Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

harmony_t1_couv…Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

C’est en auteur complet que Mathieu Reynès signe sa dernière création : Harmony, annoncé comme une saga fantastique. On y fait la connaissance d’une jeune fille amnésique, emprisonnée dans une cave elle ne trouve aucune réponse à ses questions. Progressivement, elle va découvrir ses étranges capacités…

Quand elle se réveille alitée dans une cave, Harmony n’a aucun souvenir. Sa vie passée et ce lieu lui sont totalement inconnus… Mais la jeune fille trop faible perd conscience écourtant ce moment de panique. Lorsqu’elle s’éveille de nouveau, l’adolescente remarque qu’on lui a laissé de quoi se nourrir. Elle fait alors la connaissance de son geôlier, Nita, un homme bien charpenté qui semble la connaître. Au fil de ses passages, il ne donne que très peu de réponses aux questions que se pose Harmony, tout juste lui dit-il qu’il est là pour prendre soin d’elle et qu’elle n’a pas à s’inquiéter.
Les paroles de Nita n’apaisent pas vraiment l’esprit de la jeune Harmony. Enfermée dans cette cave, elle ne cesse de chercher des réponses à ses questions et, parfois, elle entend une voix qui semble communiquer avec-elle comme par télépathie. Cela ne pourrait être que les premiers signes de la folie, mais lorsqu’Harmony découvre qu’elle peut bouger les objets qui l’entourent par ses seules pensées, elle comprend que la vérité est bien plus complexe…

Si Harmony s’annonce comme une saga fantastique, ce premier tome entame l’aventure à la manière d’un thriller. Le lecteur et l’héroïne de l’album sont confrontés à de nombreux mystères qu’ils voudraient percer. Un parti pris qui entretient l’intérêt du lecteur d’autant plus que l’auteur a construit un univers qui mêle subtilement fantastique, fantasy et science-fiction… Un mélange plaisant et déroutant que la narration esquisse habilement  en brouillant les pistes. Les  bases de l’intrigue et de l’univers sont introduites par touche et de manière assez floue pour que le suspens reste intact… jusqu’à la fin du tome.
Une fois Memento terminé, la quasi-totalité des questions restent en suspend. Qui est-elle ? Comment s’est-elle retrouvée dans cette cave ? D’où lui viennent ces pouvoirs ? Qui est ce Nita ? Il faudra lire les prochains opus pour le savoir, ce premier tome ne servant finalement que d’introduction à la série. Le plaisir de lecture est pourtant là et, bien que les débuts soient assez lents, le récit joue avec les ambiances et les tonalités pour un résultat très immersif. Prenant, ce premier tome peut également se révéler frustrant tant il est rapide à lire et avare en révélation… mais avec son univers attrayant et ses éléments intrigant, Harmony a de quoi devenir une très bonne saga fantastique.
Le dessin de Mathieu Reynès colle parfaitement au ton grand public de la série : si le trait est accessible, les planches sont assez travaillées pour séduire les lecteur les plus exigeants. On retrouve la pâte du dessinateur dans les différents personnages expressifs et dynamiques (qui rappellent le travail de Reynès dans Alter Ego) dans des cases aux allures cinématographiques. L’aspect propre et informatique pourra refroidir les puristes mais les planches paraissent vivantes grâce au dynamisme du trait et à la modernité du découpage.

Mathieu Reynès joue la carte du suspens et du mystère à fond… au point qu’il est difficile de se prononcer sur Harmony avec ce seul premier tome. Memento est toutefois un album plaisant qui présente un univers intriguant avec une narration moderne et maîtrisée. Les bases désormais plantées, espérons que  les prochains opus de Harmony sauront exploiter toutes les bonnes idées esquissées jusqu’ici !

LES EPEES DE VERRE, T4 : Dolmon, de Corgiat et Zuccheri, aux éditions Les Humanoïdes Associés : Bulle d’Argent

epees_de_verre_t4_couv…LES EPEES DE VERRE, T4 : Dolmon, de Corgiat et Zuccheri, aux éditions Les Humanoïdes Associés : Bulle d’Argent 

Sylviane Corgiat et Laura Zuccheri publient le quatrième et dernier tome de leur saga médiéval-fantastique à l’univers si particulier. Une fin inattendue qui réserve de (très) grandes surprises.

Petit résumé de la série : Achard est le chef d’un village qui est dominé et constamment racketté par Orland et sa bande. Lorsqu’une épée tombe du ciel pour finir par se planter dans la roche sacrée du village, Achard y voit un signe : il est temps de se révolter. Mais le reste du village, trop terrifié, n’est pas de cet avis. La foule se révolte contre son chef, le tue et accepte de livrer sa femme, Arc-en-ciel, à Orland. Yama, leur fille, a assisté à tous ces événements. Elle tente de retirer l’épée de la roche sacrée sans y parvenir. Mais, fait étrange, contrairement à ceux qui avaient tenté de déloger l’arme avant elle, elle ne finit pas vitrifiée.
Déçue, elle fuit son village, jurant de se venger. Dans les bois, elle fait la rencontre de Miklos, étrange personnage qui vit reclus. C’est lui qui va l’entrainer pour qu’elle puisse accomplir sa vengeance. Il va également l’informer que cette épée magique est salvatrice : en réunissant quatre épées de verre tombées du ciel, un portail s’ouvrira pour conduire l’humanité vers d’autres horizons, et échapper ainsi à une apocalypse imminente. Et il faut faire vite, car les signes avant-coureurs de la fin du monde sont déjà là…

Certes, l’intrigue des Épées de Verre n’est pas la plus originale qui soit. Cependant, l’auteure a un bon sens du récit et nous embarque peu à peu là où on ne s’y attend pas. Elle arrive à capter l’attention du lecteur et à ménager le suspense pour donner envie d’en apprendre toujours plus. Pour ça elle s’appuie sur les deux points forts du récit : des personnages attachants et un univers singulier. Si les différents protagonistes ont des personnalités déjà croisées (la jeune fille têtue prête à tout pour se venger, l’ancien général déchu, les drôles de petits compagnons…) ils ont le mérite de garder une part de mystère qui suscite la curiosité du lecteur. Quant à l’univers, il est des plus rafraichissants. On est loin de l’habituel bestiaire emprunté à l’illustre J.R.R Tolkien ; ici on est plus proche de l’univers de Léo. De quoi donner envie d’explorer ce monde aux côtés de Yama.
L’autre point fort de la série est le superbe trait réaliste de Laura Zuccheri. On a droit à des planches qui fourmillent de détails et des personnages expressifs à souhait. Qu’il s’agisse de panoramas architecturaux ou de paysages verdoyants, la dessinatrice brille dans tous les domaines. Jusqu’aux couleurs aquarelles du plus bel effet.
Les épées de Verre parvient, grâce à ses points forts, à ne pas être une énième saga de fantasy, mais une série avec une véritable personnalité.

Attention ! Pour ceux qui n’ont pas encore lu les premiers tomes, le paragraphe qui suit contient des spoilers.

Après un quatrième tome qui n’a que très peu fait avancer l’intrigue principale, attendez-vous à un quatrième tome au rythme haletant. Yama, Ilango Tigran et Miklos n’ont que peu de temps pour agir. L’apocalypse est proche et il leur reste encore deux épées à trouver. Lorsqu’ils trouvent la troisième élue, Shona, la troupe apprend qu’elle s’est fait dérober son épée par un mercenaire répondant au nom de Dolmon. Un nom qui rappelle bien des souvenirs à Miklos qui part à la poursuite du voleur.

Avec Dolmon, on a droit à un véritable tome de fin. On suit la bande de Yama dans des aventures plus rythmées que jamais, on a les réponses aux questions que l’on se posait et on assiste à une fin des plus surprenantes. Un final qui déstabilisera la plupart des lecteurs au risque d’en décevoir certains.
La fresque dessinée par Zuccheri est toujours aussi soignée et détaillée. On notera que la dessinatrice à laisser le soin à Sylvia Fabris de mettre en couleur cet opus. Si le tout s’avère plus gris, l’album est tout aussi enchanteur que ses prédécesseurs.

Les Épées de Verre a su cultiver sa singularité et ce dernier tome ne déroge pas à la règle. L’originalité du dénouement ne plaira sans doute pas à tous, mais on a droit à une histoire finie, qui ne laisse pas dans l’expectative. A noter que pour la sortie du quatrième tome, un coffret regroupe l’intégralité des opus, parfait pour découvrir cette aventure médiévale-fantastique aussi belle que dépaysante.

Guillaume Wychowanok

MONGO EST UN TROLL, de Philippe Squarzoni aux éditions Delcourt : Boooffff

mongocouvMONGO EST UN TROLL, de Philippe Squarzoni aux éditions Delcourt : Boooffff

Philippe Squarzoni délaisse la bd documentaire pour s’attaquer à la Fantasy. Il se joue des codes habituels du genre dans un album sans concession qui s’avère pour le moins déroutant…

Dans Mongo est un troll, nous suivons les pérégrinations de deux vieillards au franc parler qui n’aiment rien de plus que les beuveries : Duane et Cameron. Pilleurs de tombes à leurs heures perdues, ces deux-là ne rechignent jamais à se fourrer dans de mauvais coups. Après s’être rassasiés d’une poule dérobée à Mongo, ils font la connaissance de Claire Woodward, sorcière qui fait chavirer les cœurs les plus froids et fuir les plus viles créatures. Elle accompagne les compères dans leurs aventures et, endosse le rôle de protectrice mais aussi d’amante de Duane. Elle va également guider Cameron dans sa quête et l’aider à retrouver sa mère…

La quête de la mère est une fausse piste de plus parmi les nombreuses qu’ouvre l’auteur : le trio va faire des détours, piller des tombes… Squarzoni s’amuse avec le lecteur pour l’emmener dans des aventures inattendues. On assiste alors à de nombreuses péripéties qui n’ont rien d’épique. L’auteur se plait à revisiter les codes de la fantasy. On suit les deux antihéros, on sourit de leurs mésaventures et on apprécie (ou pas) leurs répliques outrancières. Le dessin très graphique, retranscrit bien le froid hivernal de l’univers même si le rendu est finalement assez terne. On le devine assez vite : ici tout est histoire de parodie, de faux semblants et d’absurde. On se dit alors qu’on est en présence d’un album rafraîchissant et pourtant…

À force de se jouer du lecteur et à parodier l’heroic fantasy, l’album nous perd un peu. L’univers regorge de détails et de créatures fantastiques mais on peine à rentrer dans une histoire où les ellipses temporelles pullulent. Le récit est décousu et on ne sait jamais où l’auteur veut en venir. La fin nous laisse sur notre faim même si on voit bien le parallèle, un brin emprunté, entre la fin de la bd et la fin (et donc mort) des personnages. Quand on comprend que Mongo n’est qu’un personnage très secondaire de l’histoire, on finit par se demander si le troll dans l’histoire, ce n’était pas Philippe Squarzoni…

Guillaume Wychowanok