L’APOCALYPSE SELON MAGDA, de Vollmer-Lo et Maurel, aux éditions Delcourt, 22,95 € : Bulle de Bronze

apocalypse_selon_magda_couv…L’APOCALYPSE SELON MAGDA, de Vollmer-Lo et Maurel, aux éditions Delcourt, 22,95 € : Bulle de Bronze

Cela fait un an que la fin du monde a été annoncée, aujourd’hui c’est le jour J. Mais l’apocalypse tant redoutée n’a finalement pas lieu. Une libération  pour toute la population qui exulte…mais une mauvaise nouvelle pour Magda, une jeune fille qui a construit ses derniers jours autour de cette fin attendue.

Alors que tout le monde attend fébrilement la fin du monde annoncée, rien ne se passe. Naturellement, tout le monde sort pour fêter cela… sauf Magda qui voit tous ses plans chamboulés.
Un an plus tôt. La veille de son treizième anniversaire, Magda est rassemblée avec tous les autres élèves de son collège pour apprendre une funeste nouvelle : dans un an, une série de catastrophe entraînera la fin du monde. Une annonce difficile à encaisser pour tous les collégiens qui pensent vivre leur dernière année… Magda discute de tout cela avec ses amis Léon et Julie et tente de trouver des réponses à toutes les questions qui se posent désormais. Le soir, tous les médias se focalisent sur la fin du monde, baignant la population dans une atmosphère anxiogène…
Le lendemain matin, alors que Magda compte bien fêter son anniversaire, elle comprend rapidement que rien ne sera plus pareil. Au petit matin, la jeune fille apprend que son père est parti vivre ses derniers jours d’existence avec une autre femme. En fait tout le monde veut profiter de ces derniers instants, et les élèves comme les professeurs désertent les salles de classe. Pas facile de se construire dans un contexte pareil… Magda se rend compte qu’elle risque de passer à côté de pas mal des choses de la vie… et elle compte bien profiter de cette dernière année pour les découvrir.

Si le thème de l’adolescence est un sujet qui a déjà été maintes fois traité en bande dessinée, le placer dans le contexte d’une apocalypse apparaît déjà beaucoup plus original. Ce choix audacieux mais judicieux insuffle de la puissance aux propos de l’auteur grâce à des symboles forts et des situations extrêmes. L’adolescence peut occasionner pas mal de soucis et dans un monde qui se délite progressivement cela relève peut rapidement devenir un enfer. Car face à une fin certaine, chacun décide de profiter de la vie comme il l’entend sans plus se préoccuper des autres et du lendemain.
Aux côtés de Magda, le lecteur est témoin de ce monde qui sombre peu à peu dans la folie car il se sait condamné. Et le jeune fille ne fait pas exception : elle veut goûter à tout ce que cette vie a à lui offrir. Construit comme un thriller, L’Apocalypse selon Magda fait donc la part belle aux émotions tout en apportant une réflexion sur la société.  Forcément, condenser les tourments de l’adolescence en moins de 200 pages n’est pas aisé, et l’album tombe parfois dans l’excès et use de clichés un peu faciles. Mais, grâce à son récit rythmé et sa narration séquentielle prenante, cet album ne laisse jamais retomber l’intérêt et donne envie au lecteur d’aller au bout de ce récit fort en émotions.
Carole Maurel propose un dessin jeté et expressif qui correspond bien au ton de l’album. Son trait semi-réaliste et dynamique nous montre les différents événements sans détours. La mise en scène très cinématographique couplé à l’aspect graphique assez sobre rend la lecture de l’album très agréable, tandis que les changements de couleurs en fonction de la séquence renforcent l’immersion du lecteur.

Pour sa première bd, Chloé Vollmer-lo livre un récit à la fois intimiste et symbolique sur l’adolescence. Si le récit est fort en émotion, on aurait toutefois aimé que le sujet soit traité avec un peu plus de subtilité pour être plus plausible et plus marquant. Avec son style jeté et dynamique, Carole Maurel fait preuve d’une grande maîtrise pour son deuxième album.

Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

harmony_t1_couv…Harmony, T1 : Memento, de Mathieu Reynès aux éditions Dupuis, 12 € : Bulle de Bronze

C’est en auteur complet que Mathieu Reynès signe sa dernière création : Harmony, annoncé comme une saga fantastique. On y fait la connaissance d’une jeune fille amnésique, emprisonnée dans une cave elle ne trouve aucune réponse à ses questions. Progressivement, elle va découvrir ses étranges capacités…

Quand elle se réveille alitée dans une cave, Harmony n’a aucun souvenir. Sa vie passée et ce lieu lui sont totalement inconnus… Mais la jeune fille trop faible perd conscience écourtant ce moment de panique. Lorsqu’elle s’éveille de nouveau, l’adolescente remarque qu’on lui a laissé de quoi se nourrir. Elle fait alors la connaissance de son geôlier, Nita, un homme bien charpenté qui semble la connaître. Au fil de ses passages, il ne donne que très peu de réponses aux questions que se pose Harmony, tout juste lui dit-il qu’il est là pour prendre soin d’elle et qu’elle n’a pas à s’inquiéter.
Les paroles de Nita n’apaisent pas vraiment l’esprit de la jeune Harmony. Enfermée dans cette cave, elle ne cesse de chercher des réponses à ses questions et, parfois, elle entend une voix qui semble communiquer avec-elle comme par télépathie. Cela ne pourrait être que les premiers signes de la folie, mais lorsqu’Harmony découvre qu’elle peut bouger les objets qui l’entourent par ses seules pensées, elle comprend que la vérité est bien plus complexe…

Si Harmony s’annonce comme une saga fantastique, ce premier tome entame l’aventure à la manière d’un thriller. Le lecteur et l’héroïne de l’album sont confrontés à de nombreux mystères qu’ils voudraient percer. Un parti pris qui entretient l’intérêt du lecteur d’autant plus que l’auteur a construit un univers qui mêle subtilement fantastique, fantasy et science-fiction… Un mélange plaisant et déroutant que la narration esquisse habilement  en brouillant les pistes. Les  bases de l’intrigue et de l’univers sont introduites par touche et de manière assez floue pour que le suspens reste intact… jusqu’à la fin du tome.
Une fois Memento terminé, la quasi-totalité des questions restent en suspend. Qui est-elle ? Comment s’est-elle retrouvée dans cette cave ? D’où lui viennent ces pouvoirs ? Qui est ce Nita ? Il faudra lire les prochains opus pour le savoir, ce premier tome ne servant finalement que d’introduction à la série. Le plaisir de lecture est pourtant là et, bien que les débuts soient assez lents, le récit joue avec les ambiances et les tonalités pour un résultat très immersif. Prenant, ce premier tome peut également se révéler frustrant tant il est rapide à lire et avare en révélation… mais avec son univers attrayant et ses éléments intrigant, Harmony a de quoi devenir une très bonne saga fantastique.
Le dessin de Mathieu Reynès colle parfaitement au ton grand public de la série : si le trait est accessible, les planches sont assez travaillées pour séduire les lecteur les plus exigeants. On retrouve la pâte du dessinateur dans les différents personnages expressifs et dynamiques (qui rappellent le travail de Reynès dans Alter Ego) dans des cases aux allures cinématographiques. L’aspect propre et informatique pourra refroidir les puristes mais les planches paraissent vivantes grâce au dynamisme du trait et à la modernité du découpage.

Mathieu Reynès joue la carte du suspens et du mystère à fond… au point qu’il est difficile de se prononcer sur Harmony avec ce seul premier tome. Memento est toutefois un album plaisant qui présente un univers intriguant avec une narration moderne et maîtrisée. Les bases désormais plantées, espérons que  les prochains opus de Harmony sauront exploiter toutes les bonnes idées esquissées jusqu’ici !

Melvile, T2 : L’Histoire de Saul Miller, de Romain Renard, aux éditions Le Lombard, 22,50 € : Bulle d’Argent

melvile-t2-couv…Melvile, T2 : L’Histoire de Saul Miller, de Romain Renard, aux éditions Le Lombard, 22,50 € : Bulle d’Argent

Romain Renard nous présente un deuxième habitant de sa ville à l’univers « lynchien » : Melvile. Ce deuxième tome nous conte l’histoire de ce quinquagénaire retraité de l’université qu’une malheureuse rencontre va obséder. Une histoire complète à l’atmosphère pesante qui s’inscrit dans un projet complet.

Pour les habitants du coin, Saul Miller c’est « le prof », l’intellectuel de Melvile. Cet astrophysicien cinquantenaire est revenu vivre dans la maison de son enfance depuis qu’il est à la retraite. Il vit isolé dans les bois et rend régulièrement visite à un couple d’amis qui réside à quelques kilomètres de là. Il accueille régulièrement Mia, la jeune fille de Paz, une serveuse du bar de Melvile avec qui Saul partage un peu plus que de l’amitié. Pour le reste, le retraité tient à sa tranquillité et vit à l’écart des autres personnes.
Un soir, Saul aperçoit un 4×4 qui stationne devant sa maison. En s’approchant, il voit que deux chasseurs tentent de prendre le chemin qu’il a condamné. Les chasseurs expliquent à Saul que ce passage leur ferait gagner deux précieuses heures, mais l’homme ne veut rien savoir : ils ne passeront pas par ce chemin. S’ensuit une discussion houleuse qui va chambouler le retraité. Cette altercation va obséder Saul et l’obliger à se remémorer son passé…

Comme le premier tome, l’Histoire de Saul Miller est un récit complet qui se concentre sur un habitant de cette étrange ville qu’est Melvile. Là-bas, l’isolement est palpable et chacun est mis face à la vérité de son existence. Saul est justement rattrapé par son passé qui lui est rappelé par une bande de chasseurs inquiétants. Les faces à faces tendus et réguliers vont obséder l’astrophysicien qui sombre peu à peu dans la paranoïa et la folie. Le récit se teinte peu à peu de fantastique sans jamais y céder totalement. S’installe ainsi une ambiance pesante où tout est suspendu jusqu’à l’inévitable explosion finale.
Dans Melvile, les habitués des films de David lynch naviguent en terrain connu et retrouvent une atmosphère si puissante et particulière. La narration volontairement traînante prend le temps d’installer son histoire, ses personnages et son ambiance pour mieux happer le lecteur dans son univers. Une fois immergé, difficile de se sortir de cet album qui joue avec nos nerfs. Le lecteur aguerri pourra regretter une fin un peu attendue et une intrigue finalement assez classique, mais rien que pour son atmosphère, L’Histoire de Saul Miller vaut le détour.
Romain Renard a élaborée une technique hybride qui confère à Melvile une véritable identité visuelle. Les planches aux teintes sépia très travaillées multiplient les jeux de lumières et semblent baigner dans un climat brumeux et éblouissant. Les personnages quoiqu’un peu rigides, sont assez expressifs et donnent vie à ce récit où la tension est avant tout psychologique. Avec ses dessins si singuliers et son sens de la mise en scène, Renard embarque sans peine le lecteur dans son univers à la limite du fantastique.

L’Histoire de Saul Miller confirme le talent de Romain Renard qui a construit avec Melvile un univers frissonnant où la folie tutoie le fantastique. Immersif et prenant au possible, ce thriller manque juste un peu de surprise pour se révéler exceptionnel. Mais pour ceux qui aiment les récits puissants et les ambiances de plomb, Melvile est une série à ne pas manquer… D’ailleurs pour approfondir cette expérience, une application permet d’accéder à des accompagnements sonores, des musiques et d’autres documents … Des bonus bienvenus qui viennent enrichir un univers cohérent.

…LE CHANT DES RUNES, T1 : La première peau, de Runberg et Poupard, aux éditions Glénat, 13,90€ : Bulle d’Argent

chant-des-runes-couv…LE CHANT DES RUNES, T1 : La première peau, de Runberg et Poupard, aux éditions Glénat, 13,90€ : Bulle d’Argent

Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard ont concocté, avec Le chant des Runes, un thriller nordique mâtiné de fantastique. Deux enquêteurs y font leur possible pour élucider l’affaire de la disparition d’Anna Thorqvist, la pop star la plus célèbre de Suède… Pour ce faire, ils vont devoir faire preuve d’une grande ouverture d’esprit et sortir des sentiers battus.

Stockholm, le 20 février 2016. C’est l’heure de la répétition pour les participants de PopMaster qui débutera le lendemain soir. C’est justement au tour de la favorite, Anna Thorqvist, de faire son tour d’essai… mais la jeune femme est en retard. Agacée par ce contretemps, son agent décide de rentrer dans sa loge et fait une inquiétante découverte : la jeune chanteuse semble avoir disparu et les murs de sa loge laissent apparaître d’étranges inscriptions sanguinolentes. Les enquêtrices Eva et Thérèse sont envoyées sur place afin de résoudre cette affaire au plus vite et en toute discrétion.
Dans de telles circonstances, Eva et Thérèse pensent forcément aux pistes habituelles : disparition volontaire afin de susciter le « buzz », jalousie de la part de la principale rivale. vengeance de l’ancien agent…  Alors qu’elles pensent être sur la bonne piste, les deux détectives se ravisent rapidement en apprenant qu’une concurrente d’Anna a disparu dans les mêmes circonstances, avec les mêmes runes de sang inscrites sur les murs. Que peuvent donc bien signifier ces inscriptions vikings ?

Le thriller nordique n’a plus de secret pour Sylvain Runberg qui est  aux commandes de la série incontournable Millénium. L’auteur préserve ainsi l’approche froide et glauque de cette dernière mais en y ajoutant une touche de fantastique. Pourtant, mis à part les inscriptions runiques, rien ne laisse présager, dans la première partie de l’album, le  tournant surnaturel que prend le récit. On cerne progressivement les personnalités des protagonistes au fil des dialogues et des passages mettant en scène leur quotidien de façon réaliste. Un début d’enquête assez classique qui prend toute son envergure lors de l’apparition d’un  archéologue qui semble savoir ce que signifie ces runes vikings.
Bien que le pitch du Chant des runes ne soit pas ce qu’on a vu de plus original ces derniers temps, Runberg parvient sans peine à nous happer dans une ambiance sombre et glaçante. En entrecoupant l’intrigue principal de scènes fortes qui ont de quoi faire frissonner le lecteur. Le suspens est savamment entretenu dans ce récit qui multiplie les fausses pistes jusqu’à un final étonnant qui dévoile la part fantastique de cette histoire… et donne furieusement envie de lire la suite de l’aventure.
Le trait réaliste de Jean-Charles Poupard sied parfaitement au récit et à son ambiance. Les personnages sont expressifs et les décors font l’objet d’une attention particulière. Bien que le tout puisse paraître un peu sage, on est face à une partition graphique très efficace qui plonge quasi-instantanément le lecteur dans son ambiance sordide. On peut également remarquer les couleurs de Johann Corgié qui effectue un travail sur l’atmosphère de l’album avec un jeu de lumière omniprésent qui parait parfois un peu trop informatique.

Le chant des runes s’annonce comme un thriller nordique des plus prenants, bien que ce premier tome, très introductif, ne laisse filtrer que très peu d’informations concernant sa part fantastique. Prenant et assez rythmé, La première peau débouche sur une dernière scène « coup de poing » qui donne furieusement envie de lire la suite. Un début prometteur donc pour le Chant des Runes, dont la première enquête est annoncée en deux tomes.

L’ETE DIABOLIK, de Smolderen et Clérisse, aux éditions Dargaud, 21€ : Bulle d’Argent

ete-diabolik_couv…L’ETE DIABOLIK, de Smolderen et Clérisse, aux éditions Dargaud, 21€ : Bulle d’Argent

Après Souvenirs de l’Empire de l’Atome, Smolderen et Clérisse délaissent la science-fiction rétro-futuriste pour livrer un polar délicieusement rétro. Sur fond d’espionnage, L’été Diabolik nous conte l’histoire d’Antoine qui est le témoin de nombreux événements étranges sans en comprendre le sens. 20 ans plus tard, il va faire des découvertes qui vont lui ouvrir les yeux…

1967, pendant les vacances d’été. Antoine, un jeune homme de 15 ans remporte un petit tournois de tennis en venant à bout de son adversaire, Erik. Si sur le terrain, les deux joueurs ont une attitude exemplaire, il n’en est pas de même dans les gradins. Outré par le résultat final, le père d’Erik sort de ses gonds et s’en prend à Louis, le père d’Antoine. Un incident apparemment anodin qui va pourtant être le point de départ de nombreux autres événements étranges.
Tout commence par une discussion entre Louis et monsieur De Noé qui fait état d’un certain Popov, un espion qui aurait refait surface. Le même soir, en rentrant chez eux, Louis et Antoine sont pris en chasse par le père d’Erik. Le lendemain le père et le fils apprennent que leur poursuivant a trouvé la mort au cours de cette course poursuite. Des événements intenses qui vont en amener d’autres et que le jeune Antoine a du mal à expliquer… d’autant plus que ces vacances sont aussi synonymes pour lui de rencontres, de premier amour et de premier trip sous LSD…
20 ans plus tard, Antoine a écrit un roman retraçant ces événements qu’il ne s’explique toujours pas. Mais un contact va lui donner quelques indices qui vont le mener sur le chemin de la vérité.

Dans L’été Diabolik, Thierry Smolderen s’inspire des oeuvres qu’il a lu dans sa jeunesse pour créer un thriller sur fond d’espionnage au ton résolument rétro. On suit dans un premier temps le jeune Antoine qui assiste et participe à de nombreux événements sans en comprendre les enjeux, trop occupé qu’il est  à vivre sa jeunesse. Puis l’auteur nous propose une deuxième partie de récit où le même Antoine désormais 20 ans plus âgé va découvrir les clés de sa propre histoire. Savamment construit, le récit use de tous les bons ingrédients du thriller pour susciter la curiosité du lecteur en lui donnant envie de connaître le fin mot de l’histoire.
Si la plupart des révélations sont surprenantes, on peut toutefois tiquer face à la grande naïveté du personnage principal qui met parfois beaucoup de temps à comprendre certains éléments qui paraissent évidents au lecteur. Mais, dans l’ensemble, on savoure ce récit en deux temps et on prend un malin plaisir à refaire le cours des événements de la première partie avec les révélations de la deuxième en tête. Finalement, avec son univers très référencé et son intrigue qui joue avec les attentes du lecteur, L’été Diabolik est un thriller des plus prenants.
Graphiquement, on retrouve la pâte graphique si particulière d’Alexandre Clérisse. Avec ses tracés simples et ses aplats de couleurs vives, le dessinateur adopte un style qui colle parfaitement à l’ambiance rétro du récit. Son art du cadrage et du découpage est remarquable et s’adapte merveilleusement au récit (mention spéciale pour le trip sous LSD d’Antoine). Bien sûr, avec un style si particulier et des partis pris si tranchés, le travail de Clérisse ne plaira pas à tout le monde et l’aspect graphique pourra rebuter certains lecteurs… qui passeraient à côté d’un très bon thriller.

L’été Diabolik fait sans aucun doute partie des sorties réjouissantes de ce début d’année. Son ambiance rétro et référencée est délectable à souhait, même si la naïveté du personnage principale peut parfois agacer. Le traitement graphique de Clérisse colle parfaitement au récit malgré son style si particulier qui rebutera certains lecteurs (quand il ravira les rétines d’autres). Bref, pour tout amateur de thriller teinté d’espionnage qui n’est pas réfractaire aux planches de Clérisse, L’été Diabolik est une lecture hautement conseillée.

ARENE DES BALKANS, de Thirault et Miguel, aux éditions Les Humanoïdes associés, 17,95 € : Bulle d’Or

arene-des-balkans-couv…ARENE DES BALKANS, de Thirault et Miguel, aux éditions Les Humanoïdes associés, 17,95 € : Bulle d’Or

Inspiré de faits réels, Arène des Balkans est un thriller au réalisme inquiétant. Un expatrié croate revient dans sa ville natale, après 20 années d’absence, mais rapidement son fils se fait kidnapper pour participer à des combats d’enfants ! Le père va tout faire pour retrouver son enfant dans ce pays qui lui semble désormais étranger…

Cela fait 20 ans que Frank Sokol n’est pas retourné dans sa Croatie natale. Pompier à Thunder Bay, au Canada, il élève comme il le peut son fils, depuis que sa femme est morte. En réalité se sont plutôt les beaux-parents de Frank qui ont élevé Ben ces dernières années. Lors d’une discussion houleuse avec eux, Frank reçoit un coup de téléphone : sa mère vient de décéder. Il décide de partir en Croatie, avec Ben, et peu importe ce que pourront dire ses beaux-parents. Ben va enfin rencontrer sa famille croate !
Une fois arrivés à Rijeka, les choses ne se passent pas pour le mieux pour le père et son fils. Anto, le frère de Frank, lui reproche de les avoir abandonnés pendant que lui s’occupait de la famille. Ben, quant à lui, n’arrive pas vraiment à s’intégrer parmi les jeunes. Vu comme l’occidental douillet qui ne comprend pas un mot de croate, il essuie quelques insultes et autres coups. Dans l’affrontement, le téléphone de Ben est cassé et depuis ses cousins ne l’ont plus revu. Inquiet, Frank se lance dans une traque qui va se révéler effrénée.

Pour construire son Thriller, Philippe Thirault a choisi de s’inspirer de faits réels qui font froid dans le dos. L’auteur parvient à rendre son récit humain en installant dans un premier temps la situation de Ben et son père et les relations familiales conflictuelles. Une approche réaliste qui renforce la tension engendrée par la disparition de Ben. Le récit se dédouble alors, nous montrant d’un côté l’horrible exploitation de Ben et de l’autre le père qui se heurte aux policiers corrompus et se lance à corps perdu dans l’action.
Après un début un peu calme, Arène des Balkans déroule ensuite un récit haletant à la narration dynamique. Si le scénario en lui-même est assez classique, la mise en scène et l’approche réaliste rendent ce récit glaçant. On est indigné face aux ignominies dont les enfants sont victimes et on trépigne en suivant le père qui se démène avec son frère et son neveu. Seul le final, un peu rapide et facile, peut laisser le lecteur sur sa faim, mais la dernière case emplie de sous-entendu ne peut laisser qu’un goût âpre.
Dans un style réaliste, Jorge Miguel s’est parfaitement adapté au récit d’Arène des Balkans. Les cases à l’encrage appuyé sont très convaincantes qui, comme les couleurs, font dans la sobriété. Sans être grandiose, le dessin froid et parfois un peu trash sert tout à fait la narration . On peut reprocher quelques cases un peu trop statiques avec des personnages parfois rigides.

Arène des Balkans est un thriller dur, froid, qui parvient à captiver le lecteur par son récit à la fois prenant et révoltant. Après un début très introductif, ce one-shot fait constamment monter la pression avec des scènes chocs. Dommage que la fin se révèle si rapide et abrupte. Mais en préférant le réalisme froid et inquiétant à l’outrance, l’album parvient à toucher et remuer le lecteur.

KERSTEN, T2 : Au nom de l’humanité, de Perna et Bedouel, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Diamant

kersten-t2-couv…KERSTEN, T2 : Au nom de l’humanité, de Perna et Bedouel, aux éditions Glénat, 13,90 € : Bulle de Diamant

Patrice Perna et Fabien Bedouel livrent le dernier tome de leur diptyque qui revient sur l’histoire de Felix Kersten. On retrouve donc le médecin d’Himmler un peu après là où on l’avait laissé à la fin du tome 1. Toujours décidé à profiter de sa position pour faire libérer des prisonniers des camps, l’homme sent que l’étau se resserre autour de lui.

Pour lire notre avis sur le premier tome de Kersten, ça se passe ici.

1948, Stockholm. Nicolaas Posthumus n’a pas perdu espoir et tente de rassembler assez de documents pour que la demande de naturalisation de Felix Kersten soit examinée dans les meilleures conditions. Ayant été le médecin attitré d’Himmler en personne, les apparences ne jouent pas en sa faveur. Pourtant c’est justement cette position qui a permis à Félix Kersten de faire libérer des prisonniers juifs tout en étant en contact avec les services secrets Alliés. En convoquant un ancien de l’OSS, Peter Sichel, Posthumus pense pouvoir recueillir de nouvelles preuves concernant Kersten.
Peter Sichel a participé à l’assassinat de Reinhard Heydrich à Prague, le 4 juin 1942. Ainsi, Félix Kersten était débarrassé d’une grosse épine dans le pied, car le bras droit d’Himmler le surveillait de près. Pourtant, les ennuis ne font que commencer pour le docteur puisque le remplaçant de Heydrich est tout aussi méfiant que son prédécesseur. Pendant que les Alliés lui demandent de faire libérer toujours plus de prisonniers, la surveillance autour de Kersten est de plus en plus resserrée… Sous tension, le médecin va faire tout ce qui est en son pouvoir pour sauver des milliers de vies tout en protégeant sa famille.

Félix Kersten fait partie de ces héros de la Seconde Guerre mondiale que l’Histoire n’a pas vraiment retenus. Certes, l’ostéopathe a bien été le médecin personnel d’Himmler, mais en se rendant indispensable aux yeux de son patient, il a sauvé des milliers de vie. Certes, les auteurs ajoutent des éléments de fiction pour dramatiser le récit de Kersten et lui insuffler une certaine tension, mais pourtant l’histoire de base est véritable. D’ailleurs, Pat Perna s’est bien documenté et il intègre habilement son intrigue dans le contexte d’alors en distillant de nombreuses informations historiques. C’est ainsi qu’on apprend que Kersten aurait été un des personnages qui a rendu possible le contrat au nom de l’humanité, contrat signé par Himmler, qui a épargné la vie de milliers de juifs.
Mais outre sa valeur historique, cet album est aussi une véritable réussite narrative. Tout en tension, ce deuxième tome nous montre le médecin coincé dans une situation inextricable et des confrontations verbales sous pression. Bien que l’ambiguïté du cas de Kersten soit soulignée en début d’album, on se rend rapidement compte que les auteurs voient en lui un héros plus qu’un complice du régime nazi. Mais ce n’est pas pour autant que cet opus perd de son intérêt : on jongle entre action, dialogue et intrigue à un rythme soutenu sans aucune lassitude ou longueur. Le récit ne tombe pourtant jamais dans l’excès, tout reste plausible, jusqu’à la fin qui s’arrête là où elle voulait arriver…
Ce deuxième tome de Kersten brille non seulement par son récit mais aussi par sa composition graphique. On retrouve le trait particulier de Fabien Bedouel qui est toujours aussi efficace et semble gagner en finesse et en dynamisme. Les couleurs ne semblent pas étrangères à ce phénomène, puisqu’elles ont évolué et paraissent moins brutes. Le découpage et les cadrages cinématographiques accentuent l’immersion dans ce récit qui joue avec nos nerfs. Certains pourront trouver le tout un peu froid, mais les planches restituent parfaitement l’atmosphère qui règne dans ce thriller historique avec une régularité exemplaire !

Le deuxième tome de Kersten termine ce diptyque historique teinté de fiction en beauté. Toujours aussi prenant et édifiant, le récit semble même gagner en dynamisme, en tension et en historicité. Les auteurs semblent également avoir retravaillé la partie graphique qui offre des planches sublimes. Ce dernier tome est donc une totale réussite, un récit historique prenant et édifiant qui ne sombre jamais dans l’excès ou le discours universitaire. Un diptyque que nous conseillons à tous, pour peu qu’ils ne soient pas réfractaire à l’Histoire. L’équipe de La 9ème Bulle est unanime… Kersten est le premier représentant de la Bulle de Diamant !

AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Aunomdupere-couv…AU NOM DU PÈRE, d’Enoch et Accardi aux éditions Physalis, 19,90 € : Bulle de Bronze

Avec au nom du père, les deux italiens Luca Enoch et Andrea Accardi nous ont composé un thriller au rythme plus qu’enlevé. Eva va devoir remplacer son père qui ne peut plus assurer son rôle de tueur à gage. Bien que très entraînée et préparée, la jeune fille va devoir faire face à des dangers inattendus.

Eva s’occupe de son père, un ex tueur à gage qu’un AVC a amoindri, seul parent qui lui reste. Elle doit tout faire pour laisser croire que son père peut encore faire son travail sans quoi la mafia ne tardera pas à prendre les mesures nécessaires. Grâce aux conseils paternels elle est devenue, à son tour, une tueuse à gage hors pair avec un atout de taille : un physique de rêve. Elle se charge donc de tous les contrats qu’il ne peut honorer.
La fille et son père doivent faire vite et récolter assez d’argent pour s’envoler vers la destination de leur rêve : les îles Fidji. Mais avant de couler des jours heureux au soleil, loin des dangers et tracas du milieu, Eva va devoir remplir un contrat juteux : quatre cibles et une grosse somme à la clef. La mission est largement à la portée de la tueuse professionnelle… mais plusieurs obstacles vont se mettre en travers de sa route.

Au nom du père  a tout du thriller classique… A priori cette histoire musclée et tendue sur fond de milieu mafieux, de drogue et de prostitution n’est pas des plus originales. Ainsi, on voit les habituels flics corrompus, les mafieux sans foi ni loi, les luttes intestines… Bref, si ces éléments peuvent relever de la référence, cela donne tout de même une impression de déjà-vu. Pourtant, l’album parvient à se départir de cet apparent classicisme grâce à son récit nerveux et habilement construit. On assiste sans s’ennuyer une seconde aux péripéties de la jeune Eva qui doit, malgré elle, mettre sa vie de côté pour endosser le rôle d’une tueuse à gage et sauver ce qu’il reste de sa famille. On s’attache à cette « héroïne » au destin brisée grâce à des flashbacks qui reviennent sur ses souvenirs d’enfance. Loin d’être linéaire, Au nom du père voit se succéder les rebondissements et ne souffre d’aucun temps mort.
La teneur de l’intrigue ne laisse évidemment pas beaucoup de place à la réflexion. On est en présence d’un thriller au ton « américanisé » qui laisse les considérations psychologiques au second plan. Mais force est de constater qu’on s’immerge sans aucun problème dans l’album grâce à son atmosphère savamment installée. De plus quelques trouvailles scénaristiques entretiennent l’intérêt du lecteur qui trouvera dans ce one shot un divertissement prenant et sans prise de tête.
Au dessin, Accardi livre une copie à la croisée des genres. On peut voir dans son trait des influences venues du manga, du comics mais aussi plus classique. Dans le récit principal, le dessinateur use de contrastes francs, tout en noir et blanc, tandis qu’il joue une carte plus douce et nuancée lors des flashbacks grâce à de jolis lavis. Si l’identité visuelle de l’album est forte, le trait d’Accardi parait pourtant approximatif et donne une impression de rigidité… Un problème de taille pour un récit tourné vers l’action…

Sans réinventer le thriller, Au nom du père se pose comme une lecture prenante et efficace. Derrière son apparent classicisme se cache un album nerveux qui parvient sans cesse à renouveler l’intérêt du lecteur. On aurait toutefois aimé un dessin plus précis et surtout plus dynamique pour servir cet intense récit qui ne manque pas de piment. Cela mis à part, Au nom du père est un divertissement prenant, sexy, violent, et sans prise de tête.

EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

emprise-couv…EMPRISE, d’Aurélien Rosset, aux éditions Akileos, 19 € : Bulle de Bronze

Pour son premier album, Aurélien Rosset n’a pas fait les choses à moitié. Avec Emprise, il livre un thriller horrifique aux accents fantastiques et ésotériques. Un one shot servi par une atmosphère oppressante et un parti pris graphique très original. 

1996, Shelter’s Lot dans le Maine. Le Dr Mark Walewond, est sur le point de passer l’arme à gauche, il fait promettre à son fils de garder un sombre secret. Au même moment, une terrible tempête cause de nombreux dégâts dans ce village d’environ 3000 habitants. Les dommages ne sont pas que matériels et, dès le lendemain, un garde forestier découvre de nombreux cadavres d’animaux avant d’être projeté par une ombre mystérieuse.
La police est en pleine effervescence : les inspecteurs Marcus Obson et Monica Ruiz sont mis sur l’affaire du garde forestier. Les deux enquêteurs restent dubitatifs quand, dans son lit d’hôpital, l’homme indique avoir été agressé par une ombre. Seulement la rationalité de Marcus et Monica va rapidement être mise à mal. Shelter’s Lot, petite bourgade jusqu’alors paisible, devient peu à peu le théâtre de disparitions et d’actes de violence inquiétants.

Avec Emprise, les amateurs des œuvres de Lovecraft et de Stephen King seront aux anges. On retrouve la même atmosphère oppressante où la folie humaine semble cacher des forces plus puissantes et mystérieuses. Seul aux manettes, Aurélien Rosset fait preuve d’une maîtrise impressionnante, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit de son premier album. L’intrigue se dévoile par petites touches et esquisse de nombreuses pistes, amenant inévitablement le lecteur à faire des suppositions. Mais la tâche est ardue car l’auteur sait se jouer de nos attentes. Le récit, dense, est entrecoupé d’articles de journaux pour étoffer notre connaissance des événements qui ont troublé les lieux.
L’horreur est de mise et l’album nous plonge progressivement dans la moiteur la plus totale. La part fantastique de l’histoire apparait petit à petit pour nous laisser dans l’inconnu. L’angoisse et la peur se font toujours plus présentes au fil des 170 pages. Certes, les amateurs de thriller horrifiques et ésotériques seront en terrain connu mais force est de constater qu’Aurélien Rosset a un très bon sens du récit. On ne s’ennuie pas une seule seconde dans ce one shot auquel on peut toutefois reprocher une fin décevante, voire agaçante.
Si, scénaristiquement, Emprise ne se montre pas d’une grande originalité, graphiquement, il en va tout autrement. Le format de l’album et le dynamisme de la mise en scène font penser aux comics, mais le trait stylisé et puissant du dessinateur révèle une véritable singularité. L’auteur joue parfaitement des couleurs et des lumières pour susciter l’horreur et son dessin retranscrit parfaitement les émotions des personnages. D’autre part, l’attention portée aux décors nous immerge dans un Shelter’s Lot lugubre et inquiétant. On peut toutefois regretter que certains plans larges manquent de détails et que l’aspect parfois un peu fouillis de certaines cases puisse gêner la compréhension de l’action. Mais ces défauts ne gâchent nullement le travail accompli (seul) par Aurélien Rosset.

Sans révolutionner le genre du thriller horrifique, Emprise est d’une efficacité scénaristique remarquable. L’ambiance glauque et violente de l’album est habilement installée et le récit très prenant ne souffre finalement que d’une fin très frustrante. L’identité visuelle forte de ce one shot finit de démontrer qu’Aurélien Rosset a du talent à revendre.

Guillaume Wychowanok

LAZARUS, T1 : Pour la famille, de Rucka et Lark, aux éditions Glénat, 14,95 € : Bulle de Bronze

lazarus-t1-couv…LAZARUS, T1 : Pour la famille, de Rucka et Lark, aux éditions Glénat, 14,95 € : Bulle de Bronze

Le catalogue de la collection Glénat comics s’étoffe et accueille la série aux multiples récompenses Lazarus. Contre-utopie d’anticipation, cette série bénéficie d’un univers riche et bien construit et d’un récit sous forme de thriller rondement mené. 

Dans un futur proche, suite à une crise inouïe la géopolitique mondiale a été totalement chamboulée et la notion d’État a disparu. Ce sont désormais des familles immensément riches qui dirigent leur territoire respectif à la manière de tyrans. La population est totalement asservie et se répartie entre les serfs et les déchets… Afin de protéger ses intérêts, chaque famille a élu son Lazare : un membre de la famille qui reçoit un entrainement intensif et bénéficie de toutes les avancées technologiques possibles pour mener à bien sa mission.
Forever (ou Eve pour les intimes), le Lazare de la famille Carlyle, met ses capacités de combat et de régénération au service de ceux qu’elle pense être sa famille. Mais son manque d’affection l’empêche d’être totalement efficace et les Carlyle font tout pour qu’elle se sente intégrée dans la famille. Mais, en sus des attaques extérieures, Eve va rapidement devoir faire face aux luttes intestines qui mettent en péril l’épanouissement de la famille.

Avec les multiples récompenses reçues aux États-Unis, Lazarus était attendu de pied ferme en France. Pourtant, à première vue, la série de Greg Lucka et Michael Lark, ne fait pas vraiment dans l’originalité. Des familles richissimes et tyranniques qui ont supplanté les États et qui se livrent des batailles entre-elles, des luttes intestines au sein des familles dues à des membres sans foi ni loi, un homme de main surentraîné qui met peu à peu en question sa position… A première vue, cela peu sembler un peu bateau. Pourtant, tous ces éléments prennent leur sens dans l’univers cohérent et savamment construit par les auteurs. Car on peut voir dans le monde de Lazarus les conséquences plausibles des dérives de notre temps. Comme toute bonne dystopie, on assiste à une critique de la société actuelle en filigrane.
Dans ce contexte aguicheur bien que déjà vu, les auteurs font preuve d’une grande maîtrise du récit, qui donne tout son intérêt à Lazarus. Le récit se construit comme un thriller, et on suit les pas d’Eve qui tente de démêler le vrai du faux. On alterne entre action, introspection et découverte des luttes internes au sein de la famille sans jamais s’ennuyer. Les personnages sont particulièrement bien caractérisés et on se prend d’affection pour Eve alors qu’on se met à détester les autres Carlyle. Cependant, le récit se montre souvent prévisible. On devine assez rapidement que l’héroïne ne va pas rester bien longtemps le bon « chien de garde » de la famille et plusieurs événements sont attendus.
Côté dessin, Michael Lark propose un style réaliste à la colorisation sombre qui sert parfaitement l’ambiance et le ton du récit. Son sens du découpage et de la mise en scène magnifie les scènes d’action et l’expressivité de son trait offre des personnages brillamment incarnés. Toutefois, bien que les planches soient agréables à regarder le style reste très académique.

Avec ce premier tome, Lazarus prouve qu’il s’agit d’une série comics sur laquelle il faut désormais compter. Efficace et d’une maîtrise impressionnante, le récit nous immerge sans peine dans cette contre-utopie. Dommage que le tout manque un brin de fraicheur avec son académisme de l’album et son récit parfois prévisible. Heureusement, il reste une part de mystère assez importante en fin de tome pour attendre la suite avec impatience.

Guillaume Wychowanok