TROU DE MÉMOIRE, T1 : Gila Monster, de Seiter et Regnauld, aux éditions du Long Bec, 15,50 € : Bulle d’Argent

trou-de-memoire-couv…TROU DE MÉMOIRE, T1 : Gila Monster, de Seiter et Regnauld, aux éditions du Long Bec, 15,50 € : Bulle d’Argent

Roger Seiter et Pascal Regnauld nous proposent avec Trou de Mémoire une variation sur le thème du truand amnésique. Sur cette base classique, les auteurs ont réalisé un polar à l’identité forte et à l’efficacité remarquable.

Apparemment assommé par un coup, un homme reprend connaissance sur un ponton. Dans la pénombre de cette nuit pluvieuse, il aperçoit un revolver à coté de lui et quelques mètres plus loin le cadavre d’une femme. Seulement, il ne se souvient de rien, ni de ce qui s’est passé ni de qui il est. Bien sûr, les indices le désignent comme assassin et son instinct de survie lui dicte de se débarrasser de cette arme. Après observation, il comprend qu’il est à San Francisco et une boîte d’allumettes restée dans sa poche lui indique l’adresse d’un hôtel où il pourrait trouver des réponses.
Arrivé dans le luxueux hôtel, l’homme apprend qu’il s’appelle Mr Wilson et petit à petit il trouve des éléments qui lèvent le voile sur son identité : il ne serait autre que « Gila Monster », un tueur dont la réputation n’est plus à faire… Mais depuis que la police à retrouvé le cadavre de la femme du ponton, le tueur n’est pas le seul à tenter de rassembler les pièces du puzzle.

Un tueur hors pair qui perd la mémoire et doit tenter de reconstruire son passé avant que la police ne lui mette le grappin dessus, voilà un thème qui n’est pas sans rappeler d’autres œuvres, du 9eme art ou autre. Pourtant derrière ce récit classique, Trou de mémoire est loin de proposer une intrigue attendu. On comprend rapidement que l’auteur joue des faux semblants et d’une narration déstructurée pour brouiller les pistes et éveiller l’intérêt du lecteur. D’un côté on suit l’amnésique en quête de réponses à toutes les questions qu’il se pose, mais et de l’autre on voit également les avancées de l’enquête policière ainsi que les discussions de la mafia new-yorkaise. Ce puzzle narratif oblige le lecteur à faire des suppositions qui seront confirmées (ou non) dans le second tome.
Certes, on peut une nouvelle voir dans cette structure un certain classicisme mais il faut avouer que l’album bénéficie d’une excellente fluidité de lecture. Tout s’enchaîne sans temps mort et on n’a pas l’impression de faire du sur place. Habilement, l’auteur ne laisse filtrer que peu d’informations et le lecteur ne peut qu’attendre la suite et fin de cette histoire. Et si on est à ce point pris par l’intrigue c’est qu’un excellent travail a été réalisé concernant l’atmosphère de ce polar à l’ambiance 60’s.
Si scénaristiquement, Trou de mémoire peut paraître classique, graphiquement il n’en est rien. Le trait semi-réaliste évocateur et original de Pascal Regnauld installe une ambiance de polar délectable. Stylisées, les planches en noir, blanc et ocre jouent des lumières pour insuffler un esprit très 60’s à l’ouvrage. Les personnages expressifs et charismatiques évoluent dans des décors très soignés et les cases s’enchainent à un rythme haletant grâce à un découpage dynamique et moderne. Le résultat graphique est de haute volée et justifie à lui seul l’achat de cette bd.

A la lecture du pitch, on peut craindre que Trou de mémoire soit un polar un peu banal. Mais grâce à son récit sobre et maîtrisé, on  ne s’ennuie pas une seconde et on en vient à oublier les illustres influences des auteurs. L’intrigue prenante et habilement mise en scène est aidée par la copie quasi-irréprochable de Pascal Regnauld qui immerge sans peine le lecteur. On attend avec impatience le dernier tome de ce diptyque qui, on l’espère, saura nous surprendre. En attendant, nous conseillons la lecture à tous les amateurs de polars qui aiment les ambiances bien campées !

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