Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

harmony_t1_couv…Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

C’est en auteur complet que Mathieu Reynès signe sa dernière création : Harmony, annoncé comme une saga fantastique. On y fait la connaissance d’une jeune fille amnésique, emprisonnée dans une cave elle ne trouve aucune réponse à ses questions. Progressivement, elle va découvrir ses étranges capacités…

Quand elle se réveille alitée dans une cave, Harmony n’a aucun souvenir. Sa vie passée et ce lieu lui sont totalement inconnus… Mais la jeune fille trop faible perd conscience écourtant ce moment de panique. Lorsqu’elle s’éveille de nouveau, l’adolescente remarque qu’on lui a laissé de quoi se nourrir. Elle fait alors la connaissance de son geôlier, Nita, un homme bien charpenté qui semble la connaître. Au fil de ses passages, il ne donne que très peu de réponses aux questions que se pose Harmony, tout juste lui dit-il qu’il est là pour prendre soin d’elle et qu’elle n’a pas à s’inquiéter.
Les paroles de Nita n’apaisent pas vraiment l’esprit de la jeune Harmony. Enfermée dans cette cave, elle ne cesse de chercher des réponses à ses questions et, parfois, elle entend une voix qui semble communiquer avec-elle comme par télépathie. Cela ne pourrait être que les premiers signes de la folie, mais lorsqu’Harmony découvre qu’elle peut bouger les objets qui l’entourent par ses seules pensées, elle comprend que la vérité est bien plus complexe…

Si Harmony s’annonce comme une saga fantastique, ce premier tome entame l’aventure à la manière d’un thriller. Le lecteur et l’héroïne de l’album sont confrontés à de nombreux mystères qu’ils voudraient percer. Un parti pris qui entretient l’intérêt du lecteur d’autant plus que l’auteur a construit un univers qui mêle subtilement fantastique, fantasy et science-fiction… Un mélange plaisant et déroutant que la narration esquisse habilement  en brouillant les pistes. Les  bases de l’intrigue et de l’univers sont introduites par touche et de manière assez floue pour que le suspens reste intact… jusqu’à la fin du tome.
Une fois Memento terminé, la quasi-totalité des questions restent en suspend. Qui est-elle ? Comment s’est-elle retrouvée dans cette cave ? D’où lui viennent ces pouvoirs ? Qui est ce Nita ? Il faudra lire les prochains opus pour le savoir, ce premier tome ne servant finalement que d’introduction à la série. Le plaisir de lecture est pourtant là et, bien que les débuts soient assez lents, le récit joue avec les ambiances et les tonalités pour un résultat très immersif. Prenant, ce premier tome peut également se révéler frustrant tant il est rapide à lire et avare en révélation… mais avec son univers attrayant et ses éléments intrigant, Harmony a de quoi devenir une très bonne saga fantastique.
Le dessin de Mathieu Reynès colle parfaitement au ton grand public de la série : si le trait est accessible, les planches sont assez travaillées pour séduire les lecteur les plus exigeants. On retrouve la pâte du dessinateur dans les différents personnages expressifs et dynamiques (qui rappellent le travail de Reynès dans Alter Ego) dans des cases aux allures cinématographiques. L’aspect propre et informatique pourra refroidir les puristes mais les planches paraissent vivantes grâce au dynamisme du trait et à la modernité du découpage.

Mathieu Reynès joue la carte du suspens et du mystère à fond… au point qu’il est difficile de se prononcer sur Harmony avec ce seul premier tome. Memento est toutefois un album plaisant qui présente un univers intriguant avec une narration moderne et maîtrisée. Les bases désormais plantées, espérons que  les prochains opus de Harmony sauront exploiter toutes les bonnes idées esquissées jusqu’ici !

Melvile, T2 : L’Histoire de Saul Miller, de Romain Renard, aux éditions Le Lombard, 22,50 € : Bulle d’Argent

melvile-t2-couv…Melvile, T2 : L’Histoire de Saul Miller, de Romain Renard, aux éditions Le Lombard, 22,50 € : Bulle d’Argent

Romain Renard nous présente un deuxième habitant de sa ville à l’univers « lynchien » : Melvile. Ce deuxième tome nous conte l’histoire de ce quinquagénaire retraité de l’université qu’une malheureuse rencontre va obséder. Une histoire complète à l’atmosphère pesante qui s’inscrit dans un projet complet.

Pour les habitants du coin, Saul Miller c’est « le prof », l’intellectuel de Melvile. Cet astrophysicien cinquantenaire est revenu vivre dans la maison de son enfance depuis qu’il est à la retraite. Il vit isolé dans les bois et rend régulièrement visite à un couple d’amis qui réside à quelques kilomètres de là. Il accueille régulièrement Mia, la jeune fille de Paz, une serveuse du bar de Melvile avec qui Saul partage un peu plus que de l’amitié. Pour le reste, le retraité tient à sa tranquillité et vit à l’écart des autres personnes.
Un soir, Saul aperçoit un 4×4 qui stationne devant sa maison. En s’approchant, il voit que deux chasseurs tentent de prendre le chemin qu’il a condamné. Les chasseurs expliquent à Saul que ce passage leur ferait gagner deux précieuses heures, mais l’homme ne veut rien savoir : ils ne passeront pas par ce chemin. S’ensuit une discussion houleuse qui va chambouler le retraité. Cette altercation va obséder Saul et l’obliger à se remémorer son passé…

Comme le premier tome, l’Histoire de Saul Miller est un récit complet qui se concentre sur un habitant de cette étrange ville qu’est Melvile. Là-bas, l’isolement est palpable et chacun est mis face à la vérité de son existence. Saul est justement rattrapé par son passé qui lui est rappelé par une bande de chasseurs inquiétants. Les faces à faces tendus et réguliers vont obséder l’astrophysicien qui sombre peu à peu dans la paranoïa et la folie. Le récit se teinte peu à peu de fantastique sans jamais y céder totalement. S’installe ainsi une ambiance pesante où tout est suspendu jusqu’à l’inévitable explosion finale.
Dans Melvile, les habitués des films de David lynch naviguent en terrain connu et retrouvent une atmosphère si puissante et particulière. La narration volontairement traînante prend le temps d’installer son histoire, ses personnages et son ambiance pour mieux happer le lecteur dans son univers. Une fois immergé, difficile de se sortir de cet album qui joue avec nos nerfs. Le lecteur aguerri pourra regretter une fin un peu attendue et une intrigue finalement assez classique, mais rien que pour son atmosphère, L’Histoire de Saul Miller vaut le détour.
Romain Renard a élaborée une technique hybride qui confère à Melvile une véritable identité visuelle. Les planches aux teintes sépia très travaillées multiplient les jeux de lumières et semblent baigner dans un climat brumeux et éblouissant. Les personnages quoiqu’un peu rigides, sont assez expressifs et donnent vie à ce récit où la tension est avant tout psychologique. Avec ses dessins si singuliers et son sens de la mise en scène, Renard embarque sans peine le lecteur dans son univers à la limite du fantastique.

L’Histoire de Saul Miller confirme le talent de Romain Renard qui a construit avec Melvile un univers frissonnant où la folie tutoie le fantastique. Immersif et prenant au possible, ce thriller manque juste un peu de surprise pour se révéler exceptionnel. Mais pour ceux qui aiment les récits puissants et les ambiances de plomb, Melvile est une série à ne pas manquer… D’ailleurs pour approfondir cette expérience, une application permet d’accéder à des accompagnements sonores, des musiques et d’autres documents … Des bonus bienvenus qui viennent enrichir un univers cohérent.

LES TOURBIERES NOIRES, de Christophe Bec, aux éditions Glénat, 14,95 € : Boooffff

tourbieres-noires-couv…LES TOURBIERES NOIRES, de Christophe Bec, aux éditions Glénat, 14,95 € : Boooffff

Pour son retour en tant qu’auteur complet, Christophe Bec propose une libre interprétation d’un conte de Maupassant. Les Tourbières noires se pose comme un album horrifique où la frontière entre fantastique et folie est ténue. Une ambiance forte qui ne parvient pas à dissimuler les facilités scénaristiques de ce one-shot.

Antoine, un jeune photographe, est venu dans la région des monts d’Aubrac afin de prendre des clichés des tourbières de la région. Plongé dans sa contemplation du paysage, il n’a pas vu la nuit et le brouillard s’installer. Perdu dans cette purée de pois, il aperçoit un petit gîte qui pourrait lui servir de refuge. L’accueil du propriétaire des lieux, qui ouvre sa porte le fusil à l’épaule, n’est pas pour vraiment pour rassurer Antoine …
Dans une ambiance de plomb, le photographe fait rapidement  connaissance avec Baptiste et Mélodie, sa jeune et jolie fille, qui lui offrent le gîte pour la nuitée. Le père parait très agité et semble guetter les abords de sa propriété avec anxiété. Persuadé que l’homme est fou, Antoine part se coucher en espérant trouver le sommeil au plus vite. Cependant, quelques temps plus tard, Mélodie surgit dans la chambre du photographe en tenue légère. Antoine est sur le point de passer une longue nuit…

De l’oeuvre originelle de Maupassant, Bec ne garde que le thème principal, l’ambiance et la structure générale, tout en réinterprétant le contexte du récit. Un choix audacieux qui prend forme dans les premières planches réussies de l’album. Après un rapide préquel, on suit le jeune Antoine avec en fond, une voix off qui emprunte les mots de Guy de Maupassant. Si la prose peut paraître un peu anachronique, on se laisse happer par l’ambiance froide et les paysages de l’Aubrac. La tension monte jusqu’à arriver à un inquiétant huis clos. C’est à partir de ce moment que le récit se gâte…
Une fois les bases du huis clos installées, difficile d’être surpris par Les Tourbières Noires. Le scénario repose sur des ficelles qui paraissent bien faciles et on a parfois l’impression que l’auteur fait des appels du pied un peu trop appuyé. Tout cela ajouté aux répliques parfois bancales, aux événements inutiles et à l’érotisme facile fait oublier l’ambiance pourtant habilement installée dans la première partie du one-shot. Alors que le jeu entre folie et fantastique paraît intéressant, le manque de suspens dû aux  procédés scénaristiques évidents met à mal le plaisir de lecture.
Au dessin, Bec montre toutefois qu’il n’a rien perdu de son talent. Son trait réaliste et ses couleurs sombres magnifient les paysages de l’Aubrac . Les cadrages dynamiques, les couleurs sombres et les jeux de lumière installent parfaitement l’atmosphère angoissante de l’album. Graphiquement, le résultat est très réussi mais ne parvient pas à masquer les maladresses de l’intrigue.

Pour son retour en tant qu’auteur complet Bec assure une partition graphique réjouissante mais pêche un peu côté scénario. Cette adaptation très libre du conte de Maupassant parait trop conventionnelle pour surprendre le lecteur qui voit la promesse d’un récit horrifique s’éloigner peu à peu. La lecture des Tourbières Noires est d’autant plus frustrante qu’une ambiance angoissante et de très belles planches sont au rendez-vous.

…LE CHANT DES RUNES, T1 : La première peau, de Runberg et Poupard, aux éditions Glénat, 13,90€ : Bulle d’Argent

chant-des-runes-couv…LE CHANT DES RUNES, T1 : La première peau, de Runberg et Poupard, aux éditions Glénat, 13,90€ : Bulle d’Argent

Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard ont concocté, avec Le chant des Runes, un thriller nordique mâtiné de fantastique. Deux enquêteurs y font leur possible pour élucider l’affaire de la disparition d’Anna Thorqvist, la pop star la plus célèbre de Suède… Pour ce faire, ils vont devoir faire preuve d’une grande ouverture d’esprit et sortir des sentiers battus.

Stockholm, le 20 février 2016. C’est l’heure de la répétition pour les participants de PopMaster qui débutera le lendemain soir. C’est justement au tour de la favorite, Anna Thorqvist, de faire son tour d’essai… mais la jeune femme est en retard. Agacée par ce contretemps, son agent décide de rentrer dans sa loge et fait une inquiétante découverte : la jeune chanteuse semble avoir disparu et les murs de sa loge laissent apparaître d’étranges inscriptions sanguinolentes. Les enquêtrices Eva et Thérèse sont envoyées sur place afin de résoudre cette affaire au plus vite et en toute discrétion.
Dans de telles circonstances, Eva et Thérèse pensent forcément aux pistes habituelles : disparition volontaire afin de susciter le « buzz », jalousie de la part de la principale rivale. vengeance de l’ancien agent…  Alors qu’elles pensent être sur la bonne piste, les deux détectives se ravisent rapidement en apprenant qu’une concurrente d’Anna a disparu dans les mêmes circonstances, avec les mêmes runes de sang inscrites sur les murs. Que peuvent donc bien signifier ces inscriptions vikings ?

Le thriller nordique n’a plus de secret pour Sylvain Runberg qui est  aux commandes de la série incontournable Millénium. L’auteur préserve ainsi l’approche froide et glauque de cette dernière mais en y ajoutant une touche de fantastique. Pourtant, mis à part les inscriptions runiques, rien ne laisse présager, dans la première partie de l’album, le  tournant surnaturel que prend le récit. On cerne progressivement les personnalités des protagonistes au fil des dialogues et des passages mettant en scène leur quotidien de façon réaliste. Un début d’enquête assez classique qui prend toute son envergure lors de l’apparition d’un  archéologue qui semble savoir ce que signifie ces runes vikings.
Bien que le pitch du Chant des runes ne soit pas ce qu’on a vu de plus original ces derniers temps, Runberg parvient sans peine à nous happer dans une ambiance sombre et glaçante. En entrecoupant l’intrigue principal de scènes fortes qui ont de quoi faire frissonner le lecteur. Le suspens est savamment entretenu dans ce récit qui multiplie les fausses pistes jusqu’à un final étonnant qui dévoile la part fantastique de cette histoire… et donne furieusement envie de lire la suite de l’aventure.
Le trait réaliste de Jean-Charles Poupard sied parfaitement au récit et à son ambiance. Les personnages sont expressifs et les décors font l’objet d’une attention particulière. Bien que le tout puisse paraître un peu sage, on est face à une partition graphique très efficace qui plonge quasi-instantanément le lecteur dans son ambiance sordide. On peut également remarquer les couleurs de Johann Corgié qui effectue un travail sur l’atmosphère de l’album avec un jeu de lumière omniprésent qui parait parfois un peu trop informatique.

Le chant des runes s’annonce comme un thriller nordique des plus prenants, bien que ce premier tome, très introductif, ne laisse filtrer que très peu d’informations concernant sa part fantastique. Prenant et assez rythmé, La première peau débouche sur une dernière scène « coup de poing » qui donne furieusement envie de lire la suite. Un début prometteur donc pour le Chant des Runes, dont la première enquête est annoncée en deux tomes.

YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

yin-et-le-dragon-couv…YIN ET LE DRAGON, T1 : Créatures célestes de Marazano et Xu Yao aux éditions Rue de Sèvres, 14 € : Bulle de Bronze

Alors que le troisième tome du Monde de Milo vient de paraître, Richard Marazano publie le premier tome de sa série tout public à l’univers asiatique : Yin et le Dragon. On y suit la route de Yin, une petite fille chinoise élevée par son grand-père qui va faire une rencontre inattendue… Un conte fantastique dans un contexte historique bien retranscrit, une oeuvre jeunesse mais pas simpliste.

Shanghai, 1937, alors que la côte chinoise est sous le joug de l’armée impériale japonaise. La petite Yin essaye tant bien que mal d’aider son grand-père, la seule famille qui lui reste. Ce pêcheur, qui a vu disparaître ses proches les uns après les autres, ne vit que pour nourrir et élever sa petite-fille qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Malgré les déboires qu’elle connaît avec les bandes de jeunes voleurs du coin la jeune fille va toujours de l’avant avec la même intrépidité.
Un soir, malgré les interdictions de son grand-père, Yin décide de se faufiler sur son bateau de pêcheur. Lorsque le grand-père s’aperçoit que sa petite-fille est sur son embarcation, il n’a pas vraiment le temps de la sermonner : un dragon d’or s’est pris dans son filet. Alors que l’animal légendaire est blessé par un malheureux concours de circonstances, Yin, se sentant coupable, supplie son grand-père de le ramener sur terre et le soigner. Mais cacher et nourrir une pareille créature n’est pas une mince affaire, surtout qu’il faut éviter d’attirer l’attention des soldats japonais…

Marazano n’en est pas à son coup d’essai en termes de série jeunesse aux accents asiatiques et après le très réussi Monde de Milo, c’est avec Yin et le Dragon qu’il récidive. On retrouve l’ambiance chinoise mais dans un contexte historique particulier : le début de la seconde guerre sino japonaise. On parcourt alors les rues pittoresques d’un Shanghai occupé aux côtés de la jeune Yin, une jeune fille qui a l’aventure dans le sang. On part de ce portrait familial empathique pour peu à peu entrer dans le cœur de l’aventure lors de la rencontre avec le dragon d’or.
Le point fort de Yin et le dragon réside bien sûr dans son univers légendaire asiatique accessible. L’oeuvre nous plonge dans un contexte historique pour livrer un récit humain teinté de légendes chinoises, le résultat est dépaysant. Malgré son ton jeunesse et sa structure simple, le récit est toutefois assez rythmé et prenant pour que chacun y prenne du plaisir, bien que les adultes pourront ressentir un certain manque de contenu. Ce premier tome prend son temps pour poser les bases de l’histoire mais propose une révélation finale qui augure d’inquiétants événements à venir et donne envie de connaître la suite.
Le travail réalisé par Xu Yao confère un surplus d’authenticité à Yin et le dragon. Son trait au style asiatique est fin, subtil et accessible tandis que ses couleurs très réussies installent à merveille les différentes ambiances traversées. Le découpage reste sage mais l’aspect onirique des planches devrait ravir les lecteurs de tout âge.

C’est avec plaisir qu’on repart dans les légendes asiatiques aux côtés de Marazano. Aventure, univers enchanteur et fond historique sont au rendez-vous de ce  premier tome qui reste moins élaboré que Le Monde de Milo. Le récit onirique et prenant et les jolies illustrations de Créatures célestes donnent envie de lire la suite de l’aventure (prévue en 3 tomes) qu’on espère plus épique.

AZIMUT, T3 : Les anthropotames du Nihil, de Lupano et Andreæ, aux éditions Vents d’Ouest, 13,90 € : Bulle d’Or

azimut-t3-couv…AZIMUT, T3 : Les anthropotames du Nihil, de Lupano et Andreæ, aux éditions Vents d’Ouest, 13,90 € : Bulle d’Or

Cela faisait près de deux années que nous l’attendions, et voilà que le troisième tome d’Azimut débarque en ce début d’année 2016. La série de Lupano et Andreæ continue sur sa lancée loufoque avec un album toujours aussi beau et rythmé !

Les deux premiers tomes d’Azimut ont su nous transporter au sein d’un univers foisonnant où l’espace et le temps sont malléables. Dans ce monde qui a perdu son nord magnétique, on a pu assister au vol de crônes orchestré par la belle et plantureuse Manie Ganza en quête de jeunesse éternelle. Mais pour réaliser son rêve, Manie a dû faire un ignoble pacte avec la banque du temps… le monde d’Azimut est au bord de la guerre et les Primordiaux ne semblent pas particulièrement préoccupés par le sorta qui attend les humains.
On retrouve donc dans ce troisième tome la belle et ses compagnons de fortune perdus dans le désert. Alors que la bande croise un groupe de moines qui servent le Livre des Réponses, ils sont attaqués par l’armée de la mère de Manie Ganza, Reine de son état. Excédée par la beauté de son enfant qui ne subit pas les affres du temps, la reine compte bien supprimer sa fille de la surface du globe. Mais ce désert cache une âme secourable insoupçonnée !
De son côté, le professeur Aristide Breloquinte et son équipage touchent bientôt au but de leur expédition. Ils sont sur le point de découvrir les secrets du temps…

Avec son monde fantastique foisonnant et singulier Azimut a su s’attirer la sympathie des lecteurs. Juste retour des choses, tant cette série bénéficie de qualités indéniables : rythme effréné, aventures loufoques, bestiaire étonnant, univers inventif, personnages originaux et attachants… sans oublier les magnifiques planches en couleurs directes de Jean­-Baptiste Andréae. Lupano montre tout son talent avec un récit éclaté où une palette de personnages très variée nous fait vivre une aventure riche en surprises et en rebondissements.
Seulement à force d’ouvrir des pistes narratives le deuxième tome pouvait donner au lecteur une impression de confusion . Avec ce troisième tome, le scénariste calme nos inquiétudes et prouve qu’il sait parfaitement où il va. L’intrigue est toujours aussi riche, l’aventure toujours aussi rythmée et farfelue et les révélations se multiplient tout en entretenant une part de mystère. La curiosité du lecteur est stimulée durant tout l’album qui, une fois terminé, donne une furieuse envie de connaître la suite.
C’est avec un grand plaisir qu’on retrouve le travail d’Andreæ qui, avec ses magnifiques couleurs directes, participe grandement au cachet d’Azimut. Son style unique donne vie à un monde baroque au possible parcouru par des personnages burlesques et fourmillant de trouvailles graphiques. A l’aise dans tous les compartiments, le dessinateur a créé un univers à l’esthétique farfelue mais cohérente avec un certain génie. On remarque toutefois que le soin apporté aux détails, notamment en arrière-plan, semble un peu en retrait… mais certainement pas de quoi ternir cette magnifique composition graphique !

Andréae et Lupano sont aux commandes d’une des séries les plus réjouissantes de ces dernières années. Ce troisième tome entame les révélations tout en conservant une large part de mystère au fil d’un récit savoureux et rythmé. Certes, Azimut va dans tous les sens et peu paraître farfelu, mais c’est ce qui fait toute la saveur de cette aventure ubuesque qui touche à des sujets existentiels.

ARS MAGNA, T1, T2 et T3, d’Alcante et Jovanovic, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle

ars-magna-t3-couv…ARS MAGNA, T1, T2 et T3, d’Alcante et Jovanovic, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle d’Or

Avec Ars Magna, Alcante et Milan Jovanovic ont livré un triptyque d’aventure sur fond de mystère ésotérique et scientifique. Avec sa narration maîtrisé, la série n’a fait que monter en puissance jusqu’au troisième et dernier tome qui vient nous livrer les clefs de l’histoire. Une bien belle oeuvre qui s’inscrit dans la lignée de Da Vinci Code et aurait mérité d’être aussi connue !

1944, Bruxelles. Un résistant force Phillipe Cattoir, un jeune professeur d’Histoire, à le suivre dans sa mission. Grâce au savoir du professeur, les deux hommes parviennent à rejoindre la Grand Place en empruntant un réseau de souterrains en toute discrétion. Une fois sur la place, ils aperçoivent le Führer en personne qui est venu superviser l’avancée des recherches. Ses services sont désormais en possession d’un message qui devrait leur permettre de percer le secret d’Ars Magna, jalousement gardé depuis 1695. Repéré, le duo est pris d’assaut et seul Philippe parvient à s’enfuir par les souterrains.
Difficile pour le professeur d’Histoire de faire quelque chose des informations qu’il a récoltées lors de cette mission, d’autant qu’il est d’un naturel plutôt passif. Recontacté par des résistants et poussé à bout, Philippe décide finalement de mettre son savoir au service de la resistance. Aidé par la jeune Marie il va déchiffrer le message qu’il a intercepté pour mettre la main sur le secret d’Ars Magna avant les nazis. Mais la première énigme en amène à une autre et c’est un véritable jeu de piste qui s’engage. Heureusement, les connaissances en l’Histoire belge de Philippe Cattoir lui donne une certaine longueur d’avance…

Ars Magna emprunte les meilleurs aspects d’oeuvres telles qu’Indiana Jones et Da Vinci code pour un résultat classique mais efficace. C’est dans un Bruxelles très bien reconstitué que le professeur Cattoire tente de résoudre les énigmes qui se présentent à lui. Basées sur des éléments historiques en rapport avec la Belgique ces devinettes permettent de titiller l’esprit de déduction du lecteur avec moult anecdotes et détails. Forcément un peu « tiré par les cheveux » le jeu de piste est tout de même savoureux et ludique d’autant qu’il est intégré à une aventure dynamique et prenante. Entre deux phases de réflexion, Philippe Cattoire et Marie font leur possible pour échapper aux nazis qui sont à leurs trousses. Un mélange réussi qui amène un peu d’esprit dans un récit qui ne manque pas de rythme et d’action.
Forcément avec ce type d’oeuvres, les lecteurs pointilleux pourront tiquer face à certaines ficelles un peu alambiquées ou certains faits historiques un peu malmenés. Comme les oeuvres qui l’ont influencé, Ars Magna est un divertissement grand public qui joue avec les attentes du lecteur. On se prend rapidement au jeu d’autant qu’Alcante aime à nous esquisser quelques fausses pistes avant de nous donner la clé du mystère. Habilement, l’auteur nous dévoile le secret d’Ars Magna au début du tome 3 pour se recentrer sur les enjeux des personnages et faire monter la tension. Un dernier tome qui amène une conclusion surprenante et bien trouvée. La seule ombre au tableau réside dans les dernières planches sous forme d’épilogue qui accumulent les clichés et n’apportent pas grand chose à l’oeuvre.
Milan Jovanovic met superbement en image cette histoire avec un trait ligne claire réaliste et un sens aiguisé du détail. Chaque élément est à sa place, Bruxelles paraît plus vraie que nature et les personnages sont toujours très bien croqués. On prend donc un grand plaisir à parcourir les pages du triptyque d’autant plus que les couleurs de Scarlett Mukowski installent sans peine des ambiances très marquées. Techniquement impressionnant, Ars Magna a de quoi séduire de très nombreux lecteurs.

Certes, Ars Magna est très influencé par ses (illustres) modèles … mais il concocte sa propre recette qui est très efficace. Avec son intrigue prenante, son récit mené tambour battant et ses planches impeccables, ce triptyque propose une aventure réjouissante teintée de mystère. Le mélange entre science, ésotérisme, faits historiques et détails architecturaux fonctionne toujours aussi bien et nos questions trouvent toutes une réponse… très surprenante ! Pour peu qu’on ne recherche pas l’exactitude historique, Ars Magna est un divertissement tout public intéressant et prenant.

 

EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

emprise-couv…EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

Pour son premier album, Aurélien Rosset n’a pas fait les choses à moitié. Avec Emprise, il livre un thriller horrifique aux accents fantastiques et ésotériques. Un one shot servi par une atmosphère oppressante et un parti pris graphique très original. 

1996, Shelter’s Lot dans le Maine. Le Dr Mark Walewond, est sur le point de passer l’arme à gauche, il fait promettre à son fils de garder un sombre secret. Au même moment, une terrible tempête cause de nombreux dégâts dans ce village d’environ 3000 habitants. Les dommages ne sont pas que matériels et, dès le lendemain, un garde forestier découvre de nombreux cadavres d’animaux avant d’être projeté par une ombre mystérieuse.
La police est en pleine effervescence : les inspecteurs Marcus Obson et Monica Ruiz sont mis sur l’affaire du garde forestier. Les deux enquêteurs restent dubitatifs quand, dans son lit d’hôpital, l’homme indique avoir été agressé par une ombre. Seulement la rationalité de Marcus et Monica va rapidement être mise à mal. Shelter’s Lot, petite bourgade jusqu’alors paisible, devient peu à peu le théâtre de disparitions et d’actes de violence inquiétants.

Avec Emprise, les amateurs des œuvres de Lovecraft et de Stephen King seront aux anges. On retrouve la même atmosphère oppressante où la folie humaine semble cacher des forces plus puissantes et mystérieuses. Seul aux manettes, Aurélien Rosset fait preuve d’une maîtrise impressionnante, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit de son premier album. L’intrigue se dévoile par petites touches et esquisse de nombreuses pistes, amenant inévitablement le lecteur à faire des suppositions. Mais la tâche est ardue car l’auteur sait se jouer de nos attentes. Le récit, dense, est entrecoupé d’articles de journaux pour étoffer notre connaissance des événements qui ont troublé les lieux.
L’horreur est de mise et l’album nous plonge progressivement dans la moiteur la plus totale. La part fantastique de l’histoire apparait petit à petit pour nous laisser dans l’inconnu. L’angoisse et la peur se font toujours plus présentes au fil des 170 pages. Certes, les amateurs de thriller horrifiques et ésotériques seront en terrain connu mais force est de constater qu’Aurélien Rosset a un très bon sens du récit. On ne s’ennuie pas une seule seconde dans ce one shot auquel on peut toutefois reprocher une fin décevante, voire agaçante.
Si, scénaristiquement, Emprise ne se montre pas d’une grande originalité, graphiquement, il en va tout autrement. Le format de l’album et le dynamisme de la mise en scène font penser aux comics, mais le trait stylisé et puissant du dessinateur révèle une véritable singularité. L’auteur joue parfaitement des couleurs et des lumières pour susciter l’horreur et son dessin retranscrit parfaitement les émotions des personnages. D’autre part, l’attention portée aux décors nous immerge dans un Shelter’s Lot lugubre et inquiétant. On peut toutefois regretter que certains plans larges manquent de détails et que l’aspect parfois un peu fouillis de certaines cases puisse gêner la compréhension de l’action. Mais ces défauts ne gâchent nullement le travail accompli (seul) par Aurélien Rosset.

Sans révolutionner le genre du thriller horrifique, Emprise est d’une efficacité scénaristique remarquable. L’ambiance glauque et violente de l’album est habilement installée et le récit très prenant ne souffre finalement que d’une fin très frustrante. L’identité visuelle forte de ce one shot finit de démontrer qu’Aurélien Rosset a du talent à revendre.

Guillaume Wychowanok

LE MONDE DU DESSOUS, de Sibran et Tronchet, aux éditions Casterman, 17 € : Bulle d’Argent

monde-du-dessous-couv…LE MONDE DU DESSOUS, de Sibran et Tronchet, aux éditions Casterman, 17 € : Bulle d’Argent

Après trois ans passés en famille en Équateur, Didier Tronchet avait publié ses chroniques du quotidien là-bas, dans Vertiges de Quito. Avec Le Monde du dessous, il continue sur sa lancée sud-américaine. Adaptation d’un roman écrit par sa compagne, Anne Sibran, cet album mêle chronique sociale et surnaturel pour montrer l’enfer vécu par les mineurs du Potosi. 

Après des années d’exil, Agustin revient dans son village natal. L’endroit est désormais totalement dépeuplé et seules les ruines et autres sépultures persistent. Rapidement, ses souvenirs de jeunesses refont surface. Élevé par Sara, sa mère, Agustin a eu trois pères : Eusebio, celui qu’il préférait mais que les mines de Potosi ont fini par engloutir, Melchior, son géniteur, qui a profité de l’absence d’Eusebio pour violer Sara et Padre Pio, un prêtre guidé par ses idéaux.
La vie du village était rythmée par les disparitions de mineurs. Eux qui partaient en quête de richesse trouvaient inéluctablement la mort. Leur corps restait au fond de la montagne, non loin du lieu où était enfermé le diable. Persuadé, qu’il a le don de faire tomber la pluie, Agustin rêvait de vivre de cultures pour enrayer la voracité de la mine de Potosi qui engloutissait toujours plus d’âme. Mais sa mère en a décidé autrement : il a dû suivre un chaman dénommé Pako, afin d’être initié aux rites ancestraux…

Adaptation du roman d’Anne Sibran Dans la montagne d’Argent, Le monde du dessous est une chronique sociale déguisée en conte cruel. Le sujet est fort puisque, depuis que les conquistadors espagnols ont décidé d’exploiter la mine d’argent de Potosi, ce sont 8 millions de mineurs qui y ont perdu la vie. Si ce noir constat aurait pu donner lieu à un album très sombre, Sibran parvient à y ajouter une touche de poésie. On voit les effets néfastes de l’exploitation de la mine sur les populations environnantes à travers la voix et le regard (faussement) naïfs du jeune Augustin qui ne parvient pas à comprendre cette absurdité. De plus, le récit est parcouru des légendes et croyances amérindiennes qui donne à la triste réalité, un parfum de fantastique. Les dialogues sont souvent écrits en espagnol, ce qui leur confère de l’authenticité mais pourra aussi gêner la lecture de certains.
Parallèlement à la souffrance subie par le peuple équatorien, c’est la société occidentale qui est en cause. Car derrière l’image de Potosi qui englouti les âmes, c’est l’esprit européen et sa soif inextinguible de richesse qui apparait. On constate alors toute l’horreur de l’exploitation de l’homme par l’homme à travers des images symboliques et saisissantes qui poussent à réfléchir. On dévore cet album qui mêle fantastique et réalité sans pouvoir s’arrêter… jusqu’à arriver à une fin qui déçoit nos attentes…
Visuellement, le trait appuyé de Tronchet est immédiatement reconnaissable. Le dessin caricatural nous rend les protagonistes très attachants et combine habilement fantastique et réalité. Un véritable travail a été accompli sur la mise en couleurs qui offre une atmosphère de conte cruel. Visuellement ce one shot est puissant mais, Didier Tronchet oblige, ne vous attendez pas à un dessin réaliste fin et fourmillant de détails.

Avec Le Monde du dessous, Anne Sibran et Didier Tronchet nous questionne sur l’exploitation inique des hommes, dans un album édifiant et simple d’accès. Pas de grands discours, mais un récit emprunt de poésie et jonché de symboles percutants qui ne souffre que d’une fin en demi-teinte. Une chronique sociale forte et tragique qui évite la noirceur totale grâce à son ton décalé et son aspect fantastique.

Guillaume Wychowanok

FACE D’ANGE, T1, de Koldo et Unzueta , aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Bronze

face-ange-couv…FACE D’ANGE, T1, de Koldo et Unzueta , aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Bronze

Avec Face d’Ange, Koldo et Angel Unzueta ont concocté un polar aux accents fantastiques. Dans l’ambiance des polars noirs des années 50, on suit Paul qui essaye d’élucider le mystère qui entoure le meurtre de son ex-femme. Un album à la croisée des genres simple et efficace.

Los Angeles, 1959. Alors qu’il se remet difficilement de tous ses verres de whiskey, Paul Ares reçoit un appel. Bill, procureur général, lui annonce que Diane, son ex-compagne, a été assassinée dans une chambre d’hôtel. Une fois sur place pour identifier le corps, Paul découvre que le meurtre entretient d’étranges similitudes avec celui qu’il a lui-même perpétré en Corée sur une prostituée. L’homme ne tarde pas à se disputer avec Bill, qui s’est récemment fiancé avec Diane… Mais il doit rapidement ravaler sa colère car une tâche importante lui incombe : il doit désormais s’occuper de sa fille, Callie, qu’il a délaissée depuis des années. Vétéran de la guerre de Corée, Paul n’avait pas vraiment assumé son rôle de père au revenir de la guerre. Il préférait alors la compagnie de l’alcool. Pas étonnant que Callie n’ait pas vraiment envie de vivre aux côtés d’un père dont elle ignore tout…
N’ayant pas le choix, elle retourne vivre dans le ranch de son père et au bout de quelques jours, les relations père-fille se détendent. Mais, alors qu’elle n’arrive pas à s’endormir, la jeune fille a d’étranges visions. Elle voit le fantôme de sa mère qui rejoue la scène de son meurtre pour tenter de lui expliquer ce qui s’est réellement passé…

Le nouveau diptyque scénarisé par Koldo mélange polar noir et fantastique horrifique dans un récit qu’on croirait tout droit sorti des années 50. Si le début de l’histoire semble nous emmener en terrain connu avec le meurtre d’une ex-femme qui réveille la culpabilité d’un ex-mari, l’histoire prend rapidement un tournant fantastique qui rappelle Sixième sens. A tout cela, l’auteur ajoute un soupçon de légende amérindienne pour donner un résultat moins classique qu’il n’y parait. Entre suspens et horreur, le récit habilement construit ne souffre d’aucun temps mort et on se retrouve propulsé dans cette histoire en quelques cases à peine.
Le scénariste esquisse des pistes sans jamais trop en dévoiler et suscite notre curiosité avec des apparitions fantomatiques et autres éléments étranges. L’intrigue avance avec une fluidité déconcertante et on regrette, une fois ce tome terminé, une vitesse de lecture trop rapide. D’un côté, cette simplicité de lecture procure un véritable plaisir et permet de profiter pleinement de l’ambiance fifties de l’album.
Le trait d’Angel Unzueta couplé à des trames de points, vient renforcer cette ambiance rétro qui rappelle les œuvres de Roy Lichtenstein, les simples aplats de couleurs en moins. Sa mise en scène et son sens du cadrage donnent un aspect dynamique aux planches… ce qui tranche un peu avec les personnages qui semblent comme figés. Globalement, l’aspect graphique désuet est réussi et est modernisé par une colorisation numérique qui abuse un peu des effets de lumière.

Simple, efficace et moins classique qu’il n’y parait, Face d’Ange est une lecture agréable et sans prise de tête qui se démarque par sa grande fluidité. Le mélange des genres auraient pu donner une impression de fourre-tout, mais le résultat s’avère maîtrisé. Aidé par le graphisme des planches, l’album exhale un parfum 50’s qui devrait rappeler à certains de bons vieux polars noirs comme L.A Confidential. Suite et fin de cette histoire frissonnante à suspens dans le second tome.

Guillaume Wychowanok