UNE VIE : La biographie retrouvée, T1 : 1916 Land Priors, de Martinez et Perrissin, aux éditions Futuropolis, 15 € : Bulle d’Argent

une-vie-winston-smith-t1-couv…UNE VIE : La biographie retrouvée, T1 : 1916 Land Priors, de Martinez et Perrissin, aux éditions Futuropolis, 15 € : Bulle d’Argent

Guillaume Martinez et Christian Perrissin ont décidé d’adapter l’autobiographie inachevée d’un auteur inconnu du grand public : Dover Winston Smith. Cet écrivain et reporter anglais a pourtant rencontré Aldous Huxley, été le compagnon d’armes de George Orwell et mené une vie d’aventurier bien remplie. Dans ce premier tome, on découvre l’adolescence du jeune Smith qui suit une scolarité solitaire et mouvementée au sein de l’école de Land Priors en Angleterre…

1984. Anna Laurence reçoit un coup de téléphone à l’attention de sa mère, Alice… décédée il y a 4 ans. Croyant à une mauvaise plaisanterie, Anna écoute cependant son interlocuteur, le gérant d’un hôtel de Saint Véran, qui lui indique qu’un certain Winston Smith a disparu en laissant une lettre pour Alice Laurence. Curieuse, Anna prend un taxi pour se rendre à l’hôtel où le gérant lui laisse une missive accompagnée d’un manuscrit autobiographique intitulé Life, Confession d’un imposteur. Désirant en apprendre plus sur l’inconnu qui aurait connu sa mère, elle se plonge dans son récit.
1916, école de Land Priors en Angleterre. Timide, pas vraiment brillant, à fleur de peau et issu d’un milieu modeste le jeune Dover est le bouc émissaire de ses camarades. Si on ajoute à cela son naturel lâche, on ne peut s’empêcher de penser que le jeune Dover n’a décidément rien pour lui. Pourtant, le directeur de l’établissement ne cesse de le protéger pour une raison inconnue… et à force de coup dur le jeune homme va développer un sens de la combativité à toute épreuve qui va lui permettre d’intégrer le prestigieux collège d’Eton.

C’est en parcourant les étagères d’un bouquiniste que Christian Perrissin aurait trouvé l’autobiographie de Winston Smith. Cet écrivain qui a connu son heure de gloire pendant l’entre-deux guerres a eu une vie incroyable avant de sombrer dans l’oubli littéraire. Le premier tome de cette adaptation qui devrait en compter 6 s’intéresse donc à la scolarité du jeune Dover qui peine à s’intégrer. Si la jeunesse de l’écrivain n’a rien de sensationnel, ce premier opus esquisse son caractère tout en plantant le décor de l’Angleterre du début de XXe siècle. D’autre part c’est un récit sans concession qui nous est livré, car dans son autobiographie l’auteur n’est pas tendre avec lui-même. On découvre progressivement un enfant lâche au fil des événements marquants de sa scolarité à Land Priors qui vont peu à peu faire de lui un loup aux dents longues. Un choix qui permet de donner un rythme appréciable à cet album qui est au demeurant, adaptation littéraire oblige, très bavard.
En filigrane de ce récit sarcastique, on découvre le contexte d’époque : la vie au sein des internats du début du XXe siècle, la guerre de 14-18 qui éclate, la xénophobie grandissante à l’égard des Allemands… Une ambiance particulière très bien retranscrite par l’auteur qui donne un cadre historique intéressant à cette histoire qui semble toutefois un peu banale… Mais, lorsqu’on connait Winston Smith, on sait que son histoire relève de l’incroyable : compagnon d’arme d’Orwell pendant la guerre d’Espagne, agent du MI-6 pendant la Seconde Guerre mondiale, scénariste pour Hollywood… Une vie édifiante étrangement tombée dans l’oubli… Que les spécialistes de la littérature du XXe siècle se rassurent, leur culture ne leur fait pas défaut : Winston Smith est un écrivain qui n’a jamais existé. Les facétieux Guillaume Martinez et Christian Perrissin ont créé un background plausible et très réussi autour de leur héros fictionnel.
Cette falsification espiègle de Perrissin est très bien servie par le trait réaliste de Guillaume Martinez . Son dessin très expressif et la mise en couleur d’Isabelle Merlet et Jean-Jacques Rouger installent les différentes ambiances avec une facilité déconcertante. On croirait humer les odeurs des lieux visités. Le découpage et le cadrage insufflent quant à eux un certain intimisme au récit qui semble ainsi des plus véridiques.

Une Vie n’est pas une adaptation littéraire de plus. L’autobiographie de ce Winston Smith est une lecture agréable qui nous plonge dans l’Angleterre du début du XXe siècle avec efficacité. Si l’on ajoute à cela le très réussi travail d’imposture des auteurs, on tient là une oeuvre très intéressante qui sort un peu des sentiers battus. Cependant, l’aspect « littéraire » de l’album le rend très bavard et le récit n’avance que très peu en ne dévoilant qu’une année (pas très remplie) de la vie trépidante de l’écrivain. Heureusement, il reste 5 tomes pour découvrir toutes les pérégrinations de Winston Smith !

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