poche. Il se rend alors chez son cousin Pavlo, histoire d’avoir un endroit où dormir le temps de trouver du travail. Mais la femme de son cousin, a déjà trop de bouches à nourrir et ne l’entend pas de cette oreille… Heureusement, il trouve finalement un logement de fortune au dernier étage d’un immeuble que l’ancienne propriétaire a légué à ses chiens.
Sacha se met alors en quête d’un travail, mais les prétendants sont beaucoup plus nombreux que les élus. Un soir, alors qu’il promène un des chiens de son immeuble, le jeune immigré sauve, involontairement, la vie de Tonio, une petite frappe de New York… Pour le remercier, le mafieux lui offre un premier travail sur le chantier d’un building. Sacha gagne ses premiers dollars, pas de quoi rouler sur l’or, mais lorsqu’il recroise Tonio, ce dernier lui propose de faire des extras, de nuit…

A première vue, ce premier tome d’Un homme de joie propose une intrigue très classique : un immigré des pays de l’Est tente de faire son trou dans la grosse pomme et finit par fricoter avec les milieux mafieux pour engranger quelques dollars supplémentaires. Seulement, cet album le fait de bien belle manière. Le récit très fluide ne traine jamais en longueur et nous plonge quasi-instantanément dans le New York des années 30. Sacha parait bien démuni pour faire face à sa nouvelle ville et accepte sa condition sans se plaindre. Avec son caractère très passif, pas étonnant qu’il se laisse embarquer dans des affaires louches sans poser de question. Si le personnage principal peu paraitre un peu trop atone, Un homme de joie propose une galerie de personnages secondaires réjouissante avec Lafayette, l’équilibriste reconverti en ouvrier du bâtiment dévasté par la culpabilité ou encore les jumelles Magda et Léna, filles de joie au caractère bien trempé. Et chacun de ces personnages à sa part de mystère, un parcours sinueux à cacher.
Le récit fait donc la part belle aux visages qui composent la ville qui ne dort jamais, autre personnage fondamentale du récit. Mais le véritable point fort de l’album est sa capacité à restituer les différentes atmosphères de cette ville. On découvre les quartiers les plus poisseux qui côtoient les établissements les plus luxueux, on étouffe au pied des immenses buildings et on croit voler lorsqu’on surplombe la ville.
Et ce travail sur les ambiances est parfaitement servi par le dessin et les couleurs de David François. Son trait d’apparence brumeuse recèle un foisonnement de détails impressionnants. Les planches sont subtiles, ornées de coups de pinceaux et d’encre de chine et donnent vie à un New York fantasmé, à son architecture moderne qui tutoie le ciel. L’attention portée à la mise en couleur permet d’installer l’atmosphère envoutante, mystérieuse et tentatrice de la ville.  Et s’il s’agit d’un album à ambiances, le dynamisme est aussi au rendez-vous, et il suffit de regarder le saut périlleux que réalise Lafayette au sommet d’un vertigineux building pour s’en convaincre. Les cadrages sont maîtrisés à la perfection et permettent de restituer le jeu des faux-semblants qui s’incarne dans les relations entre les différents personnages. À ce titre, la dernière planche de l’album est tout simplement à couper le souffle.

D’apparence classique, Un homme de joie se révèle être un album à ambiances très réussi. La narration très maîtrisée nous fait vivre des situations inattendues et sa mise en scène habile se joue de nos perceptions pour mieux nous surprendre. À tout cela s’ajoute une partition graphique sensible et majestueuse qui fait de cet album une véritable pépite. Suite et fin de cet envoûtant voyage dans le second tome !

Guillaume Wychowanok

CENTAURUS, T1 : Terre Promise, de Léo, Rodolphe et Janjetov aux éditions Delcourt, 12 € : Bulle d’Argent

centaurus-t1-couv…CENTAURUS, T1 : Terre Promise, de Léo, Rodolphe et Janjetov aux éditions Delcourt, 12 € : Bulle d’Argent

Après Kenya et Namibia, le duo Rodolphe/Léo revient, cette fois-ci secondé par Zoran Janjetov au dessin (qui a déjà œuvré sur Avant l’Incal et Les Technopères). De la collaboration de ce trio de choc résulte Centaurus, une série SF qui ne brille pas par son originalité mais qui fait preuve d’une grande maîtrise des codes du 9eme art.

Il y a 400 ans, un immense vaisseau monde quittait la terre atone et exsangue. A son bord, les derniers survivants de l’humanité parcourent l’univers à la recherche d’une planète habitable. Le vaisseau tubulaire simule la gravité et le grand public ne sait rien de cette expédition. Certains se doutent toutefois que ce monde est artificiel et les jumelles, Joy et June, sont de ceux-là. Lorsqu’on connait leurs extraordinaires talents, cela n’a rien d’étonnant : June a beau être aveugle, elle a la capacité de communiquer par la pensée…
Après avoir assisté à un combat entre Bram, un homme bien charpenté mais un peu bas du front, et un ours, une jeune femme vient leur faire une annonce surprenante : elles sont invitées à se rendre à la capitale pour parler des étranges dessins de June… Elles acceptent à la condition d’être accompagnées par Bram.
Une fois sur place, le gouvernement leur explique la vérité de la situation, de ce vaisseau mère et de son but. Ces informations n’étonnent que Bram mais une autre annonce les interpelle : Vera, un satellite d’une étoile proche, serait habitable ! Les jumelles et Bram feront partie de l’équipe de reconnaissance. Sur place ils vont découvrir un monde nouveau.

Avec Rodolphe et Léo aux commandes du scénario, on se doute que Centaurus a un fort potentiel. Lorsqu’on découvre l’intrigue principale, on se dit pourtant qu’on est en face d’un album qui reprend des thèmes SF déjà vus. Mais on voit rapidement que Léo et Rodolphe évitent la redite grâce à leur style narratif. On suit ce groupe de héros hétéroclites, on découvre avec eux la réalité de leur monde puis on les suit dans leurs périlleuses aventures.
Les habitués des œuvres du duo ne seront pas vraiment dépaysés, mais il est évident que les auteurs maîtrisent leur sujet. Le récit est fluide, clair et bien construit. On sait où l’on va et on ne se perd pas dans des envolées SF trop délirantes ou obscures. Toutefois, Rodolphe et Léo entretiennent le suspens en esquissant des événements inquiétants à venir. Centaurus est donc une lecture très agréable qui baigne dans un univers SF riche qui porte la marque de Léo.
Le dessin réaliste de Zoran Janjetov est clairement influencé par les précédentes œuvres de Léo et il suffit de regarder la faune qui peuple Véra pour s’en convaincre. Le résultat est assez agréable et les personnages, les décors, les bêtes et autres vaisseaux spatiaux sont croqués avec un talent, dans un style assez épuré. Certains détails, telles que les ombres, mériteraient toutefois plus d’attention, car en l’état ils gâchent certaines cases.

Certes Centaurus ne surprendra ni les habitués des œuvres de Léo, ni les férus de SF, pourtant le plaisir de lecture est bien là. Grâce à une mise en scène et un récit maîtrisé, cet album nous embarque dans son univers sans qu’on ait envie de résister. Avec ce premier tome introductif prenant, on attend forcément la suite de pied ferme.

Guillaume Wychowanok