UN HOMME DE JOIE, T1 : La ville monstre, de Hautière et François aux éditions Casterman, 13,95 € : Bulle d’Or

homme-de-joie-couv…UN HOMME DE JOIE, T1 : La ville monstre, de Hautière et François aux éditions Casterman, 13,95 € : Bulle d’Or

Après avoir œuvré sur De briques et de sang, Régis Hautière et David François reviennent avec le premier tome d’Un Homme de Joie, prévu pour être un diptyque. Ils nous emmènent, cette fois-ci, dans le New York des années 30 où Sacha tente de survivre comme il le peut. Seulement, suite au krach de 1929, la situation économique n’est pas vraiment favorable à la réussite sociale… 

En quête d’un avenir plus favorable et tout simplement pour survivre, Sacha a quitté son Ukraine natale pour rejoindre les États-Unis. Après avoir passé avec succès l’inévitable étape Ellis Island et son avalanche de questions, il foule enfin le sol new-yorkais, 50 dollars en poche. Il se rend alors chez son cousin Pavlo, histoire d’avoir un endroit où dormir le temps de trouver du travail. Mais la femme de son cousin, a déjà trop de bouches à nourrir et ne l’entend pas de cette oreille… Heureusement, il trouve finalement un logement de fortune au dernier étage d’un immeuble que l’ancienne propriétaire a légué à ses chiens.
Sacha se met alors en quête d’un travail, mais les prétendants sont beaucoup plus nombreux que les élus. Un soir, alors qu’il promène un des chiens de son immeuble, le jeune immigré sauve, involontairement, la vie de Tonio, une petite frappe de New York… Pour le remercier, le mafieux lui offre un premier travail sur le chantier d’un building. Sacha gagne ses premiers dollars, pas de quoi rouler sur l’or, mais lorsqu’il recroise Tonio, ce dernier lui propose de faire des extras, de nuit…

A première vue, ce premier tome d’Un homme de joie propose une intrigue très classique : un immigré des pays de l’Est tente de faire son trou dans la grosse pomme et finit par fricoter avec les milieux mafieux pour engranger quelques dollars supplémentaires. Seulement, cet album le fait de bien belle manière. Le récit très fluide ne traine jamais en longueur et nous plonge quasi-instantanément dans le New York des années 30. Sacha parait bien démuni pour faire face à sa nouvelle ville et accepte sa condition sans se plaindre. Avec son caractère très passif, pas étonnant qu’il se laisse embarquer dans des affaires louches sans poser de question. Si le personnage principal peu paraitre un peu trop atone, Un homme de joie propose une galerie de personnages secondaires réjouissante avec Lafayette, l’équilibriste reconverti en ouvrier du bâtiment dévasté par la culpabilité ou encore les jumelles Magda et Léna, filles de joie au caractère bien trempé. Et chacun de ces personnages à sa part de mystère, un parcours sinueux à cacher.
Le récit fait donc la part belle aux visages qui composent la ville qui ne dort jamais, autre personnage fondamentale du récit. Mais le véritable point fort de l’album est sa capacité à restituer les différentes atmosphères de cette ville. On découvre les quartiers les plus poisseux qui côtoient les établissements les plus luxueux, on étouffe au pied des immenses buildings et on croit voler lorsqu’on surplombe la ville.
Et ce travail sur les ambiances est parfaitement servi par le dessin et les couleurs de David François. Son trait d’apparence brumeuse recèle un foisonnement de détails impressionnants. Les planches sont subtiles, ornées de coups de pinceaux et d’encre de chine et donnent vie à un New York fantasmé, à son architecture moderne qui tutoie le ciel. L’attention portée à la mise en couleur permet d’installer l’atmosphère envoutante, mystérieuse et tentatrice de la ville.  Et s’il s’agit d’un album à ambiances, le dynamisme est aussi au rendez-vous, et il suffit de regarder le saut périlleux que réalise Lafayette au sommet d’un vertigineux building pour s’en convaincre. Les cadrages sont maîtrisés à la perfection et permettent de restituer le jeu des faux-semblants qui s’incarne dans les relations entre les différents personnages. À ce titre, la dernière planche de l’album est tout simplement à couper le souffle.

D’apparence classique, Un homme de joie se révèle être un album à ambiances très réussi. La narration très maîtrisée nous fait vivre des situations inattendues et sa mise en scène habile se joue de nos perceptions pour mieux nous surprendre. À tout cela s’ajoute une partition graphique sensible et majestueuse qui fait de cet album une véritable pépite. Suite et fin de cet envoûtant voyage dans le second tome !

Guillaume Wychowanok

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